Théâtrorama

À la veille de ses 30 ans, Jonathan éprouve le besoin de faire une pause. Enfermé dans l’appartement de son ami Oscar qui est absent, il va faire face à Georges, trop vieux, et à Jimmy, trop petit. Dans ce « faux solo » marionnettique et musical, chaque interprète déroule impeccablement sa partition. Au cordeau, ces deux jeunes artistes plantent un juste milieu rare entre technicité et émotion. Avec humour et maîtrise. Retour sur ce sans-faute époustouflant.

Dans votre première création commune, « Naufrages » en 2009, il était question de deux personnages aux extrémités de la société. Dans « Fastoche », il est plutôt question des extrémités de la vie, avec Jonathan au milieu…
Pierre Tual: Avec « Naufrages », je voulais travailler sur le drame. C’était un spectacle intime, profond, qui s’est avéré difficile à vendre, malgré les très bons retours que j’en ai eu… Dans « Fastoche », le défi était différent, j’avais vraiment envie de travailler à l‘inverse, quelque chose qui soit plein d’espoir, qu’on en sorte avec du sourire et de l’optimisme. Le point commun que je vois entre les deux spectacles, c’est que ça parle d’humain, d’émotions humaines, et de personnages « paumés » qui n’arrivent pas à trouver leur chemin.

Comment êtes-vous arrivés à travailler la marionnette?
Pierre Tual: La première réponse qui me vient, c’est que c’est une erreur de parcours. J’ai eu la chance, en théâtre amateur, de rencontrer des gens qui travaillaient avec l’objet, la marionnette, le corps… Ce sont des outils autres que le texte pour raconter. Quand j’ai décidé de me former au métier d’acteur, j’ai passé les concours de plusieurs écoles, et parmi ces écoles, il y avait l’Ecole Nationale Supérieure des Arts de la Marionnette. Maintenant je ne me pose plus la question, la marionnette, c’est mon vocabulaire de base. Je trouve que c’est une force de pouvoir faire du théâtre différemment. Même s’il y a encore plein de préjugés à abattre, il a une affection des gens pour la marionnette, c’est un art populaire, qui fait beaucoup moins peur que d’autres formes d’arts du spectacle.

Guillaume Hunout: La marionnette a cela de pouvoir franchir certaines lignes beaucoup plus facilement qu’un acteur seul sur un plateau. Aller chercher le répertoire burlesque, dépasser le ridicule sans l’être : la marionnette permet de laisser voir une vibration un peu différente, comme une métaphore…

Pierre Tual: Dans « Fastoche », Georges et Jimmy, les personnages qui partagent l’espace de Jonathan ne sont pas réels, ils sont dans sa tête. C’est des rôles pour des marionnettes, de jouer les fantômes.

De quelle manière l’écriture de la pièce s’est-elle articulée à la marionnette ?
Pierre Tual: L’auteure est marionnettiste, elle était dans la même promotion que moi à l’ESNAM. Pendant la création, nous avons travaillé en direct avec elle, avec une écriture au plateau. La question de la temporalité a été délicate à traiter. L’histoire est censée durer plusieurs jours, plusieurs semaines. Comment arrive-t-on, dans une heure de spectacle, à mettre un temps qui s’étire, sans être trop didactique, trop intellectuel, sans écrire sur un écran « Du temps a passé »… On a traité ça avec des ellipses. L’auteure a inséré des petits contes par moments. On est en permanence entre des temps « réels » dans l’histoire où on est en direct avec le public, et des échappées. C’est un spectacle sur lequel j’étais très bien entouré : une auteure, un metteur en scène, une constructrice de marionnettes, une chargée de production… Toute cette équipe était là en permanence pendant la création et c’est vraiment le travail de chacun mis bout à bout qui a donné ce résultat final.

Guillaume Hunout, vous interprétez la musique en direct depuis la scène, et pourtant on ne découvre votre visage qu’à la toute fin du spectacle, quelle est votre place?
Pierre Tual: A la base, ce spectacle est un solo, mais c’est un faux solo, puisqu’on est deux. On s’est beaucoup posé la question pendant la création de la présence du pianiste. Et comme c’est une histoire de solitude, on a opté pour un parti-pris de sobriété.

Guillaume Hunout: Le pianiste est enfermé dans son espace de cabaret. Ce qu’il se passe derrière le rideau, une fois qu’il est tiré, ne lui appartient pas. D’ailleurs, il n’y a que Georges qui entre « vraiment » en relation avec le pianiste.

Pierre Tual: D’autre part, la conduite lumière respire avec la musique parce que tout en jouant du piano, c’est Guillaume qui commande la lumière.

Comme une double partition ?
fGuillaume Hunout: En amont du spectacle, je préenregistre sur mon ordinateur et sous forme de « mémoires » différents « états lumineux » qui correspondent aux différents tableaux du spectacle. Pendant le spectacle, j’envoie les mémoires en direct à partir d’un petit bouton qui est scotché sous mes partitions. Je n’ai pas de conduite papier pour faire les lumières. J’ai mis des gommettes sur mes partitions, et les gommettes correspondent au moment où j’appuie sur le bouton. Je les lis comme une note supplémentaire, ou comme un silence. Je fais complètement confiance à ce que j’ai rentré dans mon ordinateur… en espérant que l’électricité ne se coupe pas !

Pourquoi avoir fait ce choix-là ?
Pierre Tual: Avant tout, on aime beaucoup travailler ensemble. Ensuite, il y a des contraintes budgétaires. N’être « que » deux dans un spectacle, ça ouvre plus de possibilités en terme de programmation, puisque ça coûte moins cher. Donc, à la base c’est plutôt une contrainte, mais cette contrainte est devenue force de création. Image et son respirent ensemble et viennent tous deux du plateau.

Quelle suite envisagez-vous de donner à votre travail ?
Guillaume Hunout: Il y a des artistes qui fonctionnent avec un répertoire, et il y a tout un processus de travail qui est préconçu. La « pâte » Pierre Tual est surprenante. Ce n’est pas une signature. Ce n’est pas toujours la même recette qu’on applique.

Pierre Tual: J’aime bien faire des choses différentes. Je suis interprète pour plusieurs troupes, je porte des projets seulement de temps en temps. La prochaine fois… j’aimerais bien faire un spectacle de rue. Je n’ai encore jamais fait ça.

Fastoche, au Mouffetard Théâtre des Arts de la Marionnette jusqu’au 22 octobre 2015
Crédit photo : Jean Henry

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