Théâtrorama

Certaines carrières filent en ligne droite… Carlos de la Fuente, lui, a fait quelques détours sinueux avant de poser ses bagages sur les planches. Des études de commerce qui le mène à la Banque, sans lui faire oublier sa vieille passion pour jouer la comédie. Et puis, plutôt que de continuer dans une voie de déroute bancaire, Carlos finit par claquer la porte pour ouvrir le rideau d’un nouvel horizon. Comédien sur scène, auteur en coulisse, il enchaîne les rôles et fonde une association, Alma Latina, pour faire découvrir au plus grand nombre le théâtre ibérique et latino-américain. C’est encore une fois l’Espagne qui lui inspire sa dernière pièce, « Même les hivers peuvent être orageux » qui aborde un sujet sensible sur les secrets de la guerre civile et la dictature franquiste…

Carlos de la FuenteComment est née la pièce « Même les hivers peuvent être orageux » ?
A l’origine, il y avait le désir de parler de mon grand père. Et donc des rapports entre grands parents et petits enfants. Puis est venu l’envie de parler de l’exil. Et c’est comme ça qu’est née la trame de la pièce qui peut se résumer ainsi : un grand père, accompagné de sa petite fille, rentre chez lui après quarante ans d’absence et découvre de lourds secrets. Et comme cela se passe en Espagne, je me suis très vite retrouvé confronté à un devoir de mémoire. La pièce parle, en effet, de centaines de milliers d’espagnols, oubliés par l’Histoire : ceux qui ont été tués pendant la guerre civile ou assassinés en Espagne pendant la dictature franquiste; ceux qui sont venus en France et qui ont combattu et/ou son morts pour elle; ceux qui ont été exterminés dans les camps nazis.

Comment êtes-vous passé de votre première comédie, « Le Palier », à une pièce historique ?
Je ne vois qu’une chose à dire : « nous sommes multiples ». En tout cas, moi je le suis. Je remarque d’ailleurs que cette réalité est mieux acceptée pour les comédiens que pour les auteurs. On comprend mieux que ces premiers puissent exercer leur métier au théâtre et ailleurs, dans un classique ou dans une pièce contemporaine, dans une comédie ou dans un drame. L’auteur semble avoir une obligation de laisser une trace et donc de tracer un chemin, de définir un style. Pour l’instant, dans l’écriture ou dans le jeu, je me sens cette même envie d’explorer différents univers. J’imagine ou plutôt j’espère, qu’avec le temps, je saurais mieux ce qui me convient.

Avez-vous effectué un travail de recherche pour la pièce ? De témoignages ?
Dans un premier temps, j’ai commencé par puiser dans l’histoire familiale puis j’ai inventé certains épisodes. Et alors que j’avais bien avancé, j’ai ressenti le besoin de vérifier la cohérence des parcours évoqués dans la pièce. J’ai donc lu des livres et visionné des documentaires traitant de la guerre civile espagnole, de la dictature et de la transition démocratique. A cette époque là, j’ai également consulté plusieurs historiens qui m’ont d’ailleurs apporté, et leur caution et leur soutien, comme Geneviève Dr Dreyfus-Armand qui a écrit un très bon livre sur le sujet («L’exil des républicains espagnols en France» aux éditions Albin Michel). A l’arrivée, ce travail m’a non seulement permis de vérifier la vraisemblance des destins évoqués, mais de comprendre que la réalité avait largement dépassé la fiction. Et en la circonstance, on ne peut que le regretter. Même si j’ai pris soin d’enraciner cette histoire dans l’Histoire, je n’ai jamais perdu de vue que je voulais m’adresser au plus grand nombre ; et c’est pourquoi j’ai essayé de donner des clés sans donner de leçons, tout en restant au plus près des personnages, pour en faire ressortir l’Universel.

Quel a été l’accueil réservé par les théâtres ?
En France, les professionnels du Théâtre qui l’ont lue, l’ont aimée, mais certains ont eu peur que le sujet n’intéresse pas le grand public. C’est d’autant plus étonnant que nous sommes des millions à avoir un parent ibérique. En Espagne, les professionnels du Théâtre ont montré plus d’intérêt pour la pièce car ces sujets sont d’actualité là-bas.

La pièce va-t-elle être montée prochainement sur Paris ? Et en Espagne ?
Pour l’instant, nous envisageons de monter une version bilingue (moitié en français, moitié en espagnol) destinée à être montée et en France et en Espagne ; les scènes en langue étrangère étant bien évidemment sous titrées. C’est d’ailleurs cette idée qui suscite le plus vif intérêt. Mais nous sommes au début de l’aventure et même si des contacts ont été pris, il n’y a rien de signer.

Comment êtes-vous passé du statut de comédien à celui d’auteur ?
J’ai moins pensé les choses en termes de statut qu’en termes d’envie. Quand j’étais adolescent, j’aimais jouer et j’aimais déjà écrire mais j’avais d’avantage envie de jouer que d’écrire. Il y a eu un moment où j’ai eu le désir de générer des projets et je me suis rendu compte que j’avais plein d’idées. Mais, il m’a fallu du temps avant de produire quelque chose. Un oncle qui était scénariste pour la télévision publique espagnole m’a beaucoup appris.

Votre travail de comédien a-t-il évolué quand vous avez commencé à écrire des pièces ?
Non, en revanche mon expérience de comédien a largement influencé ma manière d’écrire. J’ai toujours eu à cœur de penser les enjeux, de bien définir les personnages et les situations, et de travailler les dialogues.

Quels sont vos projets dans les mois à venir ?
Je m’apprête à jouer en Février Mars 2009 au Tallia dans le Plaisir de rompre de Jules Renard. C’est une très jolie pièce à la fois tendre et drôle sur un couple qui s’aime et qui choisit malgré tout de se séparer. Je suis ravi de retrouver à cette occasion Jennifer Moret avec qui j’avais joué dans Songe d’une nuit d’été de Shakespeare, d’autant que la mise en scène est assurée par le Directeur du Théâtre en personne, Bertrand Destrigneville. Et si je trouve le temps, j’écrirais peut être une autre pièce.

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