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Ilinca Kiss, une épopée transatlantique

Comédienne et chanteuse née à Marseille, Ilinca s’expatrie à New York, pour étudier le théâtre et la comédie musicale à la « Circle in the Square Theater School », à Broadway. Depuis, elle vit et travaille dans cette ville. Elle est déjà apparue dans plus d’une trentaine de productions théâtrales. En 2014, elle tient un rôle auprès de Gérard Depardieu dans le film d’Abel Ferrara « Welcome to New York ». Dernièrement, Ilinca a interprété le rôle de Lady Macbeth au théâtre Toursky, mis en scène par Edward Berkeley.

 Ilinca KissVotre parcours est plutôt singulier. Vous étudiez le théâtre à New-York puis vous revenez sur Marseille, votre ville natale, pour interpréter, entre autres, le rôle de Lady Macbeth dans une version mise en scène par votre ancien professeur d’art dramatique à la « Circle in the Square Theater School », Edward Berkeley. Pouvez-vous nous raconter cette aventure ?
Ilinca Kiss : Cette aventure a d’abord commencé en France, lorsque j’ai choisi d’écrire mon mémoire final de Master II de Littérature sur Macbeth. A ce moment-là, j’avais déjà terminé ma première année de Conservatoire à la Circle in the Square Theater School à New York, et il me restait à compléter la seconde. Je savais que celle-ci allait débuter avec l’étude de Macbeth en théâtre classique. Mon choix quant au sujet du mémoire n’était donc pas complètement innocent. Mais plus j’avançais dans l’écriture, plus je me passionnais pour l’histoire de cette tragédie, la relation entre les époux Macbeth, et plus particulièrement, le personnage de Lady Macbeth : son intensité, sa détermination, son courage et sa force de persuasion pour convaincre Macbeth de commettre l’irréparable me fascinaient. Ainsi, ce qui, à la base était un choix « tactique », est devenu une véritable passion. Après ma soutenance, Lady Macbeth était devenu LE rôle que je rêvais d’interpréter.

J’avais choisi cette école pour la qualité de son programme (théâtre classique, théâtre moderne, chant, danse, improvisation, théorie de la musique, clown, masque, combat, etc…) et on peut dire que j’ai été servie ! Toutes les classes étaient passionnantes (et intenses), mais celle d’Edward Berkeley était ma préférée : il enseignait Shakespeare d’une manière extrêmement vivante, tout en restant très respectueux de la versification, et j’adorais sa façon de diriger les acteurs. En plus de son travail d’enseignant, M. Berkeley mettait en scène des spectacles un peu partout aux Etats-Unis, et j’espérais, pendant mes études, avoir assez de talent et de technique pour travailler avec lui une fois mon diplôme en poche. Par la suite, après 4 ans aux USA, la France a commencé à me manquer. L’occasion s’est alors présentée de retravailler avec l’association Mnémosyne qui avait produit Le Cantiques des Cantiques (spectacle avec lequel j’ai débuté). Pour leur programmation de 2015-2016, j’ai immédiatement suggéré Macbeth. Ils m’ont répondu : « d’accord mais seulement si on a un excellent metteur en scène ». Et j’ai répondu « je connais un excellent metteur en scène, spécialiste de Shakespeare, mais il travaille à New York », ce qui n’a pas rebuté Mnémosyne qui a l’habitude de réunir des artistes de différentes nationalités.

Je suis donc allée voir Edward, lui ai exposé tous les détails du projet, et il a accepté ! Nous avons alors réuni l’équipe et avons été soutenu par le Théâtre Toursky et le groupe marseillais Leda Atomica (coproducteurs). M. Berkeley ne parle pas français, mais la communication était étrangement fluide avec les comédiens. Nous avons vérifié toutes les traductions disponibles et opté pour celle de Pierre Leyris (édition bilingue), qui est très rythmée et proche du texte original.

Concernant le spectacle vivant, quelles sont, selon vous, les différences essentielles entre les Etats-Unis et la France ?
Ilinca KissI. K : Je pense qu’en général les américains sont beaucoup plus à l’aise avec la pluridisciplinarité (pas que dans l’Art). Rares sont les artistes (à New York) qui ne savent faire qu’une seule chose. Ils savent tous jouer la comédie, chanter,danser… Certains peuvent faire les trois, on les appelle des « Triple threat » et ici ça n’étonne personne. (Je précise que mon expérience est new yorkaise et ne concerne donc pas tous les Etats-Unis). J’adore mon pays, mais la France a malheureusement un peu tendance à vouloir mettre les gens dans des cases. Ici, on n’est pas limité : vous pouvez être acteur, auteur, metteur en scène, chanteur et jouer du trombone. Pourquoi pas ? La majorité des personnes que je rencontre sont extrêmement créatives. Elles osent essayer plein de choses différentes et n’ont pas peur de changer d’orientation. J’aime cet état d’esprit qui règne ici et qui m’encourage à développer ma propre créativité, sans peur du jugement.

Considérant le cinéma français frileux et conservateur, beaucoup d’acteurs partent tenter leur chance aux Etats-Unis. Avec l’expérience dont vous disposez maintenant, diriez-vous la même chose du monde du spectacle vivant en France ?
Ilinka kissI. K : Je ne sais pas… C’est une question difficile. Ce qui est certain c’est que quand les américains décident de faire du spectacle vivant, ils le font à fond et ils le font en grand. N’oublions pas que pour eux l’art se doit aussi d’être financièrement rentable (« show-business »). Le système est complètement différent. Puisqu’il n’y a pas vraiment de subvention de l’état, presque tout le financement est privatisé. Soulignons également leur volonté de trouver des solutions, alors qu’en France, on préfère se pencher (longtemps…) sur les problèmes, ce qui en effet, nous rend parfois frileux.

Vous avez le projet d’établir une passerelle afin de faire découvrir des textes français via des comédiens francophones basés à New-York. Pensez-vous pouvoir le faire, à l’inverse, pour des textes d’auteurs américains peu ou pas connus chez nous ?
I. K : Oui pourquoi pas, tout est possible à partir du moment où il y a un vrai désir de partager un texte. Je pense qu’on ne peut fédérer des gens autour d’un projet, que si l’on est sincèrement passionné par ce que l’on fait. Cela été le cas pour Macbeth et ça a marché. Des auteurs américains tels que Clifford Odets, Edward Albee, Lillian Hellman, David Rabe, David Mamet, John Patrick Shaney, Tony Kushner, Edward Allan Backer, John Pielmeier ou encore Theresa Rebeck mériteraient d’être davantage joués, ou d’être découverts par le public français !

Crédit photos : Frédéric Bonnaud

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