Théâtrorama

Avec « Ressacs », Agnès Limbos et Grégory Houben signent un second volet des aventures tragi-comiques de ce couple « fraîchement marié » en 2008 dans « Troubles ». Rencontre avec les deux comédiens de la compagnie belge « Gare Centrale », fondée par Agnès Limbos en 1984, qui explore depuis plus de 30 ans ce rapport singulier entre l’acteur et l’objet.

Si vous étiez un objet, vous seriez…?
Agnès Limbos : Soit un paillasson, soit un porte-manteau ! On rentre le soir chez soi, on y pose son manteau, son sac, son parapluie…
Grégory Houben : Moi, je pense que je serais une table. Comme ça je pourrais écouter toutes les conversations, porter la nourriture, les bonnes bouteilles de vin, les amitiés et… les engueulades !

Comment vous êtes-vous rencontrés ?
Grégory Houben : Ma mère est programmatrice dans un théâtre à Verviers, elle programme les spectacles d’Agnès depuis le début. Je suis né avec ça. C’est ma première culture théâtrale !
Agnès Limbos : Dans « Troubles », je voulais travailler sur le couple, le mariage, et puis je voulais qu’il y ait une trompette. Greg devait la faire sonner pendant que je manipulais, je lui ai dit, « tu es trop loin », il a dit « je peux venir avec toi » ? J’ai dit « oui prends une chaise », alors il s’est assis à côté de moi. Je manipulais un petit taxi new-yorkais, il a commencé à jouer « Roaming the night » et j’ai eu envie de fumer une cigarette et ça fonctionnait, la trompette qui suit le taxi, la fumée.
Grégory Houben: Et on est partis sur l’histoire du couple qui se marie à New York.

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Depuis plus de trente ans, vous avez exploré de nombreuses facettes du théâtre d’objet, comment le définiriez-vous ?
Agnès Limbos : La différence avec la marionnette, c’est qu’on ne manipule pas vraiment. On déplace l’objet, on crée des tableaux, ce n’est pas vraiment réaliste. La marionnette est fabriquée pour le théâtre, mais les objets sont squattés, ils sont pris en otage, on les a glanés. Le théâtre d’objets utilise beaucoup la métaphore. Plutôt que les mots, on place un objet qui évoque quelque chose. C’est un langage, une forme poétique, qui permet d’envoyer des images au spectateur, puis chacun peut faire son chemin… On pourrait dire qu’on fait un travail de conteur, on n’arrête pas d’incarner, de désincarner, d’être en distance ou d’être dedans. C’est un langage très cinématographique, on peut parler de gros plan, de plan large, de plan serré. Des fois on est sur nous : notre visage, la main… Des fois on est sur l’objet, et c’est dans ce va et vient-là qu’on construit.
Grégory Houben : Et la création lumière est très importante, pour mettre en avant la dramaturgie et tous ces différents plans. Tout se passe sur cette table. Le plateau est là.

Quel a été le processus de création de « Ressacs » ?
Agnès Limbos : J’ai un grand « magasin » avec plein d’objets, et une étagère spéciale, avec des objets qui deviennent obsessionnels, comme le petit bateau ou la caravelle. « Ressacs » est parti du petit bateau. Un ressac, c’est une grande vague qui vient, qui vient frapper, qui repart vers la mer, et dans ce couple, ils sont tout le temps malmenés comme ça, ils pensent que ça va aller et ça tombe à néant. Je trouvais que la métaphore d’un petit bateau perdu au milieu de l’océan, ça représentait en fait le couple complètement paumé… À travers ce couple, tout le monde pouvait se reconnaître. Et puis il y avait les caravelles, Christophe Colomb, les grandes conquêtes… « Ressacs » ça dit bien ce mouvement-là.
Grégory Houben : Si on part sur un thème, on intellectualise beaucoup trop. Notre travail est instinctif, l’histoire se dessine après. Alors on l’affine avec un metteur en scène, ou un œil extérieur, et on se rend finalement compte de ce qu’on est en train de raconter…

La musique est jouée en direct pendant le spectacle, quelle place occupe-t-elle ?
Grégory Houben : J’ai composé la musique avec cette conscience de cliché et d’inconscient collectif, pour que dès les premières notes, on soit tout de suite quelque part, qu’il n’y ait pas d’équivoque. Par moment ça évoque un peu l’Opéra de Quat’sous, par moment le gospel, les chants religieux… Ca raconte l’histoire aussi, puisqu’ il y a des paroles.
Agnès Limbos : La musique accompagne l’ambiance générale de la scène, elle l’élève. On n’est pas vraiment dans une musique qui serait un décor.

Votre spectacle se déroule sur fond de crise, et pourtant il est extrêmement drôle…
Agnès Limbos : C’est un peu notre facture, on est un peu des « tragi-comiques ». Pour moi c’est important de parler d’une tragédie humaine. Cette crise en 2008 aux États-Unis, les gens qui ont tout perdu, les maisons, c’est quand même lourd comme sujet, si on le raconte comme ça. On pourrait faire un spectacle hyper tragique, mais ce n’est pas notre nature, nous, on tourne tout en dérision.

Dans vos spectacles, vous mélangez les langues…
Agnès Limbos : On est confrontés à des scènes différentes, dans des pays différents, on ne traduit jamais l’anglais.
Grégory Houben : Le plus dur, c’était en danois. Et en hébreu ! On joue en portugais, en espagnol, en flamand, en allemand… Ici au Mouffetard, pendant deux semaines, c’est formidable, on peut vraiment s’installer. On peut vraiment peaufiner, calmement, à l’aise, puis on part au Brésil à Sao Paulo… C’est drôle parce qu’en portugais, « ressacs », c’est le même mot et ça veut dire « gueule de bois » ! Ils disent « Oh, j’ai le ressac »… »
Agnès Limbos : De toute façon la gueule de bois c’est universel !

Ressacs
De Agnès Limbos et Grégory Houben
Au théâtre Le Mouffetard jusqu’au 29 mars

Pour lire la critique de Théâtrorama réalisé au Théâtre national à Bruxelles : Ressacs

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