Théâtrorama

Nommé à la direction du Théâtre du Lucernaire en février 2015, Benoît Lavigne est aussi metteur en scène depuis 1997. Ce lieu tout à fait particulier en plein cœur du quartier de Montparnasse, à Paris vient de fêter ses 50 ans. Créé en Avril 1969 par Christian Le Guillochet et sa compagne Luce Berthommé, le lieu reste synonyme d’éclectisme depuis ses débuts. Il a accueilli durant toutes ces années, des comédiens aussi différents que Laurent Terzieff, – devenu indissociable du lieu avec un Prix Lucernaire qui porte son nom – mais aussi Gérard Depardieu, Dany Boon, Miche Boujenah ou Claude Piéplu et plus récemment Denis Lavant. Aujourd’hui, le Lucernaire est un lieu culturel unique qui réunit 3 salles de théâtre, 3 salles de cinéma, une librairie, une galerie d’exposition, une école d’art dramatique, un bar et un restaurant.

Vous vous trouvez à la tête d’un lieu théâtral historique aujourd’hui. Ce lieu vous avez contribué à le changer. Après presque cinq ans passés à la tête du Lucernaire, quel bilan faites-vous ? Que représente ce lieu aujourd’hui ?

Benoît Lavigne :  On n’est jamais bien placé pour faire son propre bilan. Cependant, je peux dire que le lieu qui appartient depuis 2004 aux Éditions L’Harmattan bénéficie de la fidélité du public et on continue à noter une augmentation notable de la fréquentation de ses trois salles. Nous restons fidèles à l’esprit qui a présidé à la création de ce théâtre en accueillant de jeunes compagnies et en programmant des acteurs et metteurs en scène plus connus. Nous privilégions une certaine forme d’éclectisme en mélangeant dans notre programmation des textes classiques comme ceux de Shakespeare, Marivaux ou Molière et des textes plus contemporains qui nous ont permis de découvrir des auteurs comme Camus, Zweig, Sébastien Rajon ou Annie Ernaux. Le théâtre a aussi fait de la place à des humoristes comme Dany Boon ou Michel Boujenah à leurs débuts et nous continuons sur cette lancée en programmant par exemple Ben, Roukiata Ouedraogo ou Michaël Hirsh . 

Que pensez-vous avoir apporté de nouveau ?

Benoît Lavigne : Le lieu a été rénové. Le financement a changé car même si nous bénéficions encore d’une subvention de la ville de Paris, 90% de nos financements viennent du privé et de vente de la billeterie, cependant les frontières ne sont pas aussi tranchées. Par ailleurs, il semble que le public nous suive grâce à la diversité de nos propositions et au fait que le Lucernaire continue à être un lieu de découverte de nouveaux talents. À ses débuts dans les années 70-80, le lieu a fait connaître des comédiens qui sont devenus célèbres comme Depardieu ou Terzieff. Nous continuons à jouer ce rôle de découvreur en programmant des auteurs qui débutent comme Jalie Barcillon ou Vincent Macaigne à la fois acteur, metteur en scène de théâtre et réalisateur de films.  Le lieu reste une fabrique de culture théâtrale où de jeunes compagnies peuvent débuter et créer ici leurs spectacles. Nous avons une politique d’encouragement à la création contemporaine. Par exemple le Prix Lucernaire associé à la SACD, dotechaque année un texte inédit d’une aide financière de 10 000 € et permet à la compagnie porteuse du projet de le créer dans nos salles à raison de 30 à 40 représentations.  

On dit toujours que le théâtre est en déficit permanent, malgré sa bonne santé apparente, pensez-vous que le Lucernaire soit à l’abri de telles difficultés ? La direction du théâtre ne prend-elle  pas le pas sur vos activités de metteur en scène ?

Benoît Lavigne : Comme tous les théâtres privés, nous sommes toujours sur le fil. Les incertitudes économiques et politiques, les récents attentats ont impacté de plein fouet les lieux de culture. Mais ça fait 30 ans que j’entends dire cela. Le théâtre est en crise perpétuelle depuis sa création ! Concernant mon activité de directeur de théâtre, c’est un fait qu’elle est chronophage et que j’ai moins de temps à consacrer à la mise en scène. J’essaie cependant de faire au moins une mise en scène par an.

Quels sont les projets du Lucernaire pour cette saison 19-20 ?

Benoît Lavigne : Concernant les projets, nous souhaitons laisser une place plus importante à la production  et à la diffusion de spectacles. Pour l’école de théâtre la superficie de nos locaux est limitée. Beaucoup de demandes ne sont pas satisfaites par manque de place et nous souhaitons développer cette école. Apprendre le théâtre dans un lieu à programmation permanente est réellement une chance pour des comédiens. Nous souhaitons aussi développer plus d’évènements originaux comme des cabarets ou des spectacles d’improvisations déjà programmés les années précédentes.  

Concernant les spectacles, la saison 2019-2020 sera très riche, avec des duos d’auteurs  ou d’auteurs remarquables. Ainsi l’association de l’autrice Catherine Anne et de cette immense actrice, issue de la Comédie Française qu’est Catherine Hiégel ou encore le duo Ariane Ascaride et Didier Bezace qui feront revivre Elsa Triolet et Louis Aragon. Nous accueillerons aussi Julien Cottereau qui est clown et à nouveau Denis Lavant dans un spectacle basé sur les lettres de Ionesco. La frontière théâtre public et théâtre privé est ténue et c’est cette vraie liberté de création du théâtre le Lucernaire qui attire de plus en plus ces grands comédiens. 

Crédits photos : Karine Letellier

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