Théâtrorama

Vous aimiez la psy ? Vous allez adorer la comédienne et auteur de « Tu m’aimes comment? », une pièce incisive et délicieusement sensuelle qui se joue actuellement au théâtre Pixel. Confidences pas trop intimes de Sophie Cadalen…

Quelle est l’origine de « Tu m’aimes comment »?
« J’ai écrit la 1ere mouture de TMC il y a 15 ans, pour Hervé Nahel (déjà) et moi, parce que nous ne voulions plus attendre des propositions qui ne venaient pas, et que surtout nous avions envie de nous amuser, d’oser, de danser. Et c’est à ce moment que j’ai « basculé » dans le chaudron psychanalytique, et que j’ai cru arrêter définitivement le théâtre. Mais Hervé, lui, continuait depuis tout ce temps à croire en ce projet. »

Est-ce que votre métier de psychanalyste vous a inspiré pour écrire la pièce?
« Eh bien non, puisque je ne le pratiquais pas au moment de l’écriture ! Par contre, j’y reconnais ce qui m’intéresse justement dans mon métier, et qui était déjà là : ma curiosité des autres, de leurs paradoxes, le surgissement de nos inconscients qui met à bas nos résolutions. Et la sexualité, qui s’impose quand on ne s’y attend pas et pas comme on l’imaginait, qui fait défaut quand au contraire on la convoque. »

Quel est le point commun entre tous ces portraits de couples qui se succèdent?
« Leur mauvaise foi ? Leur ambivalence ? Leur aplomb à se mentir ? Leur névrose ? (pour utiliser un « gros » mot). Ils réclament des choses qu’ils sont incapables d’accueillir, ils attendent de l’autre tout et son contraire, évitant surtout toute introspection. Des attitudes finalement on ne peut plus banales… Et tout ces couples sont saisis dans un moment charnière, où quelque chose d’incongru, de sexuel, fiche en l’air des fonctionnements bien rodés. »

Le quiproquo est le pivot de beaucoup de scènes. Est ce que l’incompréhension est un ingrédient nécessaire du couple?
« L’incompréhension n’est pas nécessaire, elle est inévitable ! Se comprendre c’est prendre la place de l’autre. mais personne ne peut occuper la place de quiconque. Ce que l’on veut exprimer n’est pas si clair pour soi-même, souvent, et l’autre l’entend forcément selon son propre imaginaire. La fameuse communication dans le couple, dont on nous rabat les oreilles, n’est possible que si, justement, on renonce à cet idéal de compréhension absolue. C’est alors que l’on est en mesure de s’écouter réellement… »

On vous voit souvent couchée sur le divan. Un pied de nez à votre métier?
« Peut-être de la part de la metteur en scène… Il me semble que c’est surtout la représentation de ce qui se joue « couché », et qui prend le pas sur notre belle intelligence. »

Votre texte est un mélange d’érotisme et d’humour: c’est la recette des couples qui durent?
« La recette je ne la connais pas. Mais il me semble qu’effectivement ce sont des ingrédients récurrents chez ceux qui « tiennent la route », sans ennui ni résignation. »

Le sexe est au centre des scènes. Tout est finalement complètement sexuel?
« Tout a un rapport en tout cas avec nos désirs, et les jouissances que nous en tirons. Et c’est que nous attendons de l’autre toujours, qu’il nous emporte, même si nos aspirations sont intellectuelles ou « honorables ». La sexualité organise nos vies, et surtout désorganise nos aspirations à la maîtrise. Et c’est cela qui m’intéresse : ces moments où ce que l’on croit être, où ce que l’on affiche s’effiloche sous la vague de nos pulsions. Où l’on se révèle, finalement… »

Quelle a été la réaction du public et surtout des couples qui viennent voir la pièce?
« Surprise, souvent. Troublée, parfois. Beaucoup m’attendait sur un terrain plus cérébral, et pas aussi physique et sensuel. Le rythme de la pièce finit par avoir raison, je crois, des quelques réticences. Et puis tout cela est drôle, d’abord et surtout. Alors même si beaucoup se reconnaissent à un moment ou un autre de la pièce, c’est le sourire qui l’emporte toujours. »

Comment s’est passé votre travail avec la metteur en scène, en tant qu’auteur et comédienne de la pièce?
« Déjà l’auteur s’est effacée dès que les répétitions ont commencé. Ce travail réclame, je trouve, un abandon total de la comédienne au regard du metteur en scène. Ce qui réclame en amont de la confiance, du respect. Et j’aimais profondément ce que faisait Virginie Serre. C’est d’ailleurs elle qui a réveillé mon désir de jouer, que je croyais tout à fait éteint. Et ce qu’elle a insufflé au spectacle d’énergie, d’audace, de sensualité est remarquable. »

Est-ce que la pièce a influencé votre travail de psychanalyste?
« Non, je ne crois pas. Mais elle a pris le pas, pour l’instant, sur mes velléités d’écriture. C’est une autre manière de s’emparer des mots, de les empoigner, qui aujourd’hui me comble. On verra après… »

Y aura t-il une suite à « Tu m’aimes comment »?
« Je en sais pas. Je me méfie des suites. Je n’ai pas encore le sentiment d’en avoir fini avec cette pièce, et avec tout ce qu’offre la complicité et le plaisir que j’ai à jouer avec Hervé Nahel. Alors j’avance sans spéculer de la suite ! Pas encore du moins… »

Quels sont vos projets?
« Un spectacle pour enfants, écrit par Virginie Serre, « Les Horloges », qui se jouera à La Folie Théâtre de septembre à fin décembre. Je joue le rôle d’une muse totalement déjantée, qui met le désordre. Un spectacle très drôle, très fin, qui ne prend pas les enfants pour des benêts. Et dans lequel, je suis sûre, j’aurai encore l’occasion de me dépenser… Bref, je crains que le théâtre fasse encore partie de mes projets pour quelques temps. Et j’en suis profondément heureuse, avec tous les doutes qui vont avec… »

La critique de théâtrorama

Vous pourriez aimer çà

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *



Pin It on Pinterest

Théâtrorama

Inscrivez-vous à notre newsletter pour recevoir plus d'actualités et profitez de nos invitations

Votre abonnement est enregistré avec succès !