Théâtrorama

Basile n’est pas comme les autres enfants. Il est différent. Son monde est riche de rebondissements, de jeux et histoires à inventer. A raconter. Rien ne peut freiner son imagination débordante. Pourtant, un jour, Basile entre à l’école… Comme un hommage clair et percutant à nos enfances, à nos différences, JEU est un spectacle essentiel à tous les âges. Rencontre.

Comment réagissent les enfants à ce spectacle ?

Anastasia Puppis : Au début, les enfants ne font pas la différence entre la bêtise et la créativité. Ils ont l’impression que Basile fait des bêtises. Nous, avec ce spectacle, on leur explique que ce sont les adultes qui mettent cette étiquette. Basile est comme il est. Il est créatif, il a plein d’imagination. S’il fait un dessin quand ce n’est pas le bon moment à l’école, ça reste un dessin, ce n’est pas forcément une bêtise.

Anthony Diaz : Ce mot « bêtise », me turlupine, parce que ce n’est pas un mot d’enfant. 

Anastasia : Parfois, les enfants s’emparent de mots d’adulte sans même savoir ce que ça veut dire. On cherche à leur montrer qu’il n’y a pas une mais plusieurs vérités, qu’il y a différentes façons de penser et que chacun peut choisir la sienne, tout en respectant le vivre-ensemble et les lois de la communauté. Ce spectacle touche tous les publics. C’est même impressionnant de voir comme les personnes sont touchées dans leur émotivité, les adultes comme les enfants. 

C’est-à-dire ?

Anastasia Puppis : Ils sont touchés par l’histoire, qui est leur histoire d’enfants, de parents, de différences, et par la simplicité de nos marionnettes. C’est une vraie porte d’accès vers les enfants, car ça les captive tout de suite. Il en va de même pour les adultes. Le fait de croire à des êtres improbables, et de s’y reconnaître, les ramène vers l’enfance.

Anthony Diaz : Pour moi dans la marionnette, les enfants « y croient », et les adultes « se font avoir ». Ils sont persuadés qu’ils n’y croient plus, qu’ils vont simplement accompagner leurs enfants à un spectacle. Sauf qu’avec la marionnette, on les attrape à un endroit où ils pensaient que la porte était fermée, mais d’un seul coup, elle s’ouvre et les émotions sortent. 

A votre avis, d’où cela vient-il ?

Anthony Diaz : Le jeu se crée dans le rapport entre la marionnette et le manipulateur. Pour moi, ce ne sont pas des marionnettistes, ce sont vraiment des acteurs manipulateurs, ils sont à vue, et c’est très important. Je leur demande d’accompagner la marionnette avec le corps. Par exemple, quand Basile tombe, ils tombent aussi. Quand Basile respire, ils respirent aussi. C’est une unité.

Anastasia Puppis : En tant qu’interprète, je pense qu’il est important de laisser vivre autre chose que notre présence pure. Nous sommes finalement des êtres très communs. Quand le public voit une comédienne, il peut juger la femme. Par exemple, il peut juger son corps, sa façon d’être… Il en est autrement pour les marionnettes. Elles ont beaucoup plus de possibilités que nous. Avec elles, on peut changer totalement d’univers. Il suffit de remplacer l’acteur par un objet pour que ça ouvre de nouvelles portes visuelles au spectateur, pour que la métaphore devienne concrète. Les marionnettes n’ont pas d’histoire avant le spectacle. Elles n’ont pas d’autre vie. Paradoxalement, elles laissent la place à l’humain. 

En quoi la marionnette est-elle un espace disponible pour accueillir l’imaginaire du spectateur ?

Anastasia Puppis : La neutralité de nos marionnettes permet au public d’imaginer, par exemple, les dimensions, le visage, l’expression de Basile, de son père, ou du maître d’école. C’est comme lorsqu’on lit un livre, et qu’on imagine le personnage. Nous donnons une sorte de « croquis » au spectateur. Tout le reste, c’est sa matière. 

Anthony Diaz : Le public fait un pas vers la marionnette, et le manipulateur influence son regard en lui montrant des choses. Ensuite, le public fait comme Basile : il imagine. Dans Jeu, les marionnettes sont des masques blancs, presque neutres. Il y a juste une main, il n’y a pas de corps. Je voulais travailler sur l’absence du corps, ouvrir l’imaginaire également à ce niveau-là. A l’école, le sac de Basile devient son corps. Pour son père, lorsqu’il va au travail, c’est sa cravate et son porte-document. Notre corps, c’est l’image que l’on renvoie à la société. C’est comment l’on s’habille, aussi.

Anastasia Puppis : Chaque être humain a plusieurs corps. Quand il est à la maison, Basile est le fils, l’enfant. A l’école, il est l’écolier. Le père est à la fois père et employé. Ainsi, on se représente mieux notre pluralité d’existence, en tant qu’être humain. C’est pour mieux pouvoir comprendre quelles sont les problématiques d’un petit garçon qui va à son premier jour d’école, qui doit apprendre à écrire, et d’un papa qui doit apprendre à être père aussi. 

Et c’est en quelque sorte le fil rouge de l’histoire…

Anthony Diaz : Cette histoire, c’est un peu mon histoire. J’étais dyslexique quand j’étais petit. J’étais déscolarisé assez jeune et mon père s’est battu pour que je reste dans le système scolaire, que je puisse passer mon bac, m’en sortir, et être fier de moi… Une scène importante pour moi dans JEU est celle de la montagne. C’est mon père qui me racontait ça quand j’étais petit. Il me disait « On a une montagne en face de nous. On a deux choix : soit on décide de redescendre, soit on la monte. Que veux-tu faire ? Tu veux la monter ? » Je lui disais « Oui » et on avançait, petit à petit. On n’en voyait pas le bout, mais on avançait.

Anastasia Puppis : Le vrai tournant du spectacle est dans cette scène de la montagne, quand Basile appelle ses amis imaginaires et que grâce à eux, il peut voler et s’en sortir. A ce moment-là, il comprend qu’il n’est pas assujetti à son imaginaire, mais qu’il peut le contrôler et en faire quelque chose d’utile. C’est aussi l’histoire de l’artiste, qui comprend qu’il peut maîtriser son imaginaire, et le partager avec les autres.

Anthony Diaz : Le second moment clé, c’est lorsque le père se met à jouer avec la cravate-épée, qui l’énervait au début. Père et fils : chacun a fait un pas dans le monde de l’autre. C’est compliqué de dire à ses parents « je vous aime, et je vous remercie pour ce que vous avez fait, qui m’a permis de me construire ». On a du mal à mesurer ce que les parents nous ont apporté. Et on a du mal à le dire. Ce spectacle, c’est aussi un moyen de rendre hommage à mon père.

  • Tout public dès 3 ans
  • Mise en scène, écriture, construction, scénographie : Anthony Diaz
  • Dramaturgie : Amel Banaïssa
  • Jeu, manipulation : Anastasia Puppis et Vincent Varène
  • Composition musique : Alice Huc
  • Scénographie, construction décor : Grégoire Chombard
  • Tournée 2019-2020 :
  • Du samedi 30 novembre 2019 au dimanche 12 janvier 2020 au Théâtre Lepic, Paris (75)
  • Dimanche 8 mars 2020 à Le Temps des Cerises (Festival MARTO !), Issy-les-Moulineaux 
  • Site Internet

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