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Bea Gerzsenyi – La Femme comme champ de bataille 

Bea GerzsenyiBea Gerzsenyi – Metteur en scène – C’est après une nuit blanche passée à déménager le spectacle à cause d’une fuite d’eau dans le théâtre où la troupe était initialement programmée que la compagnie Faut Plancher nous accueille, sans jamais perdre le sourire. À quelques jours d’un Avignon où ils se produiront de nouveau, Bea Gerzsenyi, assistée d’Ingrid Keresztes, plante une Femme comme champ de bataille pudique, sobre et délicate. Rencontre.

Il semblerait que toutes les pièces que vous montiez avec Faut plancher prennent leurs racines dans les pays de l’Est, et parlent de femmes…
Bea Gerzsenyi: Au début, ce n’était pas volontaire. C’est tombé comme ça, c’est plutôt inconscient, on peut voir plus tard une sorte de « fil ». En 2010, j’ai monté Les amantes de Elfriede Jelinek, qui parle de femmes « trempées » dans la violence interfamiliale. La création 2015 de la compagnie, c’est Les Présidentes de Werner Schwab. L’univers de Jelinek, ses critiques sur la société autrichienne, sont très proches de celui de Schwab. Ces deux auteurs autrichiens détestent profondément leur propre société. Ils « crachent » sur leurs concitoyens.

Ingrid Keresztes : Il y a une polarité à l’est, dans le choix des comédiens, du sujet. Les Présidentes, c’est une pièce assez iconoclaste, trash, très polémique mais très forte. « Scato-catho » ! Elle trouve matière à exprimer une certaine violence. Violence refoulée, violence exacerbée, perceptible, explicitement, comme c’est le cas chez les violeurs des Balkans. Cette pièce parle de femmes qui ont une apparence bon enfant, mais cachent des tréfonds de violence, de colère, de rancune. Dans La Femme comme champ de bataille, le monologue sur le nationalisme est central. Le problème de l’identité européenne traverse ces deux pièces.

Bea Gerzsenyi : La Femme comme champ de bataille est la première création de la compagnie

Bea Gerzsenyi : La Femme comme champ de bataille est une pièce que je n’arrive pas vraiment à quitter. C’est la troisième équipe avec laquelle je travaille. La seule chose qu’il reste, c’est que la comédienne qui joue Dora est grecque. L’ancienne Dora était grecque aussi. Quand j’ai fait le casting, je voulais absolument que ce soit une étrangère, qui peut dégager une ambiance particulière.

Pourquoi avoir choisi ce texte pour une première création ?
La Femme comme champ de bataille - Rencontre avec Bea GerzsenyiBea Gerzsenyi : La pièce parle d’une jeune femme bosniaque qui a été violée pendant la guerre en Bosnie –Herzégovine, et d’une psychologue qui vient en Bosnie pour aider l’équipe qui fouille les charniers. Ce qui m’a beaucoup plus intéressé que le sujet de la pièce, c’est la nature du trauma en soi, et la reconstruction du personnage, de la personnalité. Matéi Visniec, l’auteur, qui est roumain, a donné plusieurs chemins pour les metteurs en scène, notamment concernant le personnage de la psychologue. Au début, on peut choisir qu’est-ce qu’on veut montrer, comment on l’imagine. Est-ce qu’elle fonctionne comme un médecin, ou est-ce qu’elle est encore plus traumatisée, plus malade que l’autre. Moi, j’ai choisi que ce ne soit pas clair au début, pour finalement montrer à quel point elle a été touchée par cette guerre, par cette violence. De plus, les évènements qui ont suivi la pièce et le spectacle lui ont donné un sens particulier qu’il n’avait peut-être pas il y a deux ou trois ans.

De la même manière, Visniec a donné deux titres possibles à la pièce…
Bea Gerzsenyi : Au début, on a appelé la pièce Du sexe de la femme comme champ de bataille, et personnellement, j’adorais, mais c’était mal compris par les gens, surtout à Avignon la première année. Ils pensaient à plein de sujets qui n’avaient rien à voir avec le spectacle. Finalement c’était plus sobre de l’appeler La Femme comme champ de bataille. Visniec propose les deux titres, on a simplifié. Cet été, on repart à Avignon avec le spectacle intitulé La Femme comme champ de bataille et Les Présidentes de Werner Schwab, notre dernière création.

Vu au Théâtre Casalis de Créteil le 26 juin 2016
Texte: Matéi Visniec
Mise en scène : Bea Gerzsenyi
Jeu : Dimitra Kontou et Cécile Durand
Chant : Anett Siarku
Costumière et assistante : Ingrid Keresztes
Crédit photo : © Bea Gerzsenyi

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