Théâtrorama

C’est un rendez-vous désormais incontournable : cette année encore, Octavio de la Roza a fait danser le Off d’Avignon. L’« Élu » du Sacre du printemps de Maurice Béjart, et son digne successeur, revient sur son enfance difficile à Buenos Aires et le parcours qui l’a conduit de l’École de danse du théâtre Colón à celle du Ballet de l’Opéra de Paris, puis au Béjart Ballet Lausanne, jusqu’à la fondation de sa propre compagnie.

Votre passion pour la danse vous est venue très tôt : premier cours de claquettes à l’âge de 6 ans, inscription dans une école de danse à 10… Dans quel contexte se sont inscrits vos débuts de danseur à Buenos Aires ?
« Ma mère, qui était elle-même danseuse, m’a inscrit très jeune à l’École de danse de l’Institut supérieur d’art du théâtre Colón de Buenos Aires. Durant cette période, elle était malade et psychiquement très affaiblie, devant subir de nombreuses hospitalisations souvent imprévisibles. Ma sœur et moi avons traversé des moments très difficiles, entre pauvreté et maladie de notre mère. Nous avons grandi sans père et nous allions souvent chez notre tante qui habitait loin de la capitale argentine. Compte-tenu des circonstances, il m’était difficile de rester motivé et de suivre convenablement les cours de danse. Je vivais déjà loin de la maison dès que je le pouvais. Puis j’ai arrêté la danse, et je me souviens en avoir ressenti une tristesse profonde… J’ai vécu ensuite quelques années à la dérive, même si je continuais à aller à l’école. À l’âge de 15 ans, j’ai décidé de reprendre la danse, pour moi-même : aller à la danse était alors la seule chose qui pouvait m’apporter du bonheur. »

© Stéphane Schmutz - STEMUTZ.COM - www.stemutz.com
© Stéphane Schmutz – STEMUTZ.COM – www.stemutz.com

Pourriez-vous revenir sur votre rencontre avec Maurice Béjart ?
« Maurice Béjart était en tournée à Buenos Aires en 1997 et il est venu répéter sur le plateau du théâtre Colón. Moi, j’étais encore à l’école qui se trouvait au sein du théâtre, et j’ai pu le voir par hasard. Je connaissais son travail grâce à une interview que j’avais lue de lui avant qu’il n’arrive en Argentine, et je me souviens m’être dit à l’époque : « J’aimerais partir avec lui. Il est la personne qu’il me faut ! ». J’ai dévalé les escaliers et je me suis directement dirigé vers lui, en lui confiant mes intentions. Il m’a demandé de passer l’audition le jour suivant et j’ai été pris pour intégrer son école avec quelques aides : une bourse, le billet d’avion et les frais d’avocat couverts car j’étais considéré comme mineur par la loi argentine. »

Béjart vous a confié le rôle de la Mélodie dans son Boléro. Dans certaines de vos créations, vous donnez également les rôles titres à des allégories comme la Passion, le Désir, la Souffrance. Est-ce une façon de vous inscrire dans sa continuité ?
« Je ne suis pas un danseur qui possède une grande technique, mais je me suis fait connaître grâce à des rôles justement plus « émotionnels », des rôles de caractère ou des rôles plus romantiques. Ce sont précisément ces rôles-là que Béjart m’avait confiés. J’ai depuis beaucoup travaillé dans cette direction, et cela me plaît également lorsque j’aborde d’autres chorégraphies, comme celles de Mats Ek, Angelin Preljocaj ou Mauro Bigonzetti. Après avoir fait deux créations « test » plus froides et plus conceptuelles dans lesquelles je me suis ennuyé, je suis maintenant convaincu que ce que j’aime, c’est quand une création touche directement le cœur, et quand elle est drôle, aussi. Je pense que c’est une direction artistique parmi tant d’autres, et que c’est d’ailleurs celle-ci que Béjart avait également lui-même choisie. »

_MG_0215_2Vous faites danser le Off d’Avignon depuis de très nombreux étés. Quelle importance ce rendez-vous a-t-il à vos yeux ?
« Cela fait cinq ans que je participe au festival Off d’Avignon. J’y ai désormais mes habitudes : je passe toujours dans le même théâtre – au théâtre du Balcon – et aux mêmes horaires – 20h50. C’est devenu un rendez-vous régulier avec les programmateurs du théâtre et c’est ici que l’on peut trouver la plupart des prochaines créations et tournées de la compagnie. Financièrement, cela représente toujours un gros risque. Si la salle fait le plein, nous parvenons à rentrer dans nos frais, mais si nous la remplissons de moitié, nous sommes déficitaires, et si elle se remplit au quart, nous devons alors appliquer le plan d’urgence. Mais mis à part tous ces détails de production artistique, venir à Avignon est toujours une expérience incroyable. En dehors de cet événement, je ne danse jamais durant trois semaines sans relâche. Nous arrivons à un point où nous commençons à développer le rôle comme jamais et à lui donner une profondeur incomparable. C’est comme un trip, une méditation continue qui dure trois semaines. Bien sûr, une fois tout ceci terminé, une grande fatigue se fait ressentir et nous souhaitons uniquement respirer… Mais la seule pensée qui nous envahit est une grande satisfaction. Je ne pourrais en aucun cas me passer du festival et je ferai tout pour y être toujours présent avec l’une de mes productions. Pour moi, il y a deux rendez-vous importants qui structurent mes saisons : le temps de la création, et celui d’Avignon. »

Octavio de la Roza a présenté au théâtre du Balcon dans le cadre du festival Off d’Avignon, en alternance du 3 au 26 juillet
Night Club Mother
Voulez-vous danser, Gainsbourg ?
Crédit Photo Voulez-vous dansez, Gainsbourg ?, Stemutz / Cie Octavio de la Roza

Le site de la compagnie Octavio de la Roza

 

 

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