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William Mesguich aime la démesure des grands classiques. Elle alimente son exaltation et inspire son jeu flamboyant. Dans « La vie est un songe » de Pedro Calderón, au Théâtre 13 à Paris, il offre un portrait nuancé de Sigismond, à la fois violent et touchant. Le jeu est inattendu et subtil. Rencontre.

Pourquoi vous attaquez-vous (une fois de plus) à une œuvre monumentale ?
« « La vie est un songe » fait partie des très grands textes du répertoire mondial qu’un metteur en scène rêve de monter. J’aime m’attaquer aux classiques, les explorer, leur donner du sens à ma manière… J’avais vu « La Vie est un songe » avec Thierry Hancisse, en 1992, au Théâtre de l’Odéon, dans une mise en scène démesurée qui m’avait saisi à l’époque. J’ai le souvenir d’un mur immense et d’une chaîne qui s’élevait à une dizaine de mètres de hauteur. T. Hancisse était impressionnant, enchaîné comme une bête fauve. »

Vous interprétez au contraire un Sigismond plus humain et troublant, arborant même une tenue de petit écolier. Pourquoi ce parti pris ?
« Au départ, je ne souhaitais pas jouer ce rôle écrasant. Je ne me voyais pas incarner un monstre enchaîné et déchaîné, et qui plus est torse nu… Ce n’est pas vraiment dans mon registre. Puis, plus j’avançais dans le travail avec Charlotte Escamez (qui a créé l’adaptation), plus je sentais que je pouvais m’y coller. Mais je souhaitais aller dans une autre direction. Et si Sigismond était plutôt un petit garçon modèle enfermé dans une cage ? En somme, ce gamin aurait grandi trop vite. On l’aurait aliéné et lobotomisé. Il aurait subi un lavage de cerveau, tout en recevant une éducation quasi irréprochable grâce à son précepteur Clothalde. »

Finalement, vous lui accordez des circonstances atténuantes…
« Dans la première journée surtout, lorsqu’il s’adresse aux cieux, je déplace sa violence (verbale). J’aborde une facette plus fragile, intime et enfantine de Sigismond. J’ai repensé à une pièce que j’ai montée, « Fin de partie ». J’y défendais un jeu un peu abîmé, déconstruit et borderline … Et j’ai imaginé que Sigismond pouvait partir dans cette voie-là. Pourquoi en est-il arrivé là ? Il n’a pourtant rien fait de mal. J’ai choisi de mettre en lumière une certaine dualité chez ce personnage : son apparence de petit écolier et la rage qu’il peut laisser éclater. »

Vous défendez souvent des textes tout d’éclat et de démesure. Pourriez-vous jouer un rôle plus quotidien ou un vaudeville ?
« J’aime beaucoup Feydeau, Labiche, Courteline… Par ailleurs, j’ai failli mettre en scène récemment mon père dans un Pinter. J’adore cette langue qui surgit comme un vertige, forgée de sens, de sous-sens et de non-dits. Peut-être qu’un jour, j’irai de ce côté-là. Pour l’instant, je ne reçois pas beaucoup de propositions. Je préfère donc me concentrer sur des textes classiques car j’aime l’intensité qui en émane : l’effervescence, le tourbillon, le baroque… La folie aussi. »

Une fois de plus, votre mise en scène regorge d’effets. Tout y est grandiloquent : les décors, les costumes, la musique rock tapageuse…
« J’aime la générosité sur un plateau. J’adore quand il y a du monde et quand ça déborde. Et puis, j’ai été influencé par un théâtre total, celui de Pierre Debauche, d’Antoine Vitez et de mon père notamment. Dans ce type de théâtre, la lumière, la musique, les sons, les accessoires et les costumes font partie intégrante du spectacle. »

Vous aimez cultiver les anachronismes. Est-ce toujours bien utile ?
« Le théâtre est anachronisme : la pièce a été écrite au XVIIe siècle, l’histoire se joue au XIe et elle est vue par un public au XXIe siècle. Par définition, on assiste à un télescopage des temps. Prenons par exemple la présence de la vidéo, elle n’est pas anodine. Cet élément montre un roi Basyle qui épie, analyse et archive les moindres gestes de son fils. Cette vidéosurveillance illustre une expérimentation. On drogue Sigismond et on scrute ses moindres réactions. La vidéo permet aussi de marquer la continuité avec le monde de technologie de l’époque, c’est-à-dire la science des astres. Elle participe enfin à une séance onirique qui réduit les frontières entre songe et réalité. »

Un projet pour 2010 ?
« Cet été, je joue avec ma sœur Sarah dans « Agatha » de Marguerite Duras, sous la direction de mon père, au Théâtre du Chêne Noir à Avignon. »

Votre personnage pose la question : c’est quoi la vie ? Une frénésie, une illusion, une fiction ? Pour vous la vie, c’est un théâtre…
« Je m’ennuie beaucoup quand je ne fais pas de théâtre (sourire). Je suis engagé dans un monde de frénésie qui me passionne. Dans mon métier, j’éprouve toujours le besoin d’aller plus loin, de me perfectionner. Je suis tout feu tout flamme, un peu fou… Et cet enthousiasme, j’y tiens. J’ai très envie que cette aventure continue le plus longtemps possible. Parfois, j’ai le sentiment que la vraie vie se passe sur le plateau. »

Au théâtre 13, à Paris, jusqu’au 14 février. Rencontre avec William Mesguich et toute l’équipe artistique, dimanche 31 janvier à 17h45 (à l’issue de la représentation de 15h30) – entrée libre

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