Théâtrorama

Robert Castle et l’IT New York

Robert Castle et l'IT New YorkRencontre avec Robert Castle, metteur en scène américain, accompagné de sa collègue Alejandra Orozco, afin d’approfondir le stage donné sur le thème du rythme organique et de la vérité sur le plateau.

L’un de vos stagiaires a comparé votre méthode de jeu à une forme d’art martial. Qu’en pensez-vous ?

Robert Castle: Un art martial ? Oui, pourquoi pas.

Alejandra Orozco : Pas vraiment. L’art martial est une technique de combat. En revanche on peut être d’accord sur un point : dans les arts martiaux comme dans le théâtre, il s’agit de trouver le bon moment, le moment juste pour s’exprimer. Être créatif, c’est saisir l’instant présent. Jouer vraiment, c’est jouer au présent, sentir en soi des impulsions et les laisser s’exprimer.

Robert Castle: Le jeu théâtral doit être ressenti, organique. Mais pour être obtenir cela, il faut être discipliné. Tout comme dans un art martial.

En un certain sens, et suivant la comparaison avec les arts martiaux, votre méthode de jeu pourrait s’apparenter à une forme de philosophie…

Robert Castle et l'IT New YorkRobert Castle: Oui, dans la mesure où il s’agit, -comme dans le Zen ou le bouddhisme par exemple- de ne pas décider intellectuellement. L’intelligence est très importante bien sûr, mais je fais la différence avec l’intellectualité. Il s’agit d’une intelligence du moment présent, organique. Mon travail consiste à obtenir que l’acteur sur le plateau soit guidé par cette intelligence organique. Il s’agit de cesser de se dicter à soi-même ce que l’on doit faire.

Vous avez créé votre propre méthode de jeu. Comment cela s’est-il fait ?

Robert Castle: J’ai beaucoup travaillé avec Peggy Feury. J’ai également beaucoup pratiqué l’Actors Studio de Lee Strasberg… Mais l’Actors Studio implique de plonger très profondément en soi, d’aller chercher des souvenirs personnels très forts. Franchement, je pense qu’on peut s’en passer pour certains rôles, et surtout qu’on peut travailler plus efficacement en se mettant soi-même à distance. En partant non pas de ses propres souvenirs, mais en partant des souvenirs du personnage…

Le personnage existerait donc en dehors de l’acteur ?

Robert Castle et l'IT New YorkRobert Castle: C’est une vue de l’esprit bien sûr… Ma méthode consiste à créer son personnage à partir de ce que l’on imagine de ses souvenirs. C’est un exercice qui permet aux acteurs de plonger complètement dans leur recherche de sensations, d’images, d’émotions en se mettant à distance. Le personnage devient en quelque sorte le creuset où se travaillent les sensations de l’acteur et où s’exprime sa créativité. Et puis il y a cette histoire de révolver… Un jour un acteur m’a demandé pourquoi je tenais le mien d’une certaine façon. En réfléchissant, je me suis aperçu que la réponse à cette question était que je trouvais ça « cool » de le porter comme ça. Cool était la seule raison que j’ai pu donner. Ça m’a beaucoup fait réfléchir. Je me suis juré de travailler dur et de ne plus faire un seul geste gratuit sur un plateau de tournage. L’art de l’acteur peut atteindre ces sommets. Mais pour cela il faut beaucoup travailler. J’ai donc créé cette méthode qui permet de faire naître un personnage à partir d’une recherche sensorielle. Il faut chercher à trouver le vécu du personnage, le souvenir émotionnel et physique.

« Le travail de l’acteur consiste à forger l’âme de son personnage. »

Peut-on être quelqu’un d’autre ?

Robert Castle et l'IT New YorkRobert Castle: Quand on lui demandait le secret de son génie et de sa capacité à jouer de nombreux rôles, Maximilian Schell répondait que chaque acteur peut créer de nombreuses âmes. Le travail de l’acteur consiste à forger l’âme de son personnage.

Alejandra Orozco Ça n’a rien de magique ou d’insensé. Une âme peut s’entendre en terme de construction imaginaire. L’âme d’un personnage ce sont des sensations, des émotions, des souvenirs, des situations. C’est très concret. Comment le personnage réagit-il par exemple dans un pays chaud, étouffant ? Il n’aura bien sûr pas la même façon de parler que nous maintenant, dans le froid de Paris. Cela va influencer ses paroles, ses pensées, ses réactions.

Mais on ne peut pas tout jouer…

Robert Castle:Non bien sûr, cela dépend de tes moyens d’acteur et de ta personnalité. Mais l’important, c’est de travailler. Il faut aller créer les âmes des personnages. Et surtout il est important d’écouter. Laisser le personnage vivre, respirer, parler par lui-même.

Vous avez également parlé de l’instrument de l’acteur…

Robert Castle: L’instrument de l’acteur c’est lui-même, c’est son corps, son histoire, ses émotions. Mais l’acteur n’est pas un instrument au sens où il s’agit d’un être humain avec son libre arbitre et non d’une machine. L’acteur comme instrument oui, mais de lui-même. Un musicien a l’habitude de travailler son instrument car c’est un objet tangible, qu’il a devant lui. L’acteur soit comprendre que son corps, sa voix, ses capacités émotionnelles sont des instruments précieux qu’il doit travailler. Or nous avons peu de conscience de nos corps dans nos sociétés contemporaines. Pourtant les possibilités de l’éveiller sont multiples. Je pense à la danse africaine par exemple.

Vous avez beaucoup parlé durant votre stage de l’importance de travailler en équipe. Pourtant votre méthode s’adresse à l’individualité. On pourrait dire qu’il s’agit avant tout d’une recherche personnelle. Comment gérez-vous cette contradiction ?

Robert Castle: Cette contradiction n’est qu’apparente, et votre question montre le gouffre qui sépare nos conceptions de celles des Grecs anciens… Il est bien triste de constater que le métier d’acteur s’est fortement individualisé. Le business est passé par là et a fait beaucoup de ravages…

Alejandra Orozco Or, que nous sommes-nous sur scène sans nos partenaires de jeu ?

Robert Castle et l'IT New YorkRobert Castle: Réponse : rien. Le but de ma méthode consiste – notamment – à s’ouvrir à l’importance primordiale de son partenaire de jeu. Et il ne peut en être autrement, car lorsque l’on vit réellement avec son personnage, celui-ci réagit à des impulsions, des contacts, des répliques. Il réagit également à la scénographie, à la création lumière… Donc à son environnement. Sur scène comme dans la vie, tout est un jeu de réaction à des influences multiples. L’idée d’un acteur démiurge et seul dans sa bulle est un non-sens complet. C’est une idée toxique, qui fait du mal au théâtre. Ma méthode consiste en une exploration de ses possibilités individuelles, c’est vrai. Mais très rapidement – je dirais même tout de suite – la question du rapport à son partenaire dans la progression de son propre jeu apparaît évidente. Plus on écoute son partenaire, plus son propre personnage s’enrichit, grandit. Être ouvert à l’autre, c’est jouer avec lui bon sang. Au-delà de la quête personnelle, on aperçoit une autre quête, plus grande et mille fois plus intéressante. Et cette quête là est collective, elle consiste tout simplement à savoir jouer une pièce ensemble, à lui donner vie. Raconter une histoire au théâtre, c’est toujours un travail à plusieurs. Sans doute davantage que dans les autres arts. Un des objectifs de ma méthode, c’est cela : retrouver dans le théâtre le sens du travail en équipe. Tout le monde est important dans un théâtre, du balayeur à l’éclairagiste, de l’acteur au metteur en scène, de l’ouvreur au répétiteur. Tout le monde est là pour permettre à la belle pièce de théâtre d’exister.

Que pensez-vous des acteurs français ? Quels sont d’après vous leurs qualités, leurs défauts, leurs spécificités ?

Robert Castle et l'IT New YorkRobert Castle: Les acteurs français sont très travailleurs, obstinés, à l’écoute. Ils ont de réelles qualités d’implication dans le travail. Le théâtre français est un des plus intéressants, à travers tout ce qu’il a pu produire. Le défaut pour moi se situe dans la façon de résoudre les problèmes : quand il y a un problème dans le travail de plateau, les Français vont chercher une solution pratique. En revanche, ce type de décision – même s’il est efficace – implique un travail abstrait, déconnecté de la qualité organique nécessaire à un plateau de théâtre. Les Français souvent ne sont pas assez organiques.

Les prochaines dates de stage sur le site de l’IT New York

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