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Zoom sur Hrysto et Le Petit prince en langue des signesDans un espace poétique, onirique et bucolique, Hrysto plante un Petit Prince fidèle à l’œuvre de Saint Exupéry. Ce Petit Prince arrive d’une autre planète, et pourtant, il parle français… Mais un français qu’encore bien peu d’entre nous connaissent. Rencontre au cœur du souffle, des yeux qui disent, des mains qui construisent des mondes de mots et d’images…

Hrysto, vous êtes comédien, auteur, vous mettez en scène Le Petit Prince en version bilingue français-lsf. Comment ces deux langues se rencontrent-elles, au plateau ? Est-ce la première mise en scène bilingue que vous effectuez ?

Hrysto : Oui c’est la première fois que je mets en scène, une version bilingue. Cela a été un gros travail car tout d’abord, le texte est long et il y a eu beaucoup de choses à dire. Il a fallu faire une sélection des extraits que je tenais à garder. Bien que j’aime la simplicité, je ne voulais pas que cette forme de pièce bilingue soit classique. J’ai cherché à créer une certaine dynamique en variant les formes pour raconter l’histoire au public. C’était un grand défi pour moi. Dans cette pièce, la deuxième difficulté est que le comédien Romans Suarez Pazos est le seul entendant, je ne voulais pas qu’il ne fasse que « parler » au risque d’ennuyer les spectateurs qu’ils perdent le fil de ses propos. J’ai donc varié la forme le plus possible : narration par un comédien sourd ou entendant, dialogues, création de plusieurs textes narratifs (qui étaient à l’origine des dialogues), création de voix off pour le Petit Prince, création d’une vidéo en LSF (avec le personnage de la Rose). J’ai même imaginé une forme en duo entre Romans Suarez Pazos (entendant) et Martin Cros (sourd) pour jouer un seul personnage (allumeur de réverbères, géographe, homme d’affaires) ; cette forme fonctionne bien aussi et permet de libérer le jeu des comédiens.

Vous avez choisi d’intégrer dans le spectacle la dimension entendante, à laquelle vous n’avez pas accès. Ainsi, une partie du spectacle est « occultée » pour vous. Comment gérez-vous cet aspect, en tant que metteur en scène ?

Hrysto : J’ai travaillé en étroite collaboration avec Frédérique Kedarri-Devisme, en tant que collaboratrice artistique. Elle m’aide à diriger le comédien Romans Suarez Pasos, elle est mon « oreille ». Elle est là pour vérifier que la voix de Romans est bien en raccord avec mon idée de mise en scène. Les interprètes LSF-Français ont été présents pendant les répétitions, indispensables pour la communication au sein de l’équipe. Ils m’ont aussi indiqué ce qu’ils entendaient exactement (notamment pour la création de la musique).

Le Petit Prince n’est joué par un enfant, mais par un adulte. Pourquoi avez-vous fait ce choix ?

Hrysto : C’est une question intéressante. Je vois le travail du jeu de comédien comme un retour à l’enfance.

Si chaque adulte porte en lui son Petit Prince, qu’est-ce que le vôtre aurait à vous dire aujourd’hui?

Hrysto : Les grands sont toujours bizarres.

Quel sens cela a-t-il pour vous de monter Le Petit Prince aujourd’hui ? S’agit-il uniquement de rendre ce conte accessible au public sourd ?

Hrysto : Tout d’abord, j’ai créé le Petit Prince pour les enfants sourds. En effet, le système scolaire étant inadapté, les enfants sourds ne perçoivent pas le vrai message philosophique. Quand j’étais petit, je voyais souvent l’image du Petit Prince mais je n’avais aucune idée de ce que cela représentait. Cela me paraissait étrange qu’il soit à ce point connu à travers le monde. J’ai eu une première approche lors de la mise en scène par Maria Fitzi, dans laquelle j’ai joué en tant que comédien. C’est là que j’ai vraiment découvert la philosophie, qui m’a beaucoup touché. Elle est toujours d’actualité ; j’ai eu envie de la mettre en scène afin de cibler les spectateurs sourds et aussi les entendants curieux de la langue des signes et de l’art sourd. Lors de la rencontre avec les spectateurs à l’issue de la représentation du 13 décembre, j’ai vu à quel point les sourds étaient nombreux encore à ne pas connaître cette histoire en profondeur. Et maintenant, ils ont envie de lire le livre, de poursuivre leur découverte. Je m’adresse également au public entendant, en provoquant leur curiosité et leur envie de découvrir l’intérêt du bilinguisme LSF-français.

Où aimeriez-vous que ce spectacle se joue ? À la rencontre de quel public ?

Hrysto : Je rêve que cette pièce soit joué dans le Sahara, dans l’espoir d’y rencontrer vraiment Le Petit Prince… Plus sérieusement, j’aimerais que cette pièce soit montrée au monde entier, afin de toucher tous les publics, notamment le public sourd.

Le Petit Prince
Mise en scène : Hrysto
Dramaturgie : Delphine Leleu
Avec Ludovic Ducasse, Martin Cros, Romans Suarez Pazos
Scénographie : Marion Rivolier
Création son : Gilles Normand
Voix off : Alessandro Gazzara
Création costumes : Elodie Hardy
Coach vocal : Frédérique Keddari-Devisme
Création vidéo : Yann Le Hérissé
Régie son et vidéo : Maxime Niol
Création et régie lumière : Léandre Garcia Lamolla, en alternance avec Yannick Herbert
Adaption LSF-Francais : Hrysto, Delphine Leleu, Ludovic Ducasse
Production IVT- International Visual Theatre
Coproduction Cie les Frères Ducasse
Le Petit Prince d’Antoine de Saint-Exupéry Editions Gallimard 1945

Vu à International Visual Theatre

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