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Alexandre Haslé crée La Pluie d’après Daniel Keene

Zoom sur Alexandre Haslé et La Pluie Sur le plateau de la salle du Paradis au Théâtre du Lucernaire, une kyrielle d’objets, ombres et marionnettes usés par le temps semblent attendre patiemment leur devenir de mouvement. En 2001, Alexandre Haslé créait « La pluie » d’après l’auteur australien Daniel Keene. L’histoire est celle de Hanna, une jeune femme qui raconte comment elle s’est vu confier des objets de toute sorte par des voyageurs montant dans un train… dont ils ne sont jamais revenus.

Pourquoi reprendre ce spectacle, seize ans plus tard ?
Alexandre Haslé : Le texte de Keene ne parle pas spécifiquement de la Shoah, de l’holocauste. Il parle de gens déplacés, qu’on met dans des camps. C’est ce que les français ont fait pendant la guerre d’Espagne, au lieu d’accueillir les réfugiés républicains espagnols, on les a mis dans des camps. Les Allemands l’ont fait après avec les Tziganes et les Juifs. Quand Keene a écrit ce texte, il pensait plus à la Bosnie, où les personnes ont été déplacées par les Serbes.

Ce spectacle a été créé avant le 11 septembre 2001, au Théâtre de la Commune d’Aubervilliers, à Paris. Quelque temps après, on jouait au Channel à Calais, au moment où le camp de Sangatte était en train de se construire. Le directeur de l’époque était alors très engagé sur la route des migrants. Sangatte a été démonté, mais il s’est évidemment reconstruit ailleurs. On s’est rendu compte aujourd’hui, quinze ans plus tard, que non seulement rien n’avait changé, mais qu’en plus, il n’y avait plus de « solutions » politiques, qu’il n’y avait plus aucune « pensée » politique. Aujourd’hui, le texte mérite d’être entendu. Qu’une voix s’élève et dise : « Non mais ça va pas » !

En quoi avez-vous trouvé pertinent l’usage de la marionnette dans ce spectacle ?
Zoom sur Alexandre Haslé et La Pluie Alexandre Haslé : Je n’ai pas le sentiment de faire de la marionnette. J’utilise des marionnettes au même titre que j’utilise la musique et la lumière. Pour moi, c’est un tout. Je n’hésite pas à utiliser tous les supports qui peuvent aider à rêver une histoire, à la raconter, que ce soit de la marionnette qui n’en est pas forcément, du masque, de la musique ou de la lumière.

J’ai commencé à faire du théâtre dans la rue, avec Ilka Schönbein. Je ne connaissais rien à la marionnette : pour moi, la marionnette, c’était Guignol. La chance et le hasard ont fait qu’on a travaillé ensemble pendant trois ans. Elle m’a appris à fabriquer, à manipuler, et aussi le rapport au public. Mon apprentissage a été empirique, tout comme le sien l’avait été. Elle m’a fait travailler sur des choses assez simples. Par exemple, être caché, et faire apparaître sa main d’une valise. Il fallait faire apparaître une main d’une jeune fille, une main de vieille femme, une main d’homme…

Elle ne voulait pas me dire comment faire. Elle voulait que je le ressente. Le meilleur moyen, c’était d’essayer. Elle me disait : « Non. Non. Non, non, non ! » jusqu’à ce que je craque. Je me sens proche de son univers, et j’ai trouvé avec elle comment le mettre en pratique, en scène. Il y a une filiation évidente. « La Pluie » est le premier spectacle que j’ai créé, j’en ai fait trois autres par la suite, avec cette même esthétique.

Lorsque les spectateurs entrent dans la salle, le spectacle a déjà commencé…
Alexandre Haslé : Dans le théâtre de rue, le rapport entre les acteurs et les spectateurs est différent de celui du théâtre de salle. Dans le théâtre de salle, les comédiens arrivent dans le noir, la lumière s’allume, le spectacle commence, puis se termine, on salue et on s’en va. Or sur ce spectacle, la charge émotionnelle nous a paru trop lourde pour laisser les gens seuls avec ça, y compris nous, l’équipe artistique. On a eu envie d’inventer un personnage qui « accueille » le public et laisse une partie d’improvisation au spectacle, car sinon, tout est très millimétré.

Le personnage masqué qu’incarne Manon Choseret fait partie du spectacle, ce n’est pas l’ « avant » et l’ « après ». Elle accueille les gens au-delà d’un accueil simple. Elle permet aux spectateurs qui viennent écouter le texte de Keene de ne pas y rentrer directement. On a besoin de ce « sas » d’adaptation. A la fin du spectacle, elle boucle la boucle en invitant les gens à venir sur scène partager un vin chaud avec nous, ou un jus de pomme pour les enfants. Ca nous permet d’avoir un vrai échange avec le public, que l’on n’a pas d’habitude d’avoir, dans un théâtre plus traditionnel. Ça nous permet de rencontrer les gens. Et ça nous aide à travailler.

« La Pluie », d’après Daniel Keene, mise en scène par Alexandre Haslé –  jusqu’au 26/11/2016 au Théâtre du Lucernaire.

Crédit photo : Marinette Delanné

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