Théâtrorama

Fouad Boussouf ne se fixe aucune limite et ne s’arrête à aucune frontière : cet enfant du Maroc venu en France il y a plus de 30 ans côtoie plusieurs styles – de la danse contemporaine au hip hop en passant par le nouveau cirque – et puise dans différentes cultures pour creuser le sillon de sa propre écriture chorégraphique. Avec la compagnie Massala qu’il a créée en 2006, cet interprète, chorégraphe, pédagogue et volontiers globetrotter ne cesse d’interroger le rapport du corps au temps et à l’espace. Entretien à l’occasion de sa nouvelle création, Le Moulin du Diable, actuellement en tournée.

Vous avez fondé la compagnie Massala il y a presque dix ans, d’emblée placée sous le signe d’un métissage culturel et entendant mêler différents styles. Pourriez-vous revenir sur votre parcours et sur l’histoire et l’identité de la compagnie ?
MOULINDUDIABLE10.©Sylvain LefeuvreFouad Boussouf: Je ne me suis jamais posé la question du métissage, c’est une évidence : mon parcours témoigne de cette curiosité à aller vers ‘’La Danse’’, vers la rencontre de danseurs issus de divers horizons. Concernant le travail que je mène au sein de la compagnie Massala, je confronte régulièrement cette danse qui m’a façonné, une danse hip-hop ‘’underground’’ issue de la rue et d’autres techniques que j’ai pu suivre lors de mes différentes formations. Je crois d’ailleurs que la danse hip-hop est déjà métissée au préalable puisqu’elle s’est nourrie de différentes techniques antérieures et de son environnement. J’ai comme envie de ne jamais utiliser une technique à part entière, en déstructurant ce qui existe déjà, même si cela peut décontenancer ou déstabiliser, que ce soit le danseur ou le public. Je ne pose jamais la question de savoir si c’est de la danse hip hop ou autre chose. La technique est au service du propos en création artistique.

Vos créations interrogent la notion du temps, avec cette idée d’une danse inscrite entre « permanence » et « transe », « enfance » et risque de « déchéance ». Dans Le Moulin du diable, la toute dernière, vous semblez placer la balance au niveau du seul corps – qu’il soit physique ou social, voire religieux ou spirituel. Comment avez-vous abordé cette préparation ?
F.B: Le Moulin du diable est une nouvelle étape dans mon travail de recherche, une nouvelle prise de risque également. J’intègre une scénographie importante créée par Juliette Deschamps et j’ai souhaité valoriser le travail des danseurs en dépassant le cadre strict de la technique. J’ai abordé cette thématique par le rapport entre notion de liberté et contrainte des impératifs temps. De cette réflexion sont nés des personnages futuristes habités par ce paradoxe, libres et contraints à la fois. Ce travail fait suite à la pièce précédente, ‘’Transe’’, où la question de la transformation et de la métamorphose des corps demeure centrale, en transportant les danseurs vers d’autres états de corps. Pour chaque pièce, il s’agit de déstabiliser, décontenancer le danseur afin de le faire sortir de sa zone de confort. C’est un travail en soi, fragiliser et se fragiliser pour se découvrir.

Autre trait commun qui parcourt vos travaux, l’importance accordée au mouvement en tant que flux, presque un flot ininterrompu (vous parlez de « ronde »), s’exerçant de façon intime puis touchant au collectif. Pourrions-nous dire que toutes vos créations partent de l’individu pour questionner le rapport entre individus, le groupe ?
F.B: Je m’intéresse au danseur en tant qu’acteur central de la création artistique, par sa technique, son être et sa disponibilité. Chaque danseur a sa propre créativité, sa propre vibration que je souhaite faire émerger pour le projet de création. J’écris la pièce avec sa composante, son corps et son esprit, son parcours et ses failles. Il me paraît essentiel que chaque personnalité puisse pleinement s’exprimer pour renforcer la cohésion de groupe et le propos artistique.

Votre compagnie s’illustre également à travers différentes actions culturelles menées dans le Val-de-Marne et ailleurs. Quelles sont-elles et auprès de quel(s) public(s) en particulier ?
F.B: J’ai toujours eu à cœur de communiquer ma passion pour la danse, en permettant à chaque personne (jeune ou adulte) concernée de penser autrement par la danse et la rencontre de l’autre. Nous menons plusieurs types d’actions culturelles (rencontres, débats, ateliers de danse) auprès de divers publics et structures (théâtres, centre sociaux, éducation nationale). Enfin, la compagnie Massala est engagée dans la formation de jeunes danseurs qui se destinent à une carrière professionnelle, le duo The Elem’ants fait par exemple partie de cette nouvelle génération issu de la formation Massala.

Pour en savoir plus : Le site de la compagnie Massala

Les informations sur la tournée du Moulin du Diable, pièce pour 5 danseurs

Crédit Photo : Sylvain Lefeuvre

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