Théâtrorama

Basil Twist, formé à l’Ecole Supérieure Nationale des Arts de la Marionnette de Charleville-Mézières, est à ce jour un des rares américains à y avoir suivi des études. Il revient en France dans le cadre de la Biennale Internationale des Arts de la Marionnette 2015, pour nous présenter son spectacle Dogugaeshi, qui porte le nom d’une ancestrale technique japonaise quasiment disparue.

Ce spectacle s’est construit à mi-chemin entre la France, le Japon et les Etats-Unis. Quel est le lien entre les trois pays ?
« J’ai découvert le dogugaeshi en France, à Charleville-Mézières. Il y avait une exposition autour des marionnettes de Awaji, une île, au Japon. Une vidéo montrait des extraits de spectacle, avec notamment quinze secondes d’images avec des panneaux qui s’ouvraient, qui glissaient et un vieux film en noir et blanc. Je ne savais pas ce que c’était mais je ne l’ai jamais oublié. Plusieurs années après, la Maison de la culture du Japon à New York m’a commandé ce spectacle, pour un public new-Yorkais, mais avec une sensibilité japonaise. Je voulais donc en savoir plus sur le film que j’avais vu en France. Et je suis parti au Japon pour étudier cette technique. Une technique qui a presque disparu et à laquelle j’essaie de rendre hommage dans mon spectacle. »

Quelles traces du dogugaeshi avez-vous trouvé au Japon ?
p02hppcm« Lors de mon premier voyage, j’ai juste trouvé des panneaux complètement détruits. Mais au cours de ma deuxième visite, j’ai découvert un trésor de panneaux dans les caves d’un musée : les décors et les marionnettes d’une compagnie. Et il s’agissait des mêmes panneaux qui étaient dans le film, exactement les mêmes. Un vrai moment clé ! Parmi ces décors, il y avait aussi des marionnettes, dont une superbe marionnette renard, avec des poils longs, avec neuf queues, complètement bizarre et magique, qui m’attendait là. Elle m’attendait avec ses panneaux pour les protéger. Le moment était tellement fort et la marionnette jolie, que je voulais que cette marionnette soit dans mon spectacle aussi. Elle nous entraîne. Elle fait un peu une danse pour faire renaître la technique. Et je savais aussi qu’un spectacle de marionnettes, sans une seule marionnette, pouvait être gênant. »

En effet, même si le dogugaeshi est aujourd’hui presque disparu, il fut un temps où la technique était très populaire…
« Dogugaeshi signifie « changement de décor ». Cette technique d’ouverture, faisant glisser des panneaux les uns après les autres, faisait partie, à l’époque, d’un simple changement de décor. Dans les histoires, il y avait plusieurs personnages qui voyageaient et arrivaient dans un palais. Cela était signifié, comme encore parfois dans le kabuki, par une multitude de panneaux qui s’ouvraient. Cela suggérait un palais, une immense pièce imaginaire. Cela indiquait qu’on allait voir un personnage d’une haute importance, et que pour le voir, il fallait passer à travers plusieurs portes. Mais à Awaji, il y avait beaucoup de compagnies de marionnettes qui étaient toutes en compétition les unes avec les autres. Et la meilleure manière qu’ils avaient trouvé de se défier était : « qui a le changement de décor, au palais, le plus fabuleux, avec le plus de portes ? » Finalement, cette séquence est devenue tellement populaire, qu’ils ont simplement enlevé le narratif, pour qu’elle existe toute seule. »

Comment avez-vous construit le fil conducteur de votre spectacle ?
« Quand j’ai créé le spectacle, j’ai commencé avec la technique en elle-même. Comment je vais faire ce panneau ? De quelle matière ? Comment ça marche ? Avec un peu de triche en prime car les tableaux sont peints en perspective. On a fait d’abord en carton pour voir un peu le résultat, et après, on a fabriqué des cadres en bois avec du papier. Quand j’étais au Japon avec Yumiko, la musicienne du spectacle, j’ai appris que la plupart des pièces japonaises étaient divisées en cinq actes. J’ai donc un peu cinq grands moments dans mon spectacle. Le premier est le film découverte de la technique, le deuxième représente un peu le passé, comment ça a été fait, à l’époque, sur cette île. Le troisième acte, dans le kabuki est toujours l’acte le plus violent, dramatique. Nous, c’est à ce moment-là qu’on crée le palais, c’est à dire qu’on crée la technique, et puis elle s’écroule. La quatrième séquence incarne la modernité. C’est l’époque de maintenant. Il y a des ponts, et la technique a disparu. Puis le cinquième acte, la fin, est un feu d’artifice, la renaissance de la technique. »

Vous avez créé les tableaux dans cet ordre ?
« Non, il fallait commencer avec la fin, la renaissance. Il fallait que la fin soit le plus spectaculaire des tableaux. Le but de mon spectacle est de partager cette technique avec le public. On a été joué au Japon. C’était merveilleux, parce que cela faisait longtemps que ça n’avait pas été fait. Il y avait des personnes très âgées, qui avaient connu le dogugaeshi dans leur enfance et il était très émouvant de leur montrer le spectacle. Et maintenant, ramener mon spectacle en France, là où j’ai découvert cette technique, et l’offrir au public, c’est mon cadeau, mon cadeau pour la France. Pour moi, ça ferme le cercle… »

Du jeudi 14 au jeudi 28 mai 2015
du mardi au samedi à 20 h
dimanches à 17 h
vendredi 15, jeudi 21 et mardi 26 mai à 14 h 30
relâche les lundis

Au Mouffetard – Théâtre des arts de la marionnette, dans le cadre de la Biennale internationale des Arts de la Marionnette

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