Théâtrorama

La vie d’un enfant de trois ans est une aventure de chaque instant. Damien Bouvet, créateur et interprète de ce solo, met en lumière ces moments d’exploration face au grand monde, dans lesquels chaque enfant grandissant ou grandi pourra se reconnaître.

Vos spectacles s’adressent tout particulièrement à l’enfance, pourquoi ?
Damien Bouvet : Je ne suis pas un nostalgique de l’enfance, ce n’est pas un éden, mais pour moi, ça touche au cœur du théâtre. L’enfance, c’est garder une certaine naïveté, une certaine curiosité. C’est le maître-mot, pour s’intéresser à tout ce qui est étrange, nouveau, tout ce qui nous indispose aussi, pour être capable de réagir positivement à ça. L’enfance est présente en chacun de nous. C’est le jeu aussi, qui est profondément ancré dans l’enfance. Le jeu dans le bac à sable n’est pas loin du jeu de théâtre. Et le clown, que je pratique dans mes spectacles depuis de nombreuses années, est très proche de l’enfance.

Comment les tout-petits reçoivent-ils ce spectacle ?
Damien BouvetD.B : Quand je joue dans les écoles, je vois beaucoup les tout-petits, et ils vivent exactement la même chose que moi. Si je suis crispé, si je m’excite, ils sont au diapason. Pourtant, je mesure 1m84, je ne suis pas un enfant de trois ans, mais il y a une sorte de magie qui opère et je suis l’un des leurs. Même pour les tout-petits, on peut faire des choses très fines pour passer d’un personnage à l’autre. Un petit changement de port de lunettes, une attitude. Un jour, à la fin d’un spectacle, un enfant m’a interpellé dans un couloir et m’a dit : « tu sais, tu as joué ma vie… » C’est vrai que quand on est en tournée avec ce spectacle et que je prépare les affaires, j’ai l’impression qu’il y a un enfant avec nous, j’ai des petits pyjamas, des petites cuillères, des jouets…

Et le public au sens plus large du terme ?
D.B : Je lui demande beaucoup. Quand j’étais enfant, mon père était électricien. Il avait souvent des bouts de fil de différentes couleurs qu’on pouvait tordre dans tous les sens, et ils gardaient la forme. Pendant des heures, je jouais avec ça. J’inventais des tas de personnages. Les legos aussi. Des jeux qui demandent de l’imagination, qui demandent que celui qui joue participe énormément. Ca, je le demande beaucoup au public pendant mes spectacles. Souvent, c’est au spectateur de faire le spectacle. Il faut qu’il prenne parti, qu’il s’investisse dans ce qu’il est en train de voir et qu’il nourrisse la chose. Dès que quelqu’un rit, c’est qu’il est embarqué, il partage la chose, il a un avis dessus. Il va réagir, pour en faire autre chose.

Le rire occupe une place importante dans vos spectacles…
D.B : A un moment donné du spectacle, Smisse est enrhumé et il se mouche. Quand j’enlève le mouchoir, il a un nez de clown. Dans un même temps, il y a un enfant qui reconnait le signe du clown, et une maman qui va se dire : « Ca me fait penser à mon enfant quand il était très fiévreux ». En réalité, je questionne : « Qu’est-ce que le clown, qu’est-ce que le rire ? » Le nez rouge, au départ, l’Auguste, c’était quelqu’un qui était soulographe, qui avait une grosse patate mais c’était un nez qui était abîmé par l’alcool. Charlie Chaplin a inventé Charlot, il était mal habillé, mais il n’était pas mal habillé pour faire rigoler, c’est qu’il n’avait rien d’autre à se mettre. Pourquoi rit-t-on, de quoi rit-t-on ?

Votre clown s’est longtemps exprimé sans la parole…
D.B : Dans le théâtre que je développe, c’est le « un sur scène », le « un » qui prolifère et qui est un peu tout. Je suis mon propre décor, je prolifère en sons, et en paroles, et Damien Bouvetvisuellement. Pendant longtemps j’ai travaillé sur la métamorphose, les transformations. Je suis une sorte de sculpteur, mais comme un mollusque, le mollusque c’est le sculpteur qui fabrique sa coquille. Donc il est à l’intérieur de sa sculpture. Il n’a aucun recul par rapport à ce qu’il fait. Il fait avec son corps, ça lui colle au corps. Les racines du mot enfant c’est « celui qui n’a pas le mot, celui qui n’a pas la parole ». L’enfant n’a pas forcément les mots pour dire, c’est le corps qui parle, les attitudes. Il y a vingt ans, j’ai crée mon premier spectacle qui s’appelait Le Petit cirque. C’était du théâtre sans paroles, avec des objets, de la lumière, du son, des ustensiles de cuisine, qui a tourné dans le monde entier. Dans les pays où on ne parle pas la même langue, ce que je trouve magnifique c’est qu’à la fin du spectacle, on ne parle pas, on se regarde. Inversement, comme j’ai fait beaucoup de spectacles sans texte en France, les gens n’avaient pas toujours les mots pour venir m’en parler à la fin, c’était assez archaïque, assez viscéral. Mon clown ne parle pas forcément beaucoup, mais avec La Vie de Smisse et Abrakadubra, le spectacle que j’ai joué la semaine dernière au Mouffetard, il fallait que je mastique, que j’incarne les mots de Ivan Grinberg et Isabelle Chavigny, que j’en sois porteur, pour me délester un peu des objets, pour accéder à une autre liberté.

Quelles seront vos prochaines créations ?
D.B : Avec Figures, qui sera crée en 2016, je vais travailler sur la mémoire, la trace, les gens qui, d’une certaine manière, disparaissent et continuent de nous habiter. C’est un projet que je vais jouer au Mémorial du camp de Rivesaltes, un camp où les gens étaient parqués au siècle dernier, les harkis, les réfugiés espagnols, les tziganes etc… Ce sera, je pense, à portée universelle, mais pas pour les tout-petits comme « La Vie de Smisse ». Je veux travailler avec du papier, papier comme peau, faire un travail de lumière assez précis, pour parler de ce que j’appelle « fantôme ». Mon autre prochaine création,  LiLeLaLoLu, sera plus tournée vers les enfants. Il y sera question de livres. Ce sera des livres très particuliers, qui vont proposer des espaces théâtraux, à un personnage assez clownesque sans doute. Ce sera des fausses lectures. Des prolongements de corps. Il y aura un livre tout bizarrement poilu, il y aura aussi le plus petit livre du monde, tellement petit qu’on le voit pas, mais qui contient l’histoire la plus longue du monde, qui se lit avec des énormes lunettes… Je vais travailler avec des enfants avant de créer ce spectacle, on va fabriquer des livres ensemble. La création aura lieu au Théâtre du Grand Bleu à Lille, là où a été également crée La Vie de Smisse en 2013.

<em>La Vie de Smisse</em>, par la Compagnie Voix-Off, au Mouffetard-Théâtre des Arts de la Marionnette de Paris jusqu’au 30 décembre 2015 et en tournée dans toute la France
Informations et réservations au Mouffetard

Dates en tournée consultables : La Vie de Smisse

Crédit photo: Philippe Cibille

 

 

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