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À quelques semaines de la première saison du LAAC – L’Atelier d’Art Chorégraphique – qu’ils ont créé, Clairemarie Osta et Nicolas Le Riche ont accueilli leurs premiers élèves à l’occasion d’une grande journée inaugurale. Le 1er juillet, danseuses et danseurs de tout âge se pressaient dans le Studio Coupole au cinquième étage du théâtre des Champs Élysées de Paris qui deviendra le nouveau lieu de résidence des deux étoiles. Entre deux cours, Nicolas Le Riche est revenu sur sa vision de la danse et sur les objectifs qu’il souhaite donner à ce parcours de formation unique, entre partage, ouverture et transmission.

Vous avez récemment déclaré que l’objectif du LAAC est de « recréer ce qui se passait dans les ateliers de peintres ». Pourriez-vous revenir sur cette comparaison ?
« Ce qui nous intéresse avec le LAAC, c’est la notion et ce travail de transmission, la transmission rendue possible grâce à l’art et grâce à l’artiste. L’idée est de se dire qu’aujourd’hui, encore et toujours, nous continuons à travailler, à danser, à créer. Nous avons ce formidable espace que nous souhaitons partager avec de jeunes danseurs et nous souhaitons qu’ils puissent venir pour partager cette expérience de travail, d’échange et de création. Nous voudrions les aider à s’accomplir. C’est donc un véritable travail d’accompagnement que Clairemarie et moi avons souhaité mettre en place. »

Vous défendez la vision d’une « danse à 360° ». Qu’est-ce que cette expression signifie à vos yeux ?
« Souvent, on a une vision très unilatérale de la danse. Lorsque l’on interroge un danseur, que ce soit son métier ou sa passion, il répondra : « Je suis danseur ! » Et la question qui suivra presque invariablement sera : « Plutôt classique ou plutôt contemporain ? » Rien qu’à travers cette deuxième question, on ressent bien un énorme clivage qui existerait entre ces deux univers ! Mais pour ma part, je ne crois pas du tout à ce fossé. Il appartient au passé… On avait cette perception de la danse dans les années 1970. Pour moi, une seule et unique chose existe, c’est la danse elle-même, et aujourd’hui, elle s’est totalement affranchie de ces frontières. En fait, nous sommes revenus à la source de la danse, à ce qu’elle était au tout départ. Les frontières ont ensuite été, au fil du temps, imaginées, pratiquées, conçues pour le bien de cet art, mais aujourd’hui, ces barrières et ce cloisonnement constituent des freins, et je pense qu’il faut arrêter de regarder le classique et le contemporain, comme les autres formes de danse, de manière si clivante. Cette pensée me paraît fondamentalement erronée, comme s’il fallait impérativement choisir son camp. Or, dans le même camp, les expressions peuvent être bien différentes ! Par exemple, un danseur contemporain de Sidi Larbi Cherkaoui ne ressemblera pas à un danseur du Tanztheater Wuppertal de Pina Bausch. Ils n’ont ni la même danse, ni le même discours, ni la même technique… Toutes ces frontières ne devraient plus exister. Mais je ne suis pas à l’origine de cette façon de concevoir la danse : Maurice Béjart l’évoquait déjà dans ses « Lettres à un jeune danseur » en 2001. Il mettait en garde contre les frontières qui s’érigeaient entre toutes les danses, affirmant que la danse est « une ». »

Quelle est l’origine de la création du LAAC, et pourquoi avoir installé votre atelier au théâtre des Champs Élysées ?
« Clairemarie et moi avons été accueillis de façon très chaleureuse et extraordinaire par le directeur général du théâtre des Champs Élysées, Michel Franck, qui a mis à disposition ses salles et studios afin que nous puissions poursuivre notre travail chorégraphique et d’accompagnement des danseurs. Autour de lui, toute l’équipe du théâtre a agi à l’unisson au fur et à mesure que nos idées venaient et que l’atelier prenait forme. Lorsque nous avons commencé à évoquer concrètement cette ouverture des différents ateliers et les nombreux détails pratiques qui en découlaient, tout le monde a œuvré dans un sens commun, et les choses se sont enchaînées très rapidement. Cela germait bien sûr en nous depuis très longtemps, mais nous n’osions très sincèrement pas espérer une telle concrétisation ! C’est, comme souvent, une histoire de rencontres de bonnes personnes au bon moment ! Il est bon de noter que le théâtre des Champs Élysées est le seul lieu dans Paris où un atelier chorégraphique se déroule au sein même d’un théâtre. »

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Tout au long de la saison qui se prépare, vous allez inviter de nombreux professeurs qui animeront également les ateliers avec vous. Seront-ils uniquement des danseurs ou bien aussi des artistes issus d’autres domaines ?
« Oui, nous y tenions absolument. Tous ces professeurs viendront directement à la rencontre des différents élèves de tout âge dans tous les ateliers, et leurs disciplines et spécialités de prédilection découleront en fait des besoins et profils des élèves. Ce projet est intéressant car il ne fait pas partie d’une institution où tout serait déjà réglé et préétabli. L’histoire est en train de s’écrire, en quelque sorte ! Et tout s’ordonne au fur et à mesure. C’est là toute sa spécificité : tout dépend des personnes qui se trouveront en face de nous et tout sera adapté à eux, car notre projet est vraiment de les accompagner au mieux, de les écouter. Tout est à créer ! Nous demandons à nos élèves de nous faire confiance pour trouver le réseau dont ils pourront bénéficier et pour leur faire rencontrer les professionnels que nous connaissons. En d’autres termes, nous concevons un programme « sur-mesure » – et il me semble d’ailleurs que le 8e arrondissement de Paris, dans lequel le théâtre des Champs Élysées se trouve, est le lieu idéal pour ce travail de « couture sur-mesure »! (rires) »

L’année sera également structurée à travers plusieurs événements, stages et masterclass, parfois organisés hors les murs. Quels seront-ils ?
« Dès l’origine, nous souhaitons faire en sorte que le LAAC puisse se développer autrement qu’à travers ses seuls ateliers. Au-delà du « tronc commun », nous organisons des stages, dont deux qui sont annoncés pour les vacances de la Toussaint : le premier avec l’AFMDC, l’association française des maîtres de danse classique, et le second avec la fondation En Avant. Les élèves pourront directement profiter de ces deux événements car je pense qu’il est important de faire en sorte que toute cette science puisse circuler : elle ne doit pas être exclusive et doit pouvoir s’exprimer librement, sans frontières. Quand je vois ma fille discuter avec sa meilleure amie qui habite à Washington comme si elles ne s’étaient jamais quittées, je me dis que dans notre tête, ces frontières n’existent plus et que les réseaux de communication si développés rendent absolument obsolète tout sentiment de lisière ou de démarcation. Et dans la danse, il faut agir de la même façon et ouvrir les frontières. »

La première saison du LAAC débutera le 15 septembre 2015.
Tous les renseignements, formulaires d’inscription, tarifs et actualités sur le site du LAAC

Photo © Jean-Philippe Raibaud

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