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De Terre en Terre – Hélène Hamon et Hubert Mahela

De Terre en Terre - Hélène Hamon et Hubert MahelaRencontre avec Hélène Hamon pour sa prochaine création avec Hubert Mahela, De Terre en Terre, qui sera jouée les 1er, 3 et 4 décembre au Théâtre Roublot, à Fontenay-sous-Bois.

Quelle est l’origine du projet ?

Hélène Hamon : Une rencontre qui commence vers l’année 2000. Je travaillais déjà avec Grégoire Cailles actuel directeur de la Cie le pilier des Anges, et du théâtre de la Halle Roublot, et alors directeur du TJP, CDN d’Alsace à Strasbourg. Nous étions en train d’annualiser à Strasbourg le festival des giboulées de la marionnette et Hubert Mahela était venu de Kinshasa pour participer à un stage organisé avec le Bread and Puppet, dans le cadre de ce festival.

Nous nous sommes rencontrés là. Puis un projet s’est mis en place : il s’agissait d’aller en RDC travailler le théâtre et la manipulation d’objets avec des enfants des rues de Kinshasa ; un grand projet qui mettait ensemble une vingtaine d’enfants des rues et d’enfants soldats démobilisés, des artistes Kinois dont Hubert, une compagnie de Strasbourg : le théâtre Tohu-Bohu de Gilbert Meyer, le sculpteur sur métal Daniel Depoutot, et pour le CDN : huit jeunes filles émergeant de nos ateliers de pratique théâtrale et deux comédiens Mukuna Kashala et moi-même.

C’est depuis cette immersion dans la vie au quotidien avec la population congolaise que je me suis attachée à ce pays et aux gens qui y vivent. Avec Hubert, nous avons écrit et joué (lui au plateau, moi à la mise en scène) un premier spectacle « Ça va ! » pour raconter la difficulté de vivre à Kinshasa mais aussi la formidable force de vie qui habite les kinois. Nous voulions faire un spectacle sur la vitalité de l’espoir, un spectacle de joie communicative… et nous avons réussi.

Ce spectacle, que nous revendiquons absolument en appelle cependant un autre, plus âpre. À Kinshasa le climat s’est tendu. Ici aussi on peut voir que la situation des petites gens se dégrade. Nous voulions parler de cela. Sans plonger dans le désespoir – il ne sert à rien de désespérer les spectateurs – nous espérons juste proposer une prise de conscience du monde qui nous entoure, à travers un double regard français/Kinois.

De Terre en Terre est la rencontre de deux mondes. Deux personnages un Blanc- Gaspard- et un Noir – Henri Moto Pamba – que rien ne devait rapprocher, et qui réalisent qu’ils partagent une même affection pour deux jeunes gens, Atandele et Charlotte. Chacun d’eux connaît un bout de leur histoire et leurs regards croisés vont nous faire découvrir l’incroyable trajet de vie de ce couple qui d’exode en exil va se retrouver là, dans ce jardin ouvrier voué à la destruction pour que soit construit un centre commercial. C’est aussi l’occasion pour nous de faire se rencontrer deux cultures, deux générations, deux langues, et pouvoir dire que, quelques soient nos différences, elles sont infimes, liés que nous sommes par l’appartenance à une même humanité.

Deux ans après « Ça va ! », votre regard sur l’évolution des sociétés a-t-il changé ?

De Terre en Terre – Hélène Hamon et Hubert Mahela

Hélène Hamon : Personne ne peut savoir de quoi sera fait l’avenir. En ce moment, on ne peut pas être très optimiste. Je pense hélas que si nos sociétés continuent à ne fonctionner qu’en regard des bénéfices financiers, l’homme va s’autodétruire. La planète survivra, elle sera peuplée d’insectes peut-être, mais elle survivra. Mais ce n’est pas le thème du spectacle. Ce que nous voulons dire c’est juste qu’il faut être conscient. Ne pas chercher de fausses excuses pour laisser faire. Notre regard ne change pas. Il est sans cesse à la recherche de ce qui rend l’humain digne d’intérêt.

Dans les notes d’intention, vous dites : « la terre, source de nos problèmes ». N’est-elle pas aussi finalement source des solutions ?

Hélène Hamon : Lorsque nous disons « la terre, source de nos problèmes », nous faisons en fait allusion aux richesses de la terre qui engendrent la convoitise qui elle-même engendre les guerres. En réalité ce n’est pas la terre qui est source de nos problèmes. Mais plutôt nous qui créons des problèmes à la terre en la surexploitant. Ce n’est d’ailleurs pas juste de dire « nous ». La cupidité n’est pas généralisée… La source des problèmes découle des actions de certains hommes qui cherchent à accaparer pour leur seul profit les richesses qui devraient être réparties entre tous…

Est-ce qu’il existe encore selon vous aujourd’hui « un endroit de vie assez calme où l’on puisse s’asseoir à l’ombre d’un arbre ? »

Hélène Hamon : Chacun n’a pas la même notion de ce qu’est « l’endroit calme ». Il ne s’agit bien sûr pas de passer sa journée sous un arbre à attendre que tout arrive. Il s’agit d’avoir la tête assez tranquille pour prendre les bonnes orientations, les bons choix de vie. ll faut prendre cette phrase pour ce qu’elle est : une image poétique qui exprime la modestie d’une quête. Si ce simple souhait ne peut être exaucé aucune autre ambition ne vaut la peine d’être poursuivie.

Est-il prévu que la pièce soit jouée en République Démocratique du Congo ?

Hélène Hamon : C’est notre souhait…

De Terre en Terre
Ecriture : Hélène Hamon, Hubert Mahela
Mise en scène : Hélène Hamon
Scénographie : Jean-Baptiste Manessier
Création Lumière : Pierre Daubigny
Jeu : Hubert Mahela, Philippe Catoire

Dates de représentation
Au Théâtre Roublot
Samedi 1er décembre à 19h
Les 3 et 4 décembre  à 14h40

Le 6 décembre à 19h30 au Centre culturel Jacques Tati à Amiens

Crédit photos: Le Pilier des Anges

Plus d’infos : Le Pilier des Anges

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