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Zoom sur Sine Qua Non Art

À l’occasion de la présentation aux Hivernales de Versus, les deux chorégraphes de la compagnie Sine Qua Non Art, Christophe Béranger et Jonathan Pranlas-Descours reviennent sur la création du spectacle et leur collaboration avec le plasticien Etienne Rey.

Pour votre nouvelle création Versus, vous avez collaboré avec l’artiste plasticien Etienne Rey, pouvez-vous nous en dire plus sur le dispositif qu’il a imaginé pour vous ?

Sine Qua Non Art : L’oeuvre d’Etienne Rey fait partie intégrante de cette création, suspendue à des cintres elle tourne à vitesse variable. Il s’agit, réparties sur deux rails, de lames de verre sur lesquelles a été posé un filtre qui diffracte les lumières. L’objet dans un premier temps suscite l’étonnement. Ses multiples jeux de couleurs saisissent l’attention. Avant même de commencer à créer, nous l’avons longuement regardé pour en comprendre les multiples implications. Le travail chorégraphique de Versus a dès le départ inclus un travail sur la lumière.

Vous avez par le passé déjà, avec notamment Donne moi quelque chose qui ne meurt pas, eu recours à des dispositifs visuels très présents. Est-ce une manière dans ces collaborations avec des plasticiens de provoquer, susciter la danse ?

Sine Qua Non Art : Il y a en effet une nécessité, mais plutôt par goût, de se confronter aux arts visuels. Dans ce solo qui parle du duo, il nous fallait quelque chose qui nous sépare qui puisse diviser le plateau. Lors d’une résidence à Cuba, nous sommes tombés sur une œuvre d’Etienne Rey, déjà des plaques de verre qui fragmentaient la lumière et nous l’avons rencontré dans son atelier. L’idée de jouer avec le reflet, l’aspect miroir mais aussi de la couleur, des filtres nous paraissait adapté pour traiter de la question du double comme de la disparition. La structure se dévoile peu à peu et nous nous sommes vraiment attachés à révéler les potentiels de l’oeuvre qui nous a également fourni une trame dramaturgique. Nous avons pris une bonne semaine pour observer l’œuvre, les effets du prisme et du filtre et nous pouvons vraiment dire que nous avons sculpté la danse autour.

On comprend l’importance pour vous de travailler avec cette œuvre. Pourriez-vous envisager de sortir du plateau pour vous aventurer dans l’espace muséal ?

Sine Qua Non Art : En l’occurrence, l’espace muséal n’est pas toujours idéal pour travailler avec les lumières. La question s’était également posée avec Exuvie mais les conditions techniques dont nous avions besoin pour danser avec la cire avaient aussi tranché. C’est une question qui nous occupe mais que nous prenons le temps de considérer. Nous voulons poser un geste qui soit juste, avant d’aller au musée. Il ne s’agit pas de trouver une recette qui soit valable pour n’importe quel lieu mais de construire une proposition qui naisse de la conjonction entre des personnes et une structure. Nous croyons aux rencontres, comme avec Etienne Rey et sans doute cela se fera un jour mais pas maintenant.

Sine Qua Non Art présente Versus aux Hivernales

Nous avons été très content de travailler sur cette oeuvre, de chercher à en montrer le potentiel. Au travers des différentes parties du spectacle, le regard sur la sculpture change. On en sent d’abord l’aspect imposant anormal pour peu à peu découvrir ses possibilités lumineuses et onirique. Cela implique un jeu cinématographique de l’ordre du zoom et du rythme.

Comment jouez-vous vous-même du regard au sein de cette installation très optique ?

Sine Qua Non Art : D’entrée de jeu, il y pour le spectateur selon sa position dans le gradin une perception troublée, colorée des corps. L’optique fait exister très différemment cette pièce d’une personne à l’autre. On peut dire que chacun devient acteur de ce spectacle. Nous échangeons nous-mêmes peu de regard dans la pièce, tout s’est joué en coulisse. Nos solos se répondent comme nos reflets mais ces différences nous les avons creusées en amont.

Versus est intitulé solo et en même temps vous êtes deux : contradiction ?

Sine Qua Non Art : Il y a quelque chose d’autobiographique dans cette création qui renvoie dos à dos deux soli. Cette co-écriture reflètent nos différences de personnalités et d’expériences sans chercher à ce que l’un se fonde dans l’autre. Versus crée un troisième espace : deux écritures qui se renforcent mutuellement. Le public voit un duo sans contact, une succession de solo que les ombres colorés paraissent dédoubler. Il y a quelque chose de concret et charnel dans cette superposition. Certains mouvements sont repris par l’autre, il peut y avoir des formes d’appropriation, d’imprégnation mais jamais ces deux individualités ne se dissolvent. Au contraire les singularité denos façon de danser se renforcent, que la structure tourne au pas ou qu’elle crée un vortex…

Sur scène un musicien électro et un ténor prolonge également cette sensation du double…

Sine Qua Non Art : C’est une fois encore deux univers qui n’ont rien à voir qui s’entrechoquent, qui s’apprivoisent. Cela a demandé du temps pour que les deux musiciens puissent de leur différences faire sens commun mais c’est en effet un écho à notre démarche de co-écriture. Nous avons deux corps singuliers, des formations qui nous ont orientés dans des directions autres et rassembler tout ça casse les habitudes. Au sein de nos ateliers, nous nous frottons à l’inconnu, nous cherchons à apprendre des autres, ici nous avons encore chercher à aller plus loin.

Plus d’infos : compagnie Sine Qua Non Art

Crédit photos: Marie Monteiro

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