Théâtrorama

Macbeth / Othello mis en scène par Maria Zachenska

Zoom sur Louis-Jean Corti et Maria ZachenskaAvec un engagement total et un réel sens du décalage, les clowns Francis et Carpatte dépoussièrent alternativement les classiques Macbeth et Othello à l’Espace Roseau, tous les jours à 10h45, pendant le Festival Off d’Avignon. Rencontre avec Louis-Jean Corti et Maria Zachenska.

Quel a été votre point de départ, de ce travail sur Macbeth ?

Maria Zachenska: Quand on a commencé avec le clown, je pensais qu’on allait faire un spectacle jeune public, sur un conte de fée. Après une première répétition, j’ai trouvé ça trop « gentil », trop « mignon ». J’ai alors pensé à Othello. J’ai parlé avec le scénographe, qui m’a dit « Fais plutôt Macbeth, c’est plus mythologique, ça ressemble plus à un conte de fée, et en plus, c’est… horrible !» Le choix n’a pas été fait consciemment par rapport à une situation sociétale, même si je crois qu’en creusant un peu, on pourrait trouver des liens : la trahison, les actes dont on a honte, la soif du pouvoir, jusqu’où ça mène…

Louis-Jean Corti: Pour moi, les forces du mal de Macbeth, sont tellement présentes aujourd’hui, par tout ce qu’on voit autour de nous, le capitalisme, la cupidité, qui détruisent la planète et l’humanité, c’est une force du mal… Quand on sait qu’à la fin du siècle, 50 % de la biodiversité aura disparu, c’est monumental.

Comment avez-vous créé ce spectacle ?

Maria Zachenska : Le clown Francis existait déjà, depuis 2004. Il était dans un spectacle que j’ai mis en scène, avec quatre autres clowns. C’est par le travail autour de Macbeth que notre duo s’est constitué. On partait vraiment à l’aveugle, dans Macbeth, on ne savait ni comment on voulait faire, ni ce que ça allait donner.

Louis-Jean Corti : Maria m’avait demandé de lire la pièce et d’apprendre par cœur des répliques qui me plaisaient. Quand on s’est retrouvés, chacun avait son petit paquet de répliques. On les a confrontées…

Maria Zachenska: On a souvent fait nos choix sur des mots. On a travaillé à partir de la traduction classique de François Victor Hugo. Il y avait parfois des répliques qui nous plaisaient vraiment, qui nous envoyaient ailleurs, ailleurs que Macbeth, d’ailleurs. On a beaucoup travaillé par « association ». On a choisi les scènes qu’on allait faire, et on a éliminé celles qu’on ne pouvait pas mettre dedans, parce que c’est énorme, Shakespeare. Au départ, on avait 3h30 de spectacle, puis on a dû couper, un interminable travail de « condensation ». Après finalisation des gags, on a eu besoin d’un regard extérieur. C’est alors que Pierre Cornouaille est entré dans le projet.

Louis-Jean Corti: Pierre a un regard très juste, très fin… C’est vraiment une pièce où on s’amuse ! Une des clés de la réussite, enfin, du résultat de ce travail, c’est l’amusement. Je crois que je ne me suis jamais autant amusé en répétition que sur ces deux Shakespeare. L’épanouissement des clowns, la joie.

Dans quelle mesure le regard du clown est-il important sur Shakespeare ?

Louis-Jean Croti: Pour moi, le clown imite l’adulte, mais il ne sait pas ce qu’il fait. Il n’a pas conscience. Il imite. Quand il voit qu’on est au restaurant et qu’on demande « S’il vous plaît, la carte », il ne sait pas ce que ça veut dire. Il a cette naïveté immense. Et pourtant, il est habité. Il doit toujours vérifier si dans ce qu’il fait, on le croit. Il est toujours sur un fil. Il n’est jamais installé.

Maria Zachenska : Le clown a un prisme, on ne peut pas l’obliger à faire autre chose que ce qu’il fait. Avec Macbeth, on allait beaucoup dans la terreur, dans la peur, dans l’horrible. On cherchait à exprimer la profondeur de cette angoisse du couple Macbeth-Lady Macbeth, qui ont commis le meurtre, qui ont commis l’impensable, et qui ne le supportent pas. C’est ce qui s’effondre, tous les deux s’effondrent. Ce qui est bien dans le clown, c’est sa facilité de grandes émotions. Un comédien, il peut devenir très vite ridicule, s’il essaye de dire que ce sang ne va jamais disparaître et qu’il faut le laver. Alors que moi, en clown, je peux y aller sans peur d’être ridicule, puisque je le suis déjà. Il n’y a pas ce questionnement concernant la mesure des choses. C’est le même processus dans la peur, on peut avoir une peur abjecte, mais en clown ça ne nous pèse pas pour autant.

Quel est le prochain projet de Francis et Carpatte ?

Maria Zachenska: On a d’abord fait Macbeth, puis Othello. Othello, c’est plus une question féministe pour moi, je l’ai fait en tant que femme qui milite pour que plus personne ne tue jamais une femme parce qu’elle a regardé quelqu’un d’une certaine façon. Ca m’insupporte. C’est un thème qui m’énerve au plus profond. Pour la suite, on aimerait aller vers la trilogie. Je lorgne un peu du côté de Jules César. J’aimerais quelque chose de très solennel, politique. Encore un univers différent.

 

Festival d’Avignon Off
Othello les jours pairs, Macbeth les jours impairs / Tout public dès 6 ans
Mise en scène : Maria Zachenska
Avec : Maria Zachenska, Louis-Jean Corti
Direction d’acteur et lumières : Pierre Cornouaille
Scénographie et costumes: Georges Vafias
Durée : 1h

Tous les jours, à 10h45, à l’Espace Roseau

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