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Zoom sur La Quête du miel

La Quête du miel La Quête du miel – Pour sa quatrième création, la compagnie l’Equipage de l’Antilope nous entraîne sur les routes initiatiques d’un petit ourson en quête de miel… Une traversée sensible, nuancée et poétique qui questionne subtilement l’enfance avec un grand « E ». Émouvant, essentiel.

Quel a été le point de départ de votre écriture de La Quête du miel ?

Alexandre Beaulieu : La structure du texte de La Quête du miel existe depuis un peu plus d’un an, j’ai fini de l’écrire lors d’un voyage en Inde, en septembre dernier. J’aime écrire dans la sensation du voyage. J’ai un tout autre lien à mon environnement, et surtout, je casse le rapport à l’habitude. Ma perception, mes sens, ma créativité s’expriment différemment par le fait de ne pas être chez moi, d’arriver dans des lieux toujours différents, de rencontrer des choses que je ne connais pas, qui me surprennent. Je suis allé dans une ville au nord de l’Inde qui s’appelle Benarès, c’est la ville des morts. Je voulais me charger de tout ça, pour nourrir une certaine énergie, présente dans cette ville. Le texte parle du deuil, et de la manière dont on traverse le deuil. J’avais besoin de cette énergie pour m’aider notamment à écrire la fin du conte.

Comment vous êtes-vous emparé de ce texte, en tant que metteur en scène ?

Pierre-Alfred Eberhard : Tout comme dans notre création précédente, La porte et le petit tailleur de pierre, nous sommes très fidèles à l’idée du conte traditionnel : Alexandre Beaulieu conte le récit. Le parti pris supplémentaire, c’est que l’ourson est aussi joué par Alexandre, mais il est dessiné avec des liants très fins, pour éviter la caricature. On a voulu passer du conteur au personnage principal, pour que le spectateur puisse s’identifier plus facilement à la trame, et au voyage de cet ourson-là. De même, on reconnaît volontairement l’acteur Jean Burucoa, qui fait les voix de tous les personnages autour de Petit Ourson. Il n’a pas travaillé dans l’imitation. Mais on voit que cette voix-là a des nuances, qu’elle change. Elle permet à Petit Ourson de continuer sa route. Il en va de même pour Doriane Ayxandri qui joue le papillon, avec sa voix douce et limpide. Avec Thibault Marchal, elle fait partie du groupe Vendège, qui a créé la musique du spectacle.

Un travail plutôt dans la suggestion…

Humphrey Vidal: D’un point de vue visuel, on est d’abord partis en « illustrant » un peu le texte d’Alexandre, puis on a déconstruit, déconstruit, déconstruit… On essaye « d’éponger » la matière essentielle qu’on peut avoir du texte. On arrive à des formes totalement abstraites, à la quasi limite du figuratif. Notre idée, c’est de plutôt suggérer les choses, porter l’imaginaire, le laisser libre, et soutenir le texte et le conteur qui est sur scène avec ses mots par de très fines choses… Marquer des moments, des ambiances, des personnages, par des petites touches de sensibilité, d’émotion…

Quelle est votre intention, à travers ces choix ?

Pierre-Alfred Eberhard : C’est un parti pris artistique qu’on assume pleinement : laisser l’imaginaire du spectateur travailler, pendant le spectacle. Nous voulons que le spectateur soit actif, qu’il ne soit pas en train de tout recevoir. Tandis que le conteur nous fait part de son récit, nous essayons, par la lumière, les visuels, parfois abstraits, de composer quelque chose qui est singulier. C’est à dire que moi, en tant que spectateur, je ne vais pas avoir la même image que mon voisin. Nous ne voulons pas « voler » la liberté d’imaginaire du spectateur.

Humphrey Vidal : Parfois, on croit que c’est un problème si un enfant ne comprend pas tout, alors qu’en fait, c’est très important, car quand on comprend tout, on n’a plus besoin de réfléchir. Parfois, on revient des années plus tard sur quelque chose que l’on n’avait pas compris, et on mesure ce qui a été nourri pendant les années écoulées.

Qu’avez-vous eu envie d’apporter aux enfants ?

Alexandre Beaulieu : Le principe du conte, c’est le rituel, les contes sont des passages rituels. Sur un spectacle d’une heure, il y a peut-être dix ou quinze rites cachés, qui permettent à un enfant de grandir psychologiquement et d’avancer dans sa vie, pour dépasser sa peur, son angoisse… Ce sont des métaphores. Ces métaphores, l’enfant ne va peut-être pas toutes les prendre. S’il en prend déjà une seule, c’est énorme ! Ça lui permet de grandir. Ce n’est pas du divertissement qu’on essaie de donner aux enfants, on essaie de donner un peu plus.

Pierre-Alfred Eberhard : On n’a pas pensé aux enfants en faisant La Quête du miel, mais on a pensé à nous, enfants, comment on aurait voulu le voir. Je pense qu’à 6, 7, 8, 9 ans, j’aurais aimé le spectacle que je vois là.

À travers sa quête du miel, Petit Ourson cherche « les vraies couleurs du monde ». Quelles sont-elles, pour vous ?

Humphrey Vidal : C’est l’attention portée aux choses qui composent la vie, celles qui, comme dans le conte, vont être sur le chemin, prendre ce qui se passe au présent, qui est là par instants, par secondes…

Pierre-Alfred Eberhard : C’est peut-être le but à atteindre, mais le but qui est déjà en nous…

Alexandre Beaulieu : C’est la vie, c’est ce qui est le plus sincère en nous, l’absolu, c’est l’horizon qui est en nous, on ne l’atteindra jamais, mais il faut tout le temps le tenter.

Festival d’Avignon Off
La Quête du miel
Un spectacle de la Compagnie L’Equipage de l’Antilope
Texte et jeu : Alexandre Beaulieu
Mise en scène, régie son et vidéo : Pierre-Alfred Eberhard
Scénographie, régie lumière : Humphrey Vidal
Voix : Jean Bucuroa, Doriane Ayxandri
Musique : Doriane Ayxandri, Thibault Marchal
Tous les jours, à 11h45, au Théâtre des Barriques

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