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Vous avez aimé « L’ultime souper » de Stacy Title ? Vous adorerez « Un dernier verre » qui se joue actuellement au théâtre de l’Orme. Passer du film à la scène, une gageure relevée avec brio par Lætitia Grimaldi pour sa première mise en scène.

Comment est né le projet « Un dernier verre » ?
« L’idée de monter « Un dernier verre ? » remonte à plusieurs années. En voyant le film « L’ultime souper », j’avais tout de suite visualisé une pièce de théâtre. Le huis clos, l’unité de temps et de lieu le permettait assez facilement. J’ai été séduite par les thèmes qui sont abordés et par l’ambiance noire et légère qui règne dans cette histoire. J’ai dû attendre d’avoir du temps pour me lancer dans ce projet, ce qui a été possible à la fin de ma formation théâtrale. Le casting s’est déroulé durant l’été 2009. En septembre, la troupe était formée. Nous avons joué pour la première fois au Festival Acting International, en décembre 2009. Depuis, nous sommes au Théâtre de l’Orme. »

Comment avez-vous adapté la pièce du film « L’ultime souper » ?
« La réécriture s’est faite en plusieurs mois. Il y a eu une vingtaine de versions du texte et cela change encore ! Ce que je souhaitais, c’est transposer la pièce en France. Les références à l’histoire et à la politique américaine sont nombreuses dans le film, j’ai donc dû l’adapter à l’histoire française. Selon moi, le spectateur doit se sentir proche de ce qu’il peut voir et entendre. Il faut que cela lui parle et lui évoque des choses. Plusieurs personnes proches ont apporté leur collaboration, car je n’hésitais pas à faire lire le script, afin de recueillir un maximum d’éléments. J’ai changé également l’évolution des personnages féminins, afin qu’elles gardent une cohérence dans la pièce, n’ayant pas les mêmes facilités que le cinéma peut apporter, en termes de transition et d’écoulement de temps. Enfin, les personnages ne sont plus à table, autour d’un repas, mais dans le salon, autour de ce « Dernier verre », qu’ils partagent avec leurs invités. »

Quel angle avez-vous voulu mettre en lumière dans la pièce ?
« Savoir ce qui est vrai, ce qui ne l’est pas, la recherche de la vérité, sont des thèmes qui transparaissaient dans le film mais n’étaient pas entièrement exploités. J’ai tenté de mettre en valeur les illusions qui entourent les personnages principaux, qui se font finalement piéger par les règles de leur propre jeu. J’ai également voulu axer la pièce sur l’univers intérieur des étudiants. J’ai cherché à mettre en valeur ce qu’ils avaient à l’intérieur d’eux même, l’évolution de leur personnage et le basculement progressif dans la folie. J’ai également cherché des ressorts comiques, afin de rester dans le registre de la comédie douce amère. Les invités sont ainsi des personnages hauts en couleur, que le spectateur découvre au fil de l’histoire. Le thème principal, qui est l’hypothèse avancée par les étudiants pour justifier leur meurtre, permet de servir de support et interpelle le spectateur. »

N’avez-vous pas eu peur de faire une pièce cinématographique ?
« Oui, bien sur. Certaines personnes me disent encore aujourd’hui qu’on peut sentir, à certains moments, qu’il s’agissait d’un film à la base. Pour éviter de faire une pièce cinématographique, j’ai dû théâtraliser certaines scènes. Rendre le jeu des comédiens plus éclatants. Tricher sur l’écoulement du temps, puisque on comprend dans le film que plusieurs mois se passent, ce qui est difficile à faire au théâtre. De même, le potager est omniprésent et plusieurs scènes s’y déroulent. Or, comment rendre ce lieu crédible au théâtre ? Il a fallut trouver de nombreuses astuces, pour faire comprendre, par un simple changement de lumière, par exemple que le lieu n’est plus le même. »

« Un dernier verre » est votre première mise en scène, comment s’est passée la direction d’acteurs ?
« Avec chaque comédien, nous avons d’abord procéder à la construction intérieure du personnage. Qui est-il ? Quel âge a-t-il ? Est-il marié, amoureux ? Comment voit-il la vie ? Comment se sent-il par rapport aux autres ? Est-il heureux ? A-t-il beaucoup souffert dans sa vie ? Toutes ces questions ont permis de trouver des pistes et de les exploiter. Nous avons cherché ensuite ensemble quelle évolution suit le personnage dans la pièce. Nous ne voulions surtout pas que les personnages soient des copies de ceux du film original. Nous avons cherché, dans le script, à trouver des ressources qui lui soient propres. Enfin, les comédiens faisaient des propositions, que je retenais ou non, selon mes idées et ma vision de la pièce. »

Vous êtes également comédienne, avez-vous eu la tentation de jouer dans la pièce ?
« J’ai dû procéder au remplacement d’une comédienne qui était partie aux Etats-Unis durant 2 représentations et j’ai compris en le faisant pourquoi je n’ai pas souhaité jouer dans cette pièce. J’avais besoin d’être loin pour avoir le plus grand angle de vision possible. Or, de l’intérieur, en tant que comédien, cette vision n’est pas possible. Et je n’ai pu m’empêcher d’être attentive à tous les détails, plutôt que d’être concentrée à 100 % sur le rôle. Je trouve que cet exercice est très difficile. En ce qui me concerne, avec cette pièce, je voulais vraiment projeter ce que j’avais à l’intérieur de moi. Pour cela, il me fallait une vision qui soit la plus large possible. La tentation de jouer n’a donc pas vraiment été présente, pour cette pièce là. »

Quelles sont les difficultés que vous avez rencontrées ?
« La scénographie a été parfois difficile à déterminer, car nous avons joué dans des lieux très différents. Les scènes d’action ont dû être répétées de nombreuses fois, puisque la précision devait être parfaite. J’ai dû également cherché des transitions, et actuellement, la construction du personnage de l’inspecteur est toujours en cours. Ce qui est difficile, c’est d’être sure que les changements qui sont perpétuellement apportés sont bénéfiques et améliorent réellement la pièce. »

Quels sont vos projets ?
« Pour le moment, nous jouons au théâtre de l’Orme jusqu’à fin mars. Nous souhaitons ensuite jouer la pièce en province, car nous avons des possibilités dans le Sud, à Marseille et à Salon de Provence. Quant à Avignon, peut-être un jour… »

Plus d’infos : site web


  1. Bravo pour cette belle idée !
    Si le film fut un vrai petit régal à sa sortie, il n’est pas si simple de le transporter au théâtre.Pourtant,
    Il y a 1000 idées pour se détacher du film tout en respectant l’idée, le texte, l’intrigue et le message de l’auteur.
    C’est un challenge extraordinaire.
    Je suis persuadée que vous l’aurez
    relevé -;)
    Je vous en dirai plus ce soir, après le spectacle.

    Une fidèle admiratrice du film de Stacy Title….

    guerlain / Répondre
  2. Waouhh, j’ai l’eau à la bouche et hâte de goûter à ce dernier verre ..

    j’espère qu’il y aura plus de représentations et d’occasions de croiser cette troupe d’acteurs au talent indéniable et pour leur metteuse en scène qui n’a pas fini de nous surprendre par son intelligence, son humour et sa justesse!

    Définitivement, Melle Grimaldi resservez moi un dernier verre!!
    a salute!

    Mimie / Répondre
  3. Bravo Laetitia !!!! le fait que la pièce soit un succès ne m’étonne pas du tout!
    Vivement que vous veniez en province pour que nous puissions en profiter 🙂

    nicolas / Répondre
  4. Du beau travail théâtral ! Une mise en scène bien travaillée, un scénario original et le jeu des acteurs plein de sincérité !
    Un régal ! j’y reviendrai avec des amis et beaucoup de plaisir.
    Encore bravo à toute l’équipe et en particulier à la metteuse en scène Laetitia !

    Anne / Répondre
  5. super, tu es une pro!!!!!
    je ne peux pas venir a cause de mes répétitions, mais je suis sur que j’en verrai une autre de tes pieces!!!

    sandrine / Répondre
  6. J’ai vu la pièce « Un dernier verre », et je me suis régalée. On ne s’ennuie pas une seconde, les comédiens ont une pêche d’enfer et la mise en scène est formidable. Rien n’est laissé au hasard. L’équipe est vraiment très professionnelle, et la pièce mérite de tourner. Laétitia Grimaldi a su exploiter un sujet difficile pour en faire une comédie jubilatoire. Bravo !

    Vévé / Répondre
  7. Bravo, Laetitia !
    Cette interview donne plus de chair encore à tout ce que je sais, par toi, et par Vévé Zinzin !… J’attends avec impatience que toute la troupe descende à Marseille boire un de ses multiples « derniers verres » ! (Ce serait dommage que ce soit « le dernier » !…)
    Bises du Sud et…
    A la tienne, Laetitia !
    Et au théâtre !

    Chantal / Répondre
  8. bravo mademoiselle Grimaldi comme quoi il ne faut pas ecouter les detracteurs et vivre ses reves la consecration est là;tu es celebre !! (n’oublis pas de nous envoyer des passes backstage)
    bizzz et viens nous voir un peu quand la folie parisienne se calmeras :p

    el tchatcho / Répondre
  9. bonjour,

    cette adaptation a t elle nécessité d’acquérir des quelconques droits? quelle a été votre démarche administrative pour adapter le film?
    merci 🙂

    candy / Répondre

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