Théâtrorama

Premier soma: La Révolte

Zoom sur le collectif Saint-Coquelicot Entre les zones intimes et politiques de nos êtres, de nos territoires, circulent nos désirs d’insoumission, de désobéissance. Dans une mise en scène décoiffante, Hugo Bachelard remet au goût du jour les personnages archétypaux de Sophocle, à l’aube d’un Tirésias expliquant le plaisir féminin, ou d’une Ismène travestie bougeant les hanches sur des tubes des années 1960. Drôle, libre et engagé, le travail de ce jeune collectif interpelle. A suivre.

Monter Antigone aujourd’hui, quel sens cela a-t-il pour vous ?

Hugo Bachelard : Ce travail autour d’Antigone est notre premier spectacle. Ce texte, c’est pour moi une pure métaphore de la révolte, de la jeunesse, de l’envie de crier, de dire non. J’avais envie d’interroger ce mot : révolte. Et comment le théâtre se trouvait être en lien avec ce mot. Parler de ma révolte intérieure, aussi, même si je ne m’en suis aperçu qu’après coup. Une révolte qui se retrouve dans le fait de choisir le métier d’artiste, celui du théâtre, et dans la volonté de rassembler des gens pour faire du théâtre. Si on titre le spectacle La Révolte, c’est parce qu’il n’y a pas une seule définition de la révolte. Ça peut être un mouvement extrêmement intime. Individuel. Ça peut être une révolte collective. Ce qui est intéressant chez Antigone, c’est qu’il y a une révolte individuelle, qui va peu à peu devenir un symbole collectif, une forme de revendication.

Katia Grau : En tant que comédienne, s’attaquer à un monument comme l’Antigone de Sophocle est un vrai bonheur. Antigone est un texte fondateur qui englobe toutes les thématiques importantes du théâtre. On y retrouve les affrontements fondamentaux : jeunesse / vieillesse, homme / femme, citoyen ordinaire / représentant du pouvoir…

Quelle est cette révolte, dont vous disséquez l’envergure et les variations au plateau ?

Hugo Bachelard : La révolte existe depuis toujours, c’est intrinsèquement humain. C’est un mouvement qui peut être violent, mais doux, aussi. Dans tous les cas, c’est un mouvement qui peut faire avancer et transformer le monde, les environnements, et les rapports entre les humains.

Katia Grau : On essaie de poser des questions, en s’appuyant sur des faits historiques, et aussi des histoires intimes. Le propos est avant tout philosophique, mais aussi politique puisqu’on veut interroger le public, amener à un débat. On s’est même posé la question d’ouvrir sur une forme de théâtre-forum.

Assurément, le public occupe une place particulière dans le spectacle…

Hugo Bachelard : C’est un enjeu central de notre travail : amener un groupe de personnes, par le biais du théâtre, à se questionner sur un sujet. Créer un mouvement collectif. D’où une forte propension à faire débat, à faire monter les gens sur scène. De plus, je pense qu’il y a une vraie demande de ça, d’abolir la frontière artiste-public. Dire qu’on est tous des êtres humains qui nous questionnons. Dans la version « rue » du spectacle, le rapport public est encore plus important, il y a des échanges encore plus développés que dans la version salle.

Katia Grau : Oui, en rue, les échanges avec les spectateurs sont plus nombreux, et on touche des personnes d’horizons très différents. Pour nous, c’est un cadeau parce qu’on ne veut pas faire du théâtre pour une seule catégorie de population, mais l’ouvrir au maximum.

Le nom de votre collectif, Saint-Coquelicot, est d’ailleurs en lien avec ce parti-pris…

Zoom sur le collectif Saint-Coquelicot Hugo Bachelard : Oui, les coquelicots sont des fleurs sauvages, qui poussent un peu partout. D’autre part, Cécile Basset, avec qui j’ai fondé le collectif, et moi-même, connaissions très bien le fameux tableau éponyme de Monet, pour l’avoir eu tous deux dans le salon de nos enfances respectives. La seconde référence est un texte d’Eugenio Barba, qui s’appelle Le champ des coquelicots. C’est une métaphore de la création artistique, qui se développe là où on ne l’attend pas.

Katia Grau : Derrière Saint-Coquelicot, il y a aussi Saint-Malo, d’où Hugo est originaire. Nous avons voulu créer un pays imaginaire autour de ce nom. Saint-Coquelicot, c’est une petite ville au bord de l’Océan Virginique, non loin d’une petite plage réputée pour son sable très fin et son exposition idéale…

Hugo Bachelard : On a même créé une carte. On est en train de développer un univers graphique, photographique, pictural, autour de cette ville imaginaire, pour présenter nos spectacles.

En effet, La Révolte est le premier volet d’un triptyque que vous allez développer sur les années à venir…

Hugo Bachelard : Le prochain spectacle du collectif sera créé mi-février 2019. C’est l’Œdipe-Roi de Sophocle. Il a pour thématique le secret. On va travailler sur la vérité, le caché, le visible, et à la fois, comme dans La Révolte, un aspect politique et un aspect intime, en recentrant sur le couple que forme Œdipe et Jocaste. La pièce se passe en 1956, on travaille sur cette époque particulière que sont les années 1950. On part sur un univers visuel plus défini que dans La Révolte, qui va peu à peu se fissurer…

Katia Grau : On ne peut pas en dire plus… C’est un secret.

Premier soma : La Révolte
D’après l’Antigone de Sophocle
Mise en scène, texte et dramaturgie : Hugo Bachelard
En très étroite collaboration avec : Cécile Basset, Katia Grau, Richard Jovial
Jeu : Cécile Basset, Katia Grau, Richard Jovial
Crédit photo : Pauline Marzanasco

Prochaines dates
Premier Soma : La Révolte le 30 novembre 2018 à 20h au théâtre Chateaubriand de Saint-Malo / Tournée à venir dans le sud de la France
Second Soma : Le Secret les 14 et 15 février 2019 à l’espace Beaujon (Paris 8ème) / Mai 2019 : Université Sorbonne Nouvelle (dates en cours)

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