Théâtrorama

Emma Schoepfer, la curiosité contre la peur

C’est à un voyage froissé de douceur, de sagesse et d’intelligence auquel nous invite le premier spectacle jeune public de la Nanterrienne Compagnie 209, écrit et mis en scène  par Emma Schoepfer et Mélissa Mangnez… Retour sur ce « fragment de papeterie perdu au milieu d’une contrée nordique», en compagnie de Emma Schoepfer, metteure en scène, et Pauline Blais, comédienne.

Comment vous est venu l’envie de monter ce projet ?

Emma Schoepfer: On a commencé à écrire le texte en 2015 avec Mélissa Mangnez. Autour de moi, de jeunes professeurs des écoles témoignaient de la peur des enfants et de leur difficulté à parler avec eux de ce qu’il se passait, après les attentats. J’ai été très choquée. Pour moi, ça ne va pas ensemble l’enfance et cette peur-là. Ils ont été plongés trop tôt dans quelque chose qui ne devrait pas être dans leur univers.

C’est-à-dire… ?

Emma Schoepfer: Il y a dans l’enfance une capacité d’émerveillement énorme, un regard curieux sur tout, il n’y a pas d’a priori. Les couleurs de l’oiseau blanc, c’est une envie de dire aux enfants « Il ne faut pas avoir peur de l’inconnu, restez curieux, soyons ouverts… » On a eu envie d’offrir un cadeau aux enfants. Quelque chose de beau et qui leur permette de partir en voyage.

Les Couleurs de l’oiseau blanc de Emma Schoepfer

Quelle était votre matière de départ, pour l’écriture ?

Emma Schoepfer: On s’est retrouvées dans le grenier de la grand-mère de Mélissa, à Fontenay-aux-Roses. Nous sommes parties sur des improvisations. Mélissa était plutôt sur du texte, des ambiances, sonorités, mots… Moi, je chantais. On s’est enregistrées, avec nos téléphones portables. De ces improvisations, est né cet univers immaculé, un peu mystérieux, où les couleurs avaient disparu. Finalement, c’est de ces improvisations-là, pas du tout maîtrisées, pas du tout écrites, que nous sommes parties, pour créer l’univers de ce spectacle et le personnage central, Petit Etre.

Avez-vous conservé certains aspects de cette première recherche ?

Emma Schoepfer: Oui, le chant par exemple. Je prends en charge toutes les parties chantées. Pauline Blais, la comédienne du spectacle, est également arrivée pendant cette phase d’écriture. Quelque chose nous disait que ce pouvait être elle qui pouvait porter le Petit Etre. Elle est entrée dans nos pensées, avant même que l’on finisse d’écrire ! On a senti que le Petit Etre commençait à être écrit pour elle.

Pauline Blais, comment avez-vous reçu cette proposition ?

Pauline Blais : Je me posais plein de questions au début. J’étais très attirée par le panel très large de formes théâtrales, théâtre d’ombres, marionnette, danse, que comportait le spectacle. Cela m’intéressait de creuser… Mais je n’avais encore jamais fait de jeune public. Cet univers n’était pas forcément le mien. Alors je me suis dit « Justement, puisque c’est très différent… »

Les Couleurs de l’oiseau blanc de Emma Schoepfer

D’autant plus que la question de la différence est assez centrale, dans le spectacle…

Pauline Blais : Oui, ce que défend ce spectacle, c’est vraiment la curiosité face à la différence. En effet, je me reconnais là-dedans… Au début du spectacle, il y a ce dialogue entre les deux ombres qui se disent : « -Toi t’es bizarre… -Mais non, c’est toi qui est bizarre… -Mais non, là d’où je viens je ne suis pas bizarre, mais toi t’es chez moi donc c’est toi qui est bizarre… » En fait personne n’est bizarre ! Chaque être humain, chaque créature, est juste différente, on ne va pas dire pour autant qu’il ne faut pas l’approcher. Il y a aussi la question du rêve, très importante dans le spectacle. Je me revois moi enfant, être installée au fond d’un fauteuil, plongée dans des lumières, une musique, un chant, quelqu’un qui danse, une marionnette qui prend vie… la magie du spectacle.

Emma Schoepfer: Les souvenirs que l’on garde des spectacles, enfant, on les amène avec nous dans la vie, plus tard. Cela nous construit. Il me reste des images très fortes de spectacles que j’ai vus petite. C’est gravé. Je ne saurais plus dire de quoi cela parle, je me souviens d’ambiances sonores, d’ambiances visuelles, des choses qui m’ont portées et émerveillée étant petite. C’est ce que je recherche aujourd’hui dans mes créations, pas que dans le jeune public, mais dans toutes mes créations : amener cette émotion esthétique très forte, qui remplisse … Cela peut durer un quart de seconde, mais rempli tout l’être. Même si tu vis ça juste une fois dans ta vie, c’est génial. La compagnie s’appelle 209, pour les chiffres du 92, le territoire où on est implantés, mais aussi « De sang neuf » : avoir un regard « neuf », et aussi un public « neuf », qui n’a pas forcément l’habitude d’aller au théâtre.

Les Couleurs de l’oiseau blanc
Ecriture et mise en scène : Emma Schoepfer et Mélissa Mangnez
Avec : Pauline Blais et la participation de Evelyne Serruau
Scénographie : Mélissa Mangnez
Création vidéo : Mikael Chevallier
Création sonore : Guillaume Colombeau
Création costumes : Thaïs Fezard
Crédit photo : Mikael Chevallier
Tout public dès 6 ans

Tous les jours à 10h30, jusqu’au 14 avril au Théâtre du Temps

 

Vous pourriez aimer çà

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *



Théâtrorama

Inscrivez-vous à notre newsletter pour recevoir plus d'actualités et profitez de nos invitations

Votre abonnement est enregistré avec succès !

Pin It on Pinterest