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Zoom sur Audrey BonnefoyFormée à L’ERAC, école de théâtre à Cannes, Audrey Bonnefoy est comédienne, metteure en scène et enseigne en parallèle les arts du spectacle. Depuis 2006, elle est aussi marionnettiste et attachée à promouvoir les spectacles pour les tout-petits à partir de 1 an dans le cadre de sa compagnie Des petits pas dans les grands…

« On voit tout d’abord une chenille se métamorphoser en papillon, des têtards qui deviennent grenouilles, des fleurs devenir fruits. » C’est ainsi qu’est présenté en quatrième de couverture, En t’attendant*, le dernier spectacle de marionnettes pour les tout-petits qu’elle a créé d’après le texte d’Émilie Vast. Cette attention aux petites choses, un vrai regard sur le monde qui l’entoure pour en découvrir la poésie derrière les apparences, une voix au timbre chaleureux, de la rigueur sans rigidité. Rencontre…

Quelle formation avez-vous suivie et comment en êtes-vous arrivée à la pratique de la marionnette qui, au départ, ne faisait pas partie de votre cursus ?

Audrey Bonnefoy : J’ai suivi un cursus en Arts du Spectacle à l’Université de Paris 8, puis trois années d’études à L’Ecole Régionale d’Acteurs de Cannes, où j’ai travaillé avec différents metteurs en scène (comme Romeo Castellucci, Alain Françon ou Georges Lavaudant). En 2006, j’ai débuté une collaboration avec la compagnie Ches Panses Vertes aux côtés de Sylvie Baillon et Éric Goulouzelle, qui étaient à l’époque formateurs à l’Institut International de la marionnette de Charleville-Mézières. Ils vont m’initier à diverses techniques de marionnettes, en m’offrant un rôle de comédienne et marionnettiste dans Les retours de Don Quichotte, une commande à six auteurs contemporains autour de la figure de Don Quichotte. Mes premières expériences se sont faites avec des marionnettes à tringles, qui proviennent de la tradition sicilienne. Cette arrivée imprévisible de la marionnette dans mon parcours professionnel m’a ouvert à d’autres horizons.

Que tirez-vous de cette pratique ? Quelle est votre relation à la marionnette ?

 Audrey Bonnefoy
© Bertrand Cousseau

Audrey Bonnefoy : L’animation de la marionnette est très ludique. C’est un mode narratif différent et un outil supplémentaire dans ma pratique du théâtre, une fenêtre ouverte sur les possibilités du jeu de l’acteur. Dans mon spectacle De la porte d’Orléans par exemple, la marionnette me permet l’expression d’une distance avec l’adulte qui se souvient de son enfance et invite au questionnement. Comment voit-on le monde ? Comment le déforme-t-on quand on est enfant ? Comment vit-on le monde ? À travers un imaginaire sublimé, on joue sur un rapport différent à la réalité.

Qu’est-ce que la marionnette a pu apporter à votre jeu de comédienne, puis ensuite à votre travail d’auteure et de metteure en scène ?

Audrey Bonnefoy : Une pratique protéiforme. Les marionnettes sont « parleuses » ou non, c’est un langage supplémentaire qui prolonge l’acteur, au même titre, pour moi, que le costume, l’utilisation du tissu ou de la scénographie. Depuis le début de ma pratique, mon regard sur la marionnette a évolué. Même si on s’adresse à des enfants, j’essaie d’avoir les mêmes exigences que pour les spectacles adultes. Ainsi, je pense qu’il est aussi important d’avoir les mêmes exigences artistiques, lors des créations à destination des enfants que lorsque l’on crée pour les adultes – cela implique donc des temps de répétitions et des budgets de production équivalents.

Chaque projet implique des artistes aux talents multiples et différents. Je travaille avec un noyau dur de six personnes, les mêmes depuis longtemps, comme mon collaborateur Philippe Rodriguez-Jorda qui apporte un regard extérieur sur la mise en jeu de mes spectacles. Chaque spectacle implique une collaboration avec un scénographe, un créateur lumière, un sondier. Lors de mon dernier spectacle, j’ai travaillé en collaboration avec un lycée des métiers d’arts, à Nogent sur Marne) pour les costumes…

En tant qu’auteure, j’essaie de cibler mon écriture en fonction des tranches d’âges et des types de marionnettes. Je défends des niveaux de lecture différents qui peuvent rassembler tous les publics. Je mêle différentes approches artistiques autour du texte (image, danse, marionnette…). Ce qui peut changer d’un spectacle à l’autre : la durée, le niveau de langage en fonction de l’âge…

Parlez-nous de votre spectacle En t’attendant écrit à partir du texte d’Émilie Vast et qui s’adresse aux tout-petits à partir de 12 mois comment avez-vous imaginé ce spectacle ?

Audrey Bonnefoy : C’est pour l’instant le seul projet petite enfance que j’ai créé. C’est un spectacle de 30 minutes environ, que l’on a déjà joué une centaine de fois et qui s’adresse aux petits entre un et cinq ans. Il parle de la transformation de la nature : la chenille qui devient papillon, le têtard qui se transforme en grenouille et bien entendu le fœtus qui devient un bébé. Pour ce projet, j’avais très envie de collaborer avec Lisa Léonardi qui parle la langue des signes française (LSF). Nous avons utilisé la LSF bébé qui permet au spectacle d’être accessible à tous et notamment aux enfants sourds et malentendants.
À la fin du spectacle la comptine en chant-signé résume toutes les transformations, du passage des saisons à la naissance du bébé. J’avais envie également, pour ce spectacle, de me servir du kamaishibaï, un théâtre d’illustrations séquentielles dans lequel nous avons utillisé les dessins d’Émilie Vast et avons joué avec la 2D et la 3D, alternant ainsi images illustrées et marionnettes.

De quelle façon les enfants ont-ils réagi à ce spectacle ? Avec un tel public, comment pouvez-vous faire l’évaluation de son impact ?

Audrey Bonnefoy : Le degré d’attention et l’émerveillement des tout-petits nous permettent d’évaluer l’impact du spectacle sur eux. Leurs commentaires y participent aussi que ce soit pendant ou après le spectacle.

Quel est votre prochain projet ? Comment envisagez-vous votre pratique dans l’avenir ?

Audrey Bonnefoy : Il se dit que l’on fait peu de cas de la dramaturgie dans les spectacles utilisant de la marionnette, pour moi la dramaturgie est importante. Mon prochain projet se dirige vers un travail des matières comme le tissu. Le projet s’intitule O’Yuki (Neige en japonais). C’est l’adaptation d’un conte japonais moderne qui pose la question de la famille recomposée en revisitant positivement la figure de la belle-mère, celle de la marâtre étant passablement éculée.

* En t’attendant, Émilie Vast – Éditions Memo

Plus d’infos sur le site d’ Audrey Bonnefoy

 

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