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Le Théâtre aux Mains Nues s’agrandit

S’il a appelé ces inaugurations « Chemins croisés », c’est sans doute parce qu’il y est plus question de personnes que de « noms ». Du 13 au 16 janvier 2016, le Théâtre aux Mains Nues, théâtre de marionnettistes situé dans le XXème arrondissement de Paris, a étrenné sa nouvelle salle. Échange avec Pierre Blaise, qui a succédé à Eloi Recoing en 2014 à la direction artistique et pédagogique du théâtre.

Est-ce que vous avez toujours travaillé avec la marionnette ?
Pierre Blaise : J’ai d’abord suivi des études de théâtre qui m’ont mené à créer des spectacles dans la rue, à une époque où ça ne se faisait pas vraiment beaucoup. Les moyens d’être visible dans la rue étaient surtout le masque. Un jour, nous avons rencontré Li-Tien Lu, le maître chinois. Nous qui venions du théâtre, nous avons été séduits par ces petites marionnettes taïwanaises. Petit à petit, le Théâtre sans Toit, que j’avais fondé, s’est transformé en compagnie de marionnettes.

Qu’est-ce qui, dans votre parcours, vous a mené jusqu’au Théâtre aux Mains Nues ?
Pierre Blaise : Encore jeune comédien, j’ai été sollicité par Alain Recoing (fondateur du Théâtre aux Mains Nues ndlr) dans un spectacle qu’il a créé il y a longtemps, en Italie, qui s’appelait « Le grand-père fou ». C’était un texte d’Eloi Recoing. J’ai aussi travaillé à Chaillot, quand Antoine Vitez, un très bon ami d’Alain Recoing, a été nommé à sa direction. J’étais devenu un familier à la fois des Vitez et des Recoing, j’étais rentré dans ces deux grandes familles du théâtre. Je suis d’abord intervenu au Théâtre aux Mains Nues en tant que pédagogue et pour accompagner certaines mises en scène. Lorsque Eloi Recoing a été nommé à la direction de l’Ecole Supérieure des Arts de la Marionnette, il m’a « transmis », en quelque sorte, ce théâtre, et ce projet de nouvelle salle.

Quels sont vos désirs, vos rêves, pour ce projet de nouveau Théâtre aux Mains Nues qui fonctionne désormais avec deux salles ?
Affiche_Marionnette&dble_140313.qxd:Mise en page 1Pierre Blaise : Ce sont des salles différentes, qui ont des rêves différents, des utopies différentes. Ouvrir un théâtre neuf, un nouvel équipement, qui plus pour les marionnettistes, c’est un petit peu exceptionnel. Dans un premier temps, je me suis dit qu’il était très important pour la profession d’en faire une « plate-forme professionnelle ». C’est à dire non pas un lieu où je pourrai m’exprimer, car pour cela, j’ai ma propre compagnie, mais véritablement un endroit où je puisse accueillir, présenter des travaux de compagnons, d’artistes, qui s’essayent au théâtre de marionnettes. Malgré sa très grande diffusion, c’est un théâtre qui est encore inconnu, et qui présente un intérêt à chaque fois divers. La nouvelle salle que nous avons est très intéressante par la galerie qu’il y a, qui permet de présenter des objets, car le théâtre de marionnettes est en grande partie un travail d’arts plastiques. La salle est relativement petite, mais très complémentaire avec celle du Mouffetard, qui est plus grande, avec celle de Jean-Louis Heckel (La Nef –Manufacture d’Utopies à Pantin ndlr), avec le théâtre Jean Arp à Clamart, etc. J’espère pouvoir jouer cette complémentarité dans les possibles de présentation. L’ancienne salle va être complètement transformée. La partie qui était destinée à l’administration va être transformée en atelier. Il y aura des machines, des outils, et véritablement un cursus pour la construction des marionnettes. C’est un pari, à la fois sur les étudiants et sur le public du quartier qui sont les premiers partenaires, les premiers visiteurs. Ce sont ceux avec lesquels on vit ici, car c’est une rue très passante, où il y a beaucoup de mixité sociale. Pour un art qui est métisse lui aussi, métisse par les arts différents qu’il croise, ça me parait très intéressant. Les rêves qui vont s’exaucer ici sont les rêves des artistes, avant les miens.

Le Théâtre aux Mains Nues va-t-il poursuivre son activité de soutien à la jeune création ?
Pierre Blaise : Le système de compagnonnage qui existe est un dispositif d’Etat, donc qui n’est pas pérenne. Maintenant que le métier existe en « fiche métier », qu’il est reconnu par un diplôme national supérieur, équivalent à celui des élèves qui quittent le conservatoire de Paris par exemple, il serait très important qu’un dispositif un peu analogue à celui du Jeune Théâtre National se mette en place pour les marionnettistes. En attendant cela, nous remplaçons ce dispositif avec des moyens relativement faibles, qui ne nous permettent pas d’accueillir autant de compagnons que nous le pourrions. Néanmoins, cela nous permet de leur prêter des salles, de les assister administrativement, ils ne sont donc pas « obligés » de créer une compagnie. Ils sont également, s’ils le souhaitent, épaulés artistiquement, ils peuvent bénéficier des outils, de la régie, de différents avantages, et bien sûr, ils sont au cœur du réseau des marionnettistes.

Qu’est-ce qui a guidé vos choix pour l’aspect artistique de l’inauguration ?
Pierre Blaise : Je n’ai pas choisi les formes d’abord, j’ai choisi les gens. Et les gens étaient tous des artistes qui avaient connu, de manière plus ou moins proche, Alain Recoing, Eloi Recoing, et mon travail. D’ailleurs, dans un petit ouvrage qui s’appelle Cubix, il y a « l’apparition fantomatique » d’Alain Recoing dans les nouvelles technologies. On le voit maquillé, avec son maquillage de « Grand-père fou », qui tient des propos d’il y a presque 30 ans, 40 ans, qui sont extraordinairement contemporains. Les gens que j’ai choisis pour l’inauguration étaient d’origine théâtrale diverse. Soit des artistes accomplis, soit d’anciens élèves, soit des compagnons du Théâtre aux Mains Nues. C’est d’abord ce qui a guidé mon choix, rassembler des gens. Rassembler des gens, c’est fabriquer une équipe, en quelque sorte. Et puis à partir des propositions qu’ils allaient me faire, c’est à dire en travaillant différemment un numéro, en l’écourtant, en inventant quelque chose, je me suis laissé aller au jeu de la confiance, et tous ensemble ils ont travaillé et fait le jeu de cette ouverture. La programmation de la nouvelle salle s’ouvrira sur une création de Nicolas Goussef, qui intervient à l’école du Théâtre aux Mains Nues et était un proche d’Alain Recoing. Il m’a semblé que c’était un artiste symbolique, et là aussi, j’ai choisi la personne. Il s’est orienté vers une adaptation de « Délire à deux », une pièce de Ionesco. L’univers de cet auteur, un peu décalé, qui a été dénommé « absurde » s’adapte tout à fait bien au théâtre de marionnettes, qui, effectivement, déplace les lignes du théâtre. Relire sa critique même du théâtre, son discours de prix Nobel, c’est entendre, aujourd’hui, le discours d’un marionnettiste.

Théâtre aux Mains Nues
45 Rue du Clos, 75020 Paris
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