Théâtrorama

Rencontre avec Soleïma Arabi

Soleïma ARABI
En résidence SOS à Mains d’Oeuvres – © Olivier Bardina

Soleïma Arabi est une éclectique ouverte sur le monde. Née au Québec en 1984, d’une mère française et d’un père syrien, elle voyage dès son plus âge en fonction des déplacements de sa famille. Ce qui lui a laissé un goût pour les aventures uniques et originales dans sa pratique de comédienne et de metteure en scène. Dans son travail, ses choix la conduiront en Afrique, au Québec, mais aussi en France vers des textes exigeants issus notamment des théâtres d’Afrique ou de l’Europe de l’Est. Son projet actuel : la mise en scène de « La Grande Valse Brillante » de l’auteur slovène Drago Jančar dont le texte traduit en français par Andrée Lück Gaye et Zdenca Stimac a reçu le Prix de la traduction du Centre National du Théâtre en 2014.

En parlant pour la première fois avec vous, vous m’avez dit que votre nom même, Soleïma Arabi est porteur d’interrogations et que vous aimez bien ce moment de doute et d’étrangeté quand votre seul nom provoque un instant de doute chez l’autre…

Soleïma Arabi : C’est vrai, cette étrangeté-là crée du désir et pour ma part, cela me porte toujours vers une envie d’ailleurs. Pour l’autre, il peut y avoir quelque chose de l’ordre du rejet parfois même violent. Je ressemble à ma mère qui est française et quand je fais des castings par exemple, on s’étonne que je sois blanche. Par ailleurs, quand on sait que je suis syrienne par mon père, on me pose des questions en rapport avec ce qui se passe en Syrie. On ne me voit plus alors comme une personne, mais comme un pays avec très peu d’égards parfois pour la personne que je suis. Il y a une part de conditionnement certes en raison de sa naissance, sa ou ses cultures. J’ai voyagé et travaillé au Cameroun, au Liban, en Côte d’Ivoire…Ces voyages m’ont transformée, mais je reste toujours la même.

Comment en êtes-vous venue au théâtre ?

Zoom sur Soleïma Arabi et le collectif TermosSoleïma Arabi : Par la danse classique. Je voulais être danseuse. Le théâtre est venu par mon père qui m’a fait découvrir des textes puis ensuite c’est venu de mon amour des mots et de la poésie. En terminale, j’habitais à Abidjan, j’ai monté mon premier texte, « Classe Terminale » de René de Obaldia. Ensuite j’ai fait des études de philosophie et en Arts du spectacle, puis le Conservatoire de Montpellier où j’ai monté une libre adaptation de  » Ainsi parlait Zarathoustra » de Nietzsche. Depuis une dizaine d’années, je suis à la fois comédienne et metteure en scène.

Nietzsche… Déjà l’enfermement, l’envie d’ailleurs… En fait, vous vous interrogez beaucoup sur cette question de l’enfermement. Vous avez mis en scène « Misterioso 119″ de l’auteur ivoirien Koffi Kwahulé qui se passe en prison,  » La Grande Valse Brillante « , la pièce sur laquelle vous travaillez actuellement, se passe dans un hôpital psychiatique, pourquoi cet intérêt ?

Soleïma Arabi : Ce qui m’intéresse dans l’enfermement est de façon paradoxale la liberté. Comment trouver ou pas une forme de liberté, explorer les limites psychologiques, sociales, humaines ou artistiques ? Qui décide de ces limites ? Comment rester dans les cordes ou les dépasser ? Avec l’exacerbation des sentiments, le huis clos et les enfermements quels qu’ils soient sont une source d’inspiration.

Dans  » La Grande Valse Brillante « , il y a en plus de l’enfermement la possibilité de travailler sur la remise en question de l’autorité. Depuis longtemps, je suis en rébellion, j’ai besoin de remettre en cause les choses de façon permanente. Je finis par être ni d’un côté, ni de l’autre et je vais chercher ailleurs. Le choix, c’est peut-être de se dire qu’est-ce que je crée avec ça et non contre ça ?

Dans ce questionnement, cette difficulté, où vous situez-vous finalement ?

Soleïma Arabi : Dans les choix que je fais, il y a beaucoup de cœur. Quand je choisis un auteur, si j’ai envie de pleurer, si ça me donne la rage, si me viennent des images, des visages de comédiens avec qui travailler, là j’ai envie de monter le texte. C’est de l’ordre du ventre.

Après une dizaine d’années d’expériences professionnelles et théâtrales multiples en France et ailleurs, qu’est-ce qui vous fait bouger aujourd’hui ? Comment travaillez-vous ? Comment imaginez-vous votre carrière ?

grande-valse-brillanteSoleïma Arabi : Toujours les rencontres avec les comédiens, les auteurs… Je porte parfois longtemps les projets et c’est toujours quand je suis giflée par un texte qu’à un moment je décide de le monter. Je travaille beaucoup à la table avec les comédiens dans un premier temps. On mâche les mots, on travaille sur la langue…Ensuite, j’aime partager des références, des réflexions qui me viennent, des sons, des musiques…Une fois qu’on s’est nourri de tout cela, on passe au plateau, on improvise, on chante, on danse…

Quant à imaginer ma carrière ? Je n’imagine pas. Dans dix ans, je serai peut-être au bord de l’océan, avec une planche de surf et des poules ! Bien sûr, je rêve beaucoup, j’ai plein d’idées de textes avec de la musique et que sais-je encore… Ah ! Oui… J’aimerais bien jouer dans un grand texte classique, mon rêve de comédienne serait de jouer Andromaque. Voilà l’idée est lancée !

Plus d’infos sur Soleïma Arabi sur le Collectif Termos

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