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Zoom sur Guy-Pierre Couleau et 70 ans de décentralisation théâtrale

Guy-Pierre Couleau et la décentralisation théâtraleEntretien avec Guy-Pierre Couleau – « Rien de plus futile, de plus faux, de plus vain, rien de plus nécessaire que le théâtre » disait Louis Jouvet. Soixante-dix ans de décentralisation théâtrale en France ont abouti à un maillage important du territoire national de lieux de création en région. Longtemps centralisé sur Paris, le théâtre, sous l’impulsion de metteurs en scène comme Jean Vilar, Antoine Vitez ou Gabriel Garran a été rendu accessible dans des lieux éloignés de la Capitale. Comptant 5 à 6 Centres Dramatiques Nationaux (CDN) à leur création, après guerre, aujourd’hui 38 CDN offrent un véritable service public dans de nombreuses régions. Comme un gage de démocratie et de volonté pour réduire des inégalités sociales, le théâtre se veut, selon la célèbre formule d’Antoine Vitez, un « art élitaire pour tous ».
Du 28 au 30 septembre, sept théâtres publics de la région du Grand Est fêteront les 70 ans de la Comédie de L’Est, CDN de Colmar, autour de son directeur : le metteur en scène, Guy-Pierre Couleau.

Nota : à l’arrivée de Guy Pierre Couleau en 2009, l’Atelier du Rhin est renommé en Comédie De l’Est, reprenant ainsi son nom original des années 1960. La Comédie De l’Est a été labellisée Centre dramatique national d’Alsace en 2013.

La Comédie de l’Est dont vous êtes le directeur à Colmar est un Centre Dramatique National en région, à quoi sert un CDN et qu’entend-on par décentralisation ?

Guy-Pierre Couleau : La mission première d’un Centre Dramatique National a pour but d’offrir à des publics les plus divers possible un accès à l’offre théâtrale la plus large possible. Un CDN permet l’accès à de nombreuses activités culturelles en plus des spectacles. Par ailleurs, une des particularités essentielles, c’est le prix de places qui s’élève chez nous à Colmar en moyenne à 7 €, avec un maximum de 21 €. La mission d’un CDN est la création théâtrale et le partage des moyens avec d’autres artistes. Il existe aussi des scènes nationales qui sont dédiées à la diffusion d’œuvres existantes pluridisciplinaires réunissant la danse et la musique par exemple. La création des CDN a correspondu à une vraie nécessité sociétale juste après la guerre. Les premiers CDN ont été installés en région en 1947 et ont contribué à la reconstruction du pays. Aujourd’hui, dans une France fracturée, il est plus que jamais nécessaire d’œuvrer en faveur du rapprochement des territoires et des personnes. Le théâtre peut être un de ces outils, capable d’aider à vaincre les inégalités sociales par la réflexion. La décentralisation ne concerne pas seulement l’Hexagone. Elle s’étend vers les départements et territoires d’Outremer comme la Martinique, la Réunion ou la Guyane et contribue aussi au rayonnement du théâtre à un niveau européen. Oui, le théâtre est nécessaire à notre temps, à nos semblables et nous le vérifions au quotidien.

Guy-Pierre Couleau et la décentralisation théâtrale

Malgré ce maillage décentralisé des CDN, Paris reste semble-t-il la référence obligée en matière de notoriété, qu’en pensez-vous ?

Guy-Pierre Couleau : Oui, Paris est un passage obligé, certains parlent même de condescendance parisienne à l’égard des régions. Pourtant, ce n’est pas tout à fait juste. Beaucoup de spectacles parisiens sont produits en région, y compris en région parisienne et donc en dehors de Paris. La réalité de la décentralisation concerne toutes les villes. Le maillage en région se fait à travers les rencontres avec toutes sortes de publics; par exemple, dans les villages, loin des villes, le théâtre permet des rencontres humaines très fortes.

70 ans de décentralisation, cela se fête. Vous organisez un festival du 28 au 30 Septembre. Quel en sera le programme ?

Guy- Pierre Couleau : En région Grand Est, les cinq centres dramatiques nationaux de Strasbourg, Reims, Nancy, Thionville et Colmar vont s’associer pour une programmation commune. De par la nature de leurs projets et la diversité des esthétiques proposées par les metteurs en scène /directeurs, ces cinq théâtres de création tentent saison après saison de proposer à leurs publics respectifs un art théâtral neuf, inventif et exigeant. À travers tout le territoire de notre région Grand Est, Ils visent à donner vie aux rapports entre artistes et spectateurs, à rendre concret une certaine forme de citoyenneté grâce à la pratique artistique. Nos missions sont essentiellement tournées vers les publics, nos financements sont à quatre-vingt pour cent attribués par les pouvoirs publics et c’est vers tous les publics que nous devons donc proposer un accès simple à ce réseau de centres dramatiques labellisés, qui fonctionnent ensemble et travaillent de concert à la production du bien commun.
Trois temps forts pour ce festival : Une exposition photographique qui retrace les premiers pas du Centre dramatique de l’Est, installé en 1947 par la volonté de Jeanne Laurent et dont la direction a été confiée à André Clavé, avec la projection du film « Une aventure théâtrale, 30 ans de décentralisation » réalisé par Daniel Cling.
Il y aura ensuite sept spectacles de petites formes, à un ou deux comédiens et de format court, proposés par les metteurs en scène des théâtres invités. Nous organiserons enfin une table ronde à destination du public en présence de spécialistes sur le thème de la décentralisation théâtrale et de son avenir, à l’heure des grandes régions et de la construction d’une Europe de la Culture.

Comment imaginez-vous l’avenir des théâtres de la décentralisation dans un contexte de restriction des financements de l’État et des collectivités locales ?

Guy-Pierre Couleau : Je suis d’un naturel optimiste et prêt à parier sur la construction d’une Europe de la culture. Nous cherchons à développer d’autres partenariats y compris vers les fonds européens. On peut aussi imaginer une évolution en grandes régions qui permettrait de mutualiser les moyens entre CDN, tout en développant nos ressources propres. Notre mission sur les territoires est plus que jamais nécessaire pour vaincre les replis sur soi et faire en sorte que les citoyens continuent à se parler. L’art peut encore contribuer à vaincre les fractures de la société, comme il l’a fait après guerre lorsque fut proposée la décentralisation théâtrale.

Festival 70 ans de décentralisation théâtrale
Comédie de l’Est, CDN de Colmar
Du 28 au 30 septembre 2017

Programme du Festival 

Crédit photos : André Muller

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