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Emmanuel Besnault, le renouveau en scène

Zoom sur le metteur en scène Emmanuel BesnaultMetteur en scène, comédien et scénographe… Emmanuel Besnault est décidément un jeune homme bien pressé. Âgé d’à peine 25 ans, il a déjà l’expérience d’un metteur en scène chevronné à la tête bien faite et il sait de quoi il parle lorsqu’on l’interroge sur la mise en scène ou le théâtre en général. Peut-être le fait d’être né dans la région d’Avignon et d’être tombé dans la marmite du Festival alors qu’il était petit a-t-il favorisé sa vocation… Doué ? Oui, pas de doute là-dessus, mais également travailleur acharné et ouvert à la rencontre… Sa dernière mise en scène des Fourberies de Scapin créée à Paris, un bijou d’invention et d’intelligence dramaturgique, sera reprise au Festival d’Avignon 2017…

Vous êtes né dans la région d’Avignon. Vous me disiez que tous vos frères ont pratiqué plutôt le sport et que vous êtes le seul à avoir fait du théâtre…

Emmanuel Besnault : Au début, j’ai suivi mes frères à des cours de judo ou de tennis, mais je n’étais pas content. Je suis le dernier d’une famille de quatre frères. J’étais plutôt timide et c’est ma mère qui m’a traîné quasiment de force à mon premier cours de théâtre à l’âge de 10 ans. A priori, le déclic est venu très vite car j’ai eu la chance de tomber sur des profs à Carpentras qui ont su me donner le goût de la scène. Quand on est arrivés à Avignon, c’est encore ma mère qui a fait du forcing pour que je sois accepté aux cours de théâtre du Chêne Noir. En fait, j’ai eu beaucoup de chance car très vite, Léa Coulanges, une metteure en scène, me propose un rôle comme comédien professionnel dans une de ses créations. J’ai 15 ans, je sèche les cours et ça énerve mon père…Mais en même temps, je joue au Chêne Noir, une des scènes les plus prestigieuses d’Avignon et de plus, je suis payé pour jouer. Cette première expérience me donne envie de continuer et à 17 ans, je suis engagé par Gérard Gélas, le directeur du Chêne Noir, pour jouer dans « Fantasio », la pièce de Musset qu’il met en scène. C’est l’année de mon bac, je rate 3 mois de cours, mais je réussis le bac avec mention Très bien. Mon père m’a laissé tranquille !

Votre bac en poche, c’est la porte ouverte vers l’université mais vos succès de comédien vous ouvrent aussi, semble-t-il, d’autres possibilités…

Emmanuel Besnault : Après avoir vécu entre Carpentras et Avignon, mon bac en poche, je m’inscris en Théâtre et Lettres à l’Université de Paris III – Sorbonne Nouvelle, histoire de rassurer mes parents, mais en fait, je travaille tout de suite comme comédien et j’oublie l’université. Je deviens l’assistant à la mise en scène de Gérard Gélas, je joue comme comédien dans « Les caprices de Marianne », mis en scène par Marion Donon et je fais un stage à la Comédie Italienne avec Attilio Maggiulli, un disciple de Giorgio Strehler. Après le stage, Attilio me propose de jouer « Arlequin, valet de deux maîtres » de Goldoni. En deux ans, je l’ai joué 400 fois dans la plus pure tradition de la Commedia dell’Arte. Puis je fais une tournée en Europe de l’Est avec « Le bourgeois gentilhomme ». Ces expériences ont inscrit en moi quelque chose de profond : le rapport au corps sur le plateau tout en me permettant de trouver mon autonomie. J’avais 18 ans…

Zoom sur le metteur en scène Emmanuel Besnault

Et c’est à l’âge de 19 ans que vous faites votre première mise en scène…

Emmanuel Besnault : Le passage à la mise en scène s’est imposé de façon logique pour réaliser les images que j’avais dans la tête. En 2012, je monte « Onysos le Furieux » de Laurent Gaudé et je propose le rôle à un immense comédien, Jacques Frantz. Ce texte m’a passionné car il me permettait de rapprocher le monde antique et le monde moderne. C’était ma première expérience professionnelle en tant que metteur en scène et j’ai la chance de jouer au Chêne Noir car Gérard Gélas me programme les yeux fermés. Je ne me suis pas demandé comment j’allais diriger un comédien qui avait beaucoup plus d’expérience que moi. Je crois que j’étais un peu inconscient et j’ai suivi mon instinct. On m’a donné toutes les chances et encore aujourd’hui, je ne me rends pas bien compte comment cela s’est passé. L’expérience de Jacques Frantz m’a beaucoup aidé sans doute. Il y a eu une confiance réciproque et le désir de porter ensemble cette pièce même si le spectacle ne s’est joué que trois fois, à cause de problèmes de santé de Jacques…

Vous avez un peu fait les choses à l’envers car après toutes ces expériences professionnelles, vous décidez de passer le concours d’entrée au Conservatoire National Supérieur d’Art Dramatique. Vous le réussissez du premier coup et en 2016, vous en sortez après avoir brillamment réussi vos examens. Que retirez-vous de cette expérience ?

Emmanuel Besnault : C’est une rencontre très forte avec des comédiens de ma génération et avec des metteurs en scène majeurs qui ont été mes professeurs comme Wajdi Mouawad, Stuart Seide, Xavier Gallais ou Robin Renucci. En trois ans, j’ai l’impression d’avoir vécu beaucoup de choses, une sorte de condensé humain et artistique. Je me demande maintenant ce que l’on peut construire à partir de cette expérience. On nous dote dans cette école de nombreux outils intellectuels, j’ai aiguisé mon regard en regardant les autres travailler et j’ai maintenant besoin de retrouver mon instinct, ma spontanéité.

Quelles directions avez-vous envie de suivre maintenant ?

Emmanuel Besnault : Au sortir du Conservatoire, j’ai monté « Les Fourberies de Scapin » à l’invitation de Benoît Lavigne, directeur du théâtre Le Lucernaire à Paris. J’ai découvert un nouveau rapport au corps, une émotion plus forte du corps en mouvement. Pour moi, les mots deviennent désormais la conséquence d’un état physique… Je travaille à la mise en scène du « Cercle de craie », une légende chinoise qui a inspiré Brecht pour sa pièce « Le cercle de craie caucasien ». Dans cette pièce, j’ai travaillé de façon différente : les corps sont devenus porteurs de l’histoire sans les mots et ici la danse finit par les remplacer, l’action se décale peu à peu et se passe d’accessoires. Actuellement, j’ai la chance de travailler avec des artistes comme Olivier Py – directeur du Festival d’Avignon -, Wajdi Mouawad -directeur du Théâtre de la Colline à Paris- ou Lucie Digout, une camarade de promotion. Tous les trois, auteurs, metteurs en scène et comédiens inscrivent leurs créations dans des directions originales qui s’écrivent aussi au plateau. Pour moi le plus important est de conserver mes deux métiers et de continuer à raconter des histoires à la fois comme comédien et metteur en scène. S’y ajoute actuellement la transmission par l’enseignement du théâtre dans des classes-théâtre ou des écoles de théâtre. J’ai eu beaucoup de chance car les choses se sont faites avec évidence. Je suis à l’heure des choix et aujourd’hui j’ai envie de continuer à tracer un chemin qui m’est personnel.

Crédit photos : Christophe Raynaud De Lage

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