Théâtrorama

Qui se souvient de la Scala ?

La Scala ou la renaissance d'un haut lieu parisien.Temple du café-concert puis cinéma classique et multiplexe porno, la salle renaît en théâtre privé. Repensé, rebâti, par la volonté d’un duo de mécènes, il ouvre ses portes le mardi 11 septembre. Olivier Schmitt, conseiller artistique du lieu et auteur d’un livre sur cette salle hors du commun (L’intégrale des ombres, Actes Sud) explique comment l’équipe a dessiné le projet sans rien renier des heures passées.

Jusqu’aux années 30, La Scala fût un lieu de music-hall, où se produisirent Mistinguett, Fréhel, Damia, allez-vous faire une place à la chanson ?

Olivier Schmitt : Nous voulons assumer toutes les phases de l’histoire de ce lieu. Nous ne renoncerons à rien, ni aux spectacles musicaux, ni au cinéma, voire même à l’esprit olé olé. Nous assumons toute l’histoire du théâtre et nous avons, un projet de cabaret-récital, avec Catherine Frot, qui accompagne La Scala, c’est un peu notre mascotte. La première saison, la soprano Donatienne Michel Dansac va chanter Fausto Romitelli.

Vous parliez du passé du lieu, allez-vous ouvrir la programmation à des performances érotiques, plutôt rares, à l’exception de quelques cabarets burlesques ?

Olivier Schmitt : Nos Minuit Shows commencent dès le mois d’octobre. Un vendredi et un samedi par mois, nous donnons les clés du théâtre à nos artistes. Le chorégraphe Olivier Dubois sera le premier. Il reprend un duo performance qui s’appelle Prêt à baiser, sacre 1. C’est la rencontre fortuite de deux hommes qui commencent à s’embrasser, à se déchirer les vêtements et la bouche, sur la musique du Sacre du printemps. Nous gardons l’esprit chaud et show.

La Scala ou la renaissance d'un haut lieu parisien.Votre programmation accorde une belle place aux grands noms. Comment ouvrir la scène aux jeunes auteurs, à la jeune création ?

Olivier Schmitt : Ils vont être au centre, nous avons deux représentations par jour, une à 18h30, une à 21 heures. Les jeunes metteurs en scène seront présents, comme Thomas Jolly, dont on reprend le premier spectacle, Arlequin poli par l’amour. Yoann Bourgeois, acrobate, comédien, danseur, fait l’ouverture avec un spectacle qu’il a décidé d’appeler Scala. Nous sommes aussi tombés en amour devant le diptyque de Pauline Bayle, l’Iliade et l’odyssée. La Scala va présenter pendant 10 jours l’intégrale des deux spectacles, l’un à 18H30, l’autre à 21 heures. C’est une troupe de jeunes comédiens et cela n’a pas été encore été fait à Paris. C’est la nouvelle génération et c’est une artiste formidable.

La jauge du nombre de spectateurs va de 500 à 750 places, pourquoi avoir choisi de faire une seule salle, et non deux, comme c’est souvent le cas ?

Olivier Schmitt : Nous sommes restés dans les gabarits d’un cinéma, nous n’aurions pas pu retrouver les proportions du café-concert du XIXème siècle. Nous avons creusé, refait les fondations, pour avoir nos dessous de scène, une salle d’échauffement et nos loges. Mais dans cette parcelle qui fait 1700 mètres carrés, nous n’avions pas l’espace pour une deuxième salle.

Est-ce vraiment le premier théâtre privé qui ouvre à Paris depuis le XIXème siècle ?

Olivier Schmitt : Pour être tout à fait honnête, il y a eu des petits formats, à Belleville par exemple, mais reconstruire un théâtre de cette ampleur, ça n’était pas arrivé depuis le XIXème siècle, sur fonds privés évidemment. Le théâtre public construit des salles, bien sûr.

Les théâtres, depuis des années, multiplient les pièces à différents horaires. Est-ce vraiment une bonne idée et surtout comment attirer le public ?

La Scala ou la renaissance d'un haut lieu parisien.Olivier Schmitt : Par la qualité de nos spectacles et des nos artistes, je pense. Plusieurs rendez-vous dans une même journée, c’est pour des raisons économiques. Public ou privé, il faut couvrir ce qu’on appelle l’ordre de marche. Du côté artistique, nous souhaitons montrer des choses différentes à 18H30, avec une espace de représentation plus réduit, plus intime, plus adapté à la création de l’artiste. Ce sont des formes diverses, voire expérimentales ou des spectacles seul en scène. Nous accueillons une rencontre publique, en novembre, avec deux historiens, aussi, sur les motifs qui poussent à recréer un théâtre dans un arrondissement et une ville qui n’en manquent pas. Nous avons fait le choix d’avoir le cahier des charges d’un théâtre public, nos artistes vont aussi aller en milieu scolaire. Frédéric Biessy, qui est producteur, Pierre-Yves Lenoir, qui a dirigé l’Odéon et moi, critique de théâtre pendant 25 ans au Monde, nous ne savons faire que ça, le théâtre dit public ou le théâtre de création. C’est notre culture

Le seul en scène a gagné du terrain, sera-t-il central dans le programme de la Scala ?

Olivier Schmitt : Rien ne ressemblera à du café-théâtre amélioré. Nous programmons un solo, c’est Amor, la création française de la danseuse et chorégraphe Michèle Anne de Mey, dans une mise en scène de Jaco Von Dormael. Nous n’avons pas peur du nombre, nous programmons aussi, au printemps 2019, Trisssotin ou les femmes savantes, mise en scène par Macha Makeïeff, avec 16 ou 17 comédiens sur scène.

Vous souhaitez faire entrer les plasticiens à la Scala, comment faire pour que éviter que ça ne soit artificiel ?

Olivier Schmitt : Richard Peduzzi, le décorateur de Patrice Chéreau, a conçu l’architecture intérieure, le mobilier et les luminaires de la Scala Paris. Certains artistes programmés sont plasticiens, je pense aux trois solos d’Aurélien Bory, c’est de la danse, mais aussi de très belles et très fortes installations plastiques. Nous allons faire des projections dans le hall, mais pas d’accrochage de tableaux, nous ne sommes pas une galerie. L’idée c’est de faire se croiser les talents des uns et des autres. Aline Vidal qui est galeriste s’occupe de ça. Nous allons donner la grande salle à des plasticiens, pour des performances, ils sont dans le projet depuis le début, nous les produirons avec la même foi, et nous prendrons le temps de le faire bien, c’est un chemin.

Plus d’infos sur lascala-paris.com  

Crédit photos : Bertrand Couderc

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