Théâtrorama

Elle lance en septembre son spectacle Enfermée(s), monologue à quatre voix de femmes sur le thème de l’enfermement. Dans une société où l’excès de communication isole toujours plus profondément, Virginie Vignolo vient rompre le silence et secouer les tabous.

Comment est né le projet Enfermée(s) ?
« Tout est parti d’une envie d’écrire, pour raconter. Raconter mon « histoire » à travers des « histoires ». Il y a dix ans ma vie a basculé à la suite d’un viol. Je me suis retrouvée en perte totale de repères, sans envie, sans avenir… Et puis surtout je me suis sentie enfermée. D’abord dans mon corps, dont j’avais le sentiment qu’il ne m’appartenait plus vraiment, puis dans ma tête. Le sentiment de devoir se taire par peur de parler, et la culpabilité de le faire pour me soulager. Ce sont des sensations étranges que j’ai mis beaucoup de temps à apprivoiser. L’enfermement étant le sentiment qui m’a le plus pesé : difficile de se retrouver seule pour porter un si lourd fardeau. On finit par apprendre à vivre avec et à avancer tant bien que mal, jusqu’au jour où l’on apprend que son agresseur est arrêté. Là, c’est un étrange mélange de soulagement et d’angoisses profondes qui ressurgissent, comme des vieux fantômes du passé que l’on avait essayé d’enfouir! S’en sont suivies trois longues années de procédures judiciaires à attendre un procès. Et puis continuer de vivre pendant ce temps, trouver sa voie, tout ça dans un épais brouillard… »

L’écriture est-elle venue instinctivement, à la sortie du brouillard ?
« L’écriture, je n’y avais jamais vraiment songé. Je pensais que je n’en étais pas capable, puis un jour je me suis lancée dans l’écriture d’une première pièce. En y repensant, c’était pendant les années de brouillard, précisément. Je pense qu’avoir un projet, un but, m’a aidée. »

Quand l’idée de ce monologue à quatre voix de femmes Enfermée(s) vous est-elle finalement venue ?
« Cela devait être fin 2011, mais c’était encore vague. Le projet s’est concrétisé en 2012, avec la fin de la procédure judiciaire. Quand la date du procès est arrivée, écrire est devenu aussi important pour moi que de respirer ! J’ai donc commencé par chercher comment parler de l’enfermement. La prison a été une de mes premières idées. Me sentant emprisonnée dans mon propre corps, j’ai eu envie d’en connaître plus sur le milieu carcéral, et évidemment sur celui des femmes. Puis naturellement, la violence faite aux femmes est arrivée sous les traits de la deuxième enfermée. Au moment du procès, le choc a été très violent. Je pensais à tort avoir déposé mes valises dans la Cour d’Assises. Pendant plusieurs mois, je n’ai pas pu toucher à mon texte. Toutes les excuses étaient bonnes pour ne pas replonger mon nez dedans. Puis petit à petit j’ai retrouvé la force et l’envie d’écrire. J’avais déjà lu le livre d’Aung San Suu Kyi « Se libérer de la peur », et vu le film de Luc Besson sur sa vie. Son courage m’impressionnait. J’ai donc écrit une correspondance imaginaire entre elle et ses enfants où, pendant une période de deux ans étant assignée à demeure, elle n’avait plus aucun contact avec l’extérieur ni sa famille. C’était important pour moi aussi d’avoir une enfermée, qui soit forte et positive, malgré les épreuves. C’est la troisième enfermée. La dernière enfermée, a certainement été la plus difficile à écrire, je n’arrivais pas à trouver le bon angle d’attaque. Je voulais parler de l’enfermement de la femme dans la religion. J’ai finalement décidé de considérer la société comme « individu » qui enferme d’autres « individus » dans des stéréotypes liés à beaucoup d’ignorance. C’est la dernière enfermée : une femme musulmane victime des clichés que lui renvoie la société sur sa propre condition. »

Aujourd’hui le projet se concrétise puisque vous jouez en septembre. Comment cela s’est-il mis en place ?
« Finalement à force d’acharnement, une première version de la pièce a vu le jour en juillet 2014, et avec elle l’aveu de mon fardeau et enfin ma délivrance. Et puis là, quand le projet était presque abouti, à nouveau la peur. La peur qu’il se concrétise, la peur que cela aboutisse. Avec les encouragements de mon entourage, je mis suis remise sérieusement à écrire en janvier 2015, pour achever la version définitive quelques semaines après. La peur est toujours terriblement présente, mais cette fois l’envie de réussir est la plus forte ! La musique joue aussi un rôle important dans la pièce puisque j’ai travaillé avec un compositeur, Arnaud Piana, pour créer ensemble un thème à chaque enfermée. Une façon de dessiner un peu plus leurs personnalités. La danse orientale est aussi présente. Cette danse millénaire symbolise la féminité, la sensualité et met en valeur avec beaucoup de grâce le corps des femmes. De toutes les femmes. Au final, j’ai essayé de créer un spectacle qui me ressemble et qui soit aussi ce que j’ai envie de voir au théâtre, en tant que spectatrice. »

Plus d’infos
Une page kisskissbankbank a été créée pour aider et soutenir ce projet: Enfermée(s)

La première se jouera le samedi 26 Septembre à 20h30 au théâtre Francis Gag à Nice

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