Théâtrorama

Portrait chinois pour Ellénore Loehr…

La réalisatrice décide de suivre à Shanghai les pas de Daniel Mesguich qui s’apprête à monter un Hamlet en chinois. Un projet de documentaire rendu possible grâce au financement participatif…

Comment est né ce projet de documentaire ?
Ellénore Loehr : Il est né de la rencontre avec Daniel Mesguich il y a un peu plus d’un an, au festival d’Avignon en 2014, après sa mise en scène de Trahisons, d’Harold Pinter. Je voulais juste lui dire que j’avais beaucoup aimé ce spectacle. Et que ses mises en scène étaient mes plus beaux souvenirs de théâtre. En particulier Andromaque, que j’avais vue à 13 ans, au théâtre du Vieux-Colombier. Daniel Mesguich m’a remerciée de cette fidélité à son travail. Et j’ai ajouté qu’il ne s’en souvenait sans doute pas, mais qu’à l’époque je lui avais même écrit une lettre avec un dessin du décor (moi qui ne sais absolument pas dessiner). Il m’a regardé stupéfait : « c’était vous ? J’ai retrouvé cette lettre il y a six mois, je l’ai relue, je suis touché… ». J’étais complètement abasourdie et émue. 17 ans après, c’était fou ! Et c’est là que je me suis dit qu’il fallait faire quelque chose de cette belle coïncidence. Je lui ai alors expliqué que j’étais devenue réalisatrice et que j’aimerais beaucoup faire un film avec/sur lui.

Daniel MesguichFin 2014, j’ai revu Daniel Mesguich pour discuter d’un documentaire sur son travail. Et j’ai commencé à écrire. Petit à petit, l’idée est venue de centrer ce documentaire autour de l’expérience inédite que Daniel Mesguich allait faire en Chine : monter Hamlet en chinois, avec des étudiants du conservatoire de théâtre de Shanghai. Après plusieurs versions du projet, retravaillées avec mon producteur, ce dernier a envoyé le dossier en juillet à Arte, qui a malheureusement dit non, au mois d’octobre. Il était alors trop tard pour avoir le temps de trouver une autre chaîne et les financements « classiques » pour monter ce film, dont le tournage commence en décembre (quand Daniel Mesguich sera à Shanghai). J’étais très déçue de devoir abandonner ce beau projet. Et puis, après un week-end de réflexion, j’ai décidé de tenter le financement participatif pour faire ce film coûte que coûte, en-dehors des circuits traditionnels de production. J’ai été surprise que cela marche aussi bien, et je vais donc pouvoir partir en décembre pour accompagner Daniel Mesguich en Chine.

Qu’est-ce qui vous a donné envie de vous investir dans ce Hamlet chinois ?
E. L : Hamlet est la pièce qui jalonne la carrière de Daniel Mesguich, il la remonte tous les 10 ans, depuis près de 40 ans. C’est une pièce qu’il connaît par cœur, et dont il a même fait une nouvelle traduction. L’idée de suivre ce défi d’un Hamlet chinois m’a donc tout de suite enthousiasmée et intéressée. Pour voir comment il va réinventer son approche de la pièce, dans un contexte si éloigné de celui dans lequel il travaille d’habitude. Et j’avais aussi envie de pouvoir suivre ce metteur en scène pendant toutes les étapes de la création, de la rencontre avec les comédiens à la première de la pièce, des moments auxquels on a très rarement l’occasion d’assister. Et le tout en chinois ! C’est la combinaison inédite de l’aventure théâtrale et humaine à l’autre bout du monde qui m’a convaincue qu’il y avait matière à faire un film.

Quelle va être votre méthode de travail en Chine ?
E. L : C’est un peu l’inconnu, car je n’ai pas pu faire de repérages comme je fais d’habitude pour les documentaires que je réalise. Je vais donc me laisser surprendre et m’adapter. En général, je cherche des « personnages » qui vont être les moteurs de la narration pour le documentaire, avec des personnalités fortes ou attachantes. Là, je découvrirai les participants de cette aventure sur place, en même temps que Daniel Mesguich. Il sera bien entendu le personnage central de ce documentaire et le fil rouge de la narration. Mais ce sera aussi un peu l’inconnu pour lui car ce qui fait aussi le charme de la Chine, c’est que rien n’est jamais prévu très à l’avance, ce qui permet à l’inattendu (et parfois au plus beau) d’arriver!

Comment se déroulera le tournage ?
E. L : Le tournage aura lieu pendant tout le mois de décembre. Je suivrai au jour le jour le travail de Daniel Mesguich avec les jeunes comédiens chinois. Pour éviter des problèmes de douane avec une caméra française à faire passer en Chine, je vais pouvoir emprunter une des caméras du conservatoire de Shanghai pour tourner ce film. Et je pars seule pour filmer. À moyens réduits, équipe réduite !

Vous qui connaissez déjà bien la culture chinoise, quelles vont être, selon vous, les difficultés que Daniel Mesguich pourrait rencontrer dans son projet ?
E. L : J’ai effectivement habité et travaillé deux ans en Chine à Chongqing. Je pense que Daniel Mesguich aura sans doute à faire face d’une part à une culture théâtrale très différente de notre culture occidentale. Le théâtre chinois n’a pas du tout la même tradition ni les mêmes codes que le théâtre européen. Ce sera donc intéressant de voir comment un metteur en scène français, avec des méthodes de travail basées sur le texte, le jeu, les jeux sur le texte, etc., va travailler avec de jeunes comédiens qui n’ont pas du tout l’habitude de ce théâtre-là, et le tout dans une langue qu’il ne comprend pas ! Et par ailleurs, au-delà de la culture théâtrale, c’est aussi la culture chinoise dans son ensemble qui pourra peut-être susciter quelques étonnements ou questionnements chez Daniel Mesguich : les rapports professeur-élèves, le rapport aux émotions, la timidité, la pudeur, la maturité différente des étudiants… autant de choses qui seront passionnantes à observer.

Ellénore Loehr
Après des études littéraires et artistiques, et trois années comme assistante-réalisateur sur différents films, Ellénore Loehr réalise son premier documentaire en 2011, « Miel et magnésie », puis un deuxième en 2014 « Une éducation chinoise » (en post-production). En décembre 2014, elle tourne son premier court-métrage de fiction avec Daniel Mesguich, « Les 400 flous », diffusé sur Arte.

Il reste encore quelques jours pour participer à la campagne de crowdfunding du documentaire : le site de touscoprod.com

 

Vous pourriez aimer çà

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *



Théâtrorama

Inscrivez-vous à notre newsletter pour recevoir plus d'actualités et profitez de nos invitations

Votre abonnement est enregistré avec succès !

Pin It on Pinterest