Théâtrorama

Rencontre avec Sylvain Groud, chorégraphe.

« Une pièce inscrite dans l’urgence, à flux tendu »

C’est reparti ! Pour sa 18e édition, l’incontournable festival « Suresnes cités danse », en banlieue parisienne, continue d’allier hip-hop et danse contemporaine. Les festivités démarrent ce soir avec la Carte blanche à Kader Attou, premier chorégraphe hip-hop nommé à la direction d’un Centre chorégraphique national, à La Rochelle. Commandes originales du festival, les « Cités danse variations » ont proposé cette année au Japonais Hiroaki Umeda et au chorégraphe Sylvain Groud de monter chacun une pièce de trente minutes avec des danseurs recrutés sur audition. Théâtrorama a rencontré Sylvain Groud, ancien complice d’Agelin Preljocaj, pour sa pièce « Elles » autour de cinq danseuses hip-hop.

Pourquoi avoir accepté cette commande ?
« Je ne connaissais quasiment rien du hip-hop, hormis ce que j’en avais vu en tant que spectateur. En montant « Elles », je voulais comprendre ce qui pousse les hip-hopeurs à monter sur scène. Pourquoi cette danse était-elle née sur le bitume ? Pourquoi ces danseurs s’expriment-ils autrement que les danseurs contemporains ou classiques ? En somme, je voulais plonger dans la raison profonde et intime qui les amène à danser.»

Vous avez fait de la gymnastique à un haut niveau, comme pas mal de hip-hopeurs d’ailleurs. Ce rapport à la performance technique, vous connaissez.
«C’est vrai, j’ai pratiqué la gym pendant dix ans, jusqu’à l’âge de 17 ans. En démarrant la danse, j’ai retrouvé la même soif du rapport au corps, la même vélocité inscrite dans la chair et dans les muscles. Mais je ne voulais pas réduire le hip-hop à un simple enjeu de performances techniques. Avec cette création, je refusais de m’engouffrer, par facilité, dans la faille athlétique, purement gymnique.»

Comment est née la pièce ELLES autour de cinq danseuses ?
«Très vite, j’ai émis le souhait de monter un spectacle autour de portraits de femmes. Il m’intéressait d’aborder leur façon de se mouvoir et de conquérir leur place dans un univers très macho. Cette démarche impliquait que les danseuses s’ouvrent, dans une expression la plus vraie et sincère possible. Je cherchais à appréhender l’humain. Pendant l’audition (début novembre), j’ai demandé aux participantes (une soixantaine) de me délivrer un message fort. Qu’avaient-elles à dire au public et comment elles l’exprimaient : par un cri, une caresse, un silence… ? Qu’est-ce qu’elles avaient aussi à m’offrir d’elles-mêmes pour comprendre leur vie en un laps de temps très court ? J’ai ensuite travaillé pendant trois jours avec chacune des cinq danseuses retenues. Et, les répétitions collectives se sont étalées sur quinze jours en décembre. Cette pièce sera réussie si elle rompt avec les clivages esthétiques et propose une danse hybride et épurée, qui se place avant tout au carrefour de leurs questionnements de femmes.»

© David Morganti
© David Morganti

Qu’est-ce qui vous a plu dans cette rencontre culturelle ?
« Artistiquement, le hip-hop exulte une certaine forme de brutalité et de frontalité. Je ne veux pas dire que les mouvements sont violents, mais ils s’enracinent dans l’immédiateté, dans une urgence de l’instant, sans ornements. Ils vont à l’essentiel. La relation en devient instantanée, sans frivolité ni bavardage. « Elles » devait s’inscrire dans la même urgence, constamment nourri par une chorégraphie à flux tendu. J’ai aussi vécu la rencontre de deux mondes : deux cultures, mais aussi deux façons d’appréhender la lumière, la scénographie, les placements…. J’ai appris à observer ces danseuses et à m’observer aussi, pour aller vers elles. J’ai appris à adapter mon discours au service de ces cinq danseuses pour qu’elles se dévoilent et se découvrent différentes.»

Vous aimez multiplier les expériences artistiques en terrain inconnu. Vous allez jusqu’à monter des spectacles avec des amateurs, comme des apprentis-bûcherons, des agriculteurs ou des infirmières… Pourquoi ?
« J’aime être sur le terrain pour proposer un travail in situ, au plus proche des personnes que je rencontre. Il s’agit de montrer à ces hommes et à ces femmes que la danse est en eux dans une certaine mesure. Je ne parle pas de technique, bien sûr, mais d’une façon d’être à soi et avec les autres. Au cours d’ateliers, ce qui est incroyable, c’est que les corps parviennent à se retrouver dans des mouvements essentiels et dépouillés. Chaque personnalité part de ce qu’elle est, dégage et éprouve. Elle découvre la puissance de l’instant présent et du ressenti, en revenant à une forme d’expression essentielle et puissante déchargée de toute fioriture. Ces corps délivrent physiquement une sorte de danse vitale, qui réduit l’écart entre le corps et l’esprit.»

Hiroaki Umeda/Sylvain Groud : samedi 09/01 à 18h30, dimanche 10 à 15h, lundi 11, mercredi 13 et jeudi 14 à 21h, samedi 16 à 18h30 et dimanche 17 à 15h.

Suresnes Cités Danse
Jusqu’au 31 janvier 2010, au Théâtre de Suresnes Jean Vilar, 16 place Stalingrad, 92150 Suresnes. Rens. 01 46 97 98 10. Site web

Navette gratuite au départ de Paris (angle de l’avenue Hoche et de la place Charles de Gaulle-Etoile), 45 mn avant l’heure de la représentation. Retour assuré après la représentation.

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