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Paula Anke et Les Amazones de l’ombre

Paula Anke et Les Amazones de l’ombre Paula Anke et ses poupées – Dans le cadre de l’édition 2016 des Scènes Ouvertes à l’Insolite, organisées par Le Mouffetard Théâtre des Arts de la Marionnette, Paula Anke, plasticienne, circule entre les différents lieux du festival avec son exposition  Les Amazones de l’ombre. Entre poupées rituelles et figures ethniques, un hommage à toutes les femmes de la Terre.

Comment cette exposition est-elle née ?
Paula Anke : L’origine de ce projet, c’est qu’on est plus d’hommes que de femmes sur la Terre actuellement. Dans cette explosion de testostérone qu’on vit, ces guerres, contre lesquelles on ne peut rien faire pour le moment, il y a quelque chose qui est de l’ordre de la responsabilité des femmes qui sont libres, de manifester leur voix, et d’en être conscientes, ou d’en devenir conscientes.

Paula Anke et Les Amazones de l’ombre Ce projet concerne la force féminine, dans un dialogue avec l’autre, notamment le masculin. J’ai fait une petite armée de figurines. On est tous des individus qui se battent la plupart du temps en solitaire, surtout en ce qui concerne les femmes, qui portent parfois un lourd passé et dont les situations ne sont pas toujours faciles. Ça ne les empêche pas, dans tous les cas de figures, de vouloir être belles, de vouloir être fières, et de défendre une certaine éthique personnelle. C’est ce que beaucoup de femmes ont en commun, sans toutefois le mettre en commun. Ainsi, elles peuvent former une sorte d’armée, à leur insu.Cette petite troupe que je présente, c’est une envie de « titiller » la conscience des femmes, en essayant de marcher dans le même sens.

D’où vient leur nom ?
Paula Anke: Elles s’appellent ainsi car elles n’ont pas vraiment conscience de leur identité. On a fait des ateliers d’écriture au Théâtre Mouffetard, avec un écrivain et un plasticien. Il y a une foule de gens qui ont écrit sur les Amazones et leurs histoires. Des biographies fictives qui ont ouvert des portes larges. Déjà que moi, je leur accorde des histoires incroyables, mais là, de voir d’autres imaginaires s’adapter à cette matière… c’était formidable.

Comment créez-vous ces figurines ?
Paula Anke et Les Amazones de l’ombre Paula Anke: J’ai une table, sur laquelle il y a de nombreux éléments, tissus, choses et d’autres… Et il se crée toujours, en fonction de ce que j’ai sur ma table, une petite « famille » d’Amazones. Si j’ai de la fourrure, ce sera une famille avec de la fourrure… Elles se créent un peu toutes seules, elle se fabrique et on leur donne un peu de vie. Elles ont des caractères. Je pars de la matière, et elle a sa vie ensuite, il suffit de la respecter.

Par ailleurs, j’ai toujours travaillé des objets, des assemblages, des matières qui ont de la mémoire, ou qui fixent la mémoire, des choses qui ont vécu. Un tissu que j’achète au mètre quelque part ne va pas m’intéresser. Par contre, s’il a roulé par terre, si je l’ai ramassé dans une vieille maison, ou si quelqu’un a vécu dedans, si ça raconte quelque chose, je peux l’utiliser. J’ai la capacité de les rendre précieux, c’est à dire de les rendre nobles, intéressantes, de ramener la lumière sur eux.

Vous avez animé un atelier ce samedi 15 octobre au Théâtre aux Mains Nues…
Paula Anke et Les Amazones de l’ombre Paula Anke : Oui, j’ai demandé aux gens d’amener des objets sur lesquels ils ont fixé des souvenirs, ou qu’ils ont croisé, qui signifient quelque chose, mais rien que pour eux. Ce sont des objets « humbles », qui n’ont pas grande signification pour les autres. On va les mettre en valeur, on va leur faire fabriquer une petite maison, qu’ils peuvent après amener chez eux.

Ils peuvent fonctionner comme des objets de transfert. Parfois, j’ai des commandes de personnes qui ont vécu des choses difficiles, et qui ont des objets, ou des photos, ou des « reliques » de leur vécu, qu’ils veulent maîtriser. Ca, on les met littéralement « en boîte ». Les personnes choisissent un contenant, qui la plupart du temps est une boîte avec un couvercle, soit en verre, ou autre. On aménage à l’intérieur de cette boîte l’habitacle de ces choses précieuses ou dérangeantes, et après on peut les fermer, on peut le vitrer. Par cette technique-là, on déplace, et on devient la personne qui maîtrise la situation au lieu d’en être victime. Tout passe toujours par la main, par des collages, par la broderie, par de la lumière qu’on décide de mettre sur cette pièce… et par la composition, c’est-à-dire l’organisation de toutes ces choses-là dans un espace.

Quel rapport entretenez-vous avec la matière de votre travail ?
Paula Anke et Les Amazones de l’ombre Paula Anke : J’ai tout d’abord fait beaucoup de costumes. Par rapport à la suggestion d’un vécu, ça se fait très bien avec le costume. Tout part du tissu, de l’accessoire, c’est la matière qui parle. Je reconnais la matière, je travaille les associations qu’elle peut engendrer, et je l’assemble. J’essaie de la respecter. Chaque matière sort d’un contexte particulier, si tu la mets dans un autre contexte, ça amène ce contexte dans un contexte nouveau, et tu introduis un sens qui n’était pas là avant. Sur ces choses-là, on peut vraiment jouer.

Créez-vous des marionnettes ?
Paula Anke : C’est quelque chose que je n’ai encore jamais fait, mais je pense que ça va venir. Je m’approche tellement de la marionnette dans mon travail que je pense que c’est la prochaine étape. Je n’ai pas encore de demandes, mais je suis tout à fait ouverte.

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