Théâtrorama

Chaque soir, Daniel Pennac lit avec générosité et énergie une nouvelle d’Herman Melville, «Bartleby», au Théâtre de la Pépinière à Paris. Le romancier à succès est en scène jusqu’au 16 mai. Théâtrorama l’a interviewé.

pennac1Vous revenez sur les planches trois ans après la pièce «Merci» (sous la direction de Jean-Michel Ribes). Le théâtre vous a-t-il manqué ?
« Non, pas vraiment. Ce n’est pas tant l’envie de « monter sur scène » qui m’a fait repiquer au théâtre que celle de lire « Bartleby » en public. »

Pourquoi avez-vous choisi de lire cette nouvelle de Herman Melville ?
« Parce qu’elle m’habite depuis toujours. Au lieu d’en parler à chacun individuellement, le théâtre me donne l’occasion de la diffuser à un grand nombre de spectateurs qui, je l’espère, ressortiront avec l’envie de la lire. »

La lecture d’un texte sur scène, est-ce un exercice facile pour vous ?
« Le texte est si vivant, si profond, si simple dans sa forme et si complexe dans son évolution, et la langue de Leiris (le traducteur) si incroyablement belle, qu’il m’a fallu beaucoup de temps pour être tout à fait détendu. Maintenant, ça y est. J’en suis à un stade où je retrouve le texte tous les soirs, comme un ami avec lequel je prolongerais la même conversation. »

Parlez-nous un peu plus de la traduction de Pierre Leyris ?
« Elle a deux qualités : sa fidélité à Melville, au style de Melville, qui travaillait son écriture comme une pâte à pain, en y concentrant le plus de sens possible, et son extraordinaire musicalité en français. Ici, le traducteur a vraiment fait une œuvre à part entière. Je ne serais pas plus enthousiaste si «Bartleby» avait été écrit directement dans ce français-là ! »

Comment comprenez-vous ce texte énigmatique et le personnage de Bartleby ?
« On a donné toutes les interprétations possibles et imaginables au refus de Bartleby, cet homme qui s’arrête : marxiste, existentialiste, psychanalytique, etc. Et toutes les explications sont ouvertes. Chaque soir, chaque spectateur sort du théâtre avec la sienne, ou un sentiment confus qui le trouble. C’est ce qui fait de Bartleby un personnage désormais mythique. On n’épuise pas le sens d’un mythe. »

pennac2Vous précisez à la fin de la pièce que vous avez l’âge du narrateur de l’histoire. Cela vous apporte-t-il quelque chose ?
« Non, c’était une blague. Mais le notaire me touche. En une heure quinze de lecture, on le voit passer de l’assurance de son statut social au plus grand désarroi, en transitant par tous les états possibles : la colère, la curiosité, la compréhension, le dégoût, la panique, la fuite, la compassion, etc. bref une vie entière se joue dans cette heure de lecture. »

Que représente pour vous la lecture publique ?
« Un exercice que j’ai toujours pratiqué : soit avec mes élèves, soit avec mes amis ou ma famille. J’aime le son que rend notre langue, si peu accentuée pourtant. C’est, pour moi, la plus belle des musiques. Et puis j’aime aussi qu’on me lise. Je ne connais rien de plus beau que la lecture de Céline par Podalidès. »

Des centaines de spectateurs vous écoutent très attentivement chaque soir. Le rêve, pour l’ancien enseignant que vous êtes ?
« Non, la lecture au théâtre n’a pas grand chose à voir avec un exercice scolaire. Les élèves sont un public captif, ils n’ont guère le choix d’être ailleurs. Le spectateur, lui, vient de son plein gré, à la rencontre d’un texte et d’un lecteur, et il peut s’en aller s’il s’ennuie. Les gens sont à conquérir, à captiver. Chaque soir, les salles sont différentes les unes des autres. Ce n’est jamais donné. C’est ce qui rend la chose passionnante. »

Avez-vous le trac en entrant sur scène ?
« Oui, mais il faut s’entendre sur le mot. Le trac, pour moi, c’est la trouille que ma lecture ne s’incarne pas, que nous restions, les auditeurs et moi «en dehors» du texte. »

Après avoir été lecteur, aimeriez-vous passer acteur ?
« Pas particulièrement. »

Si vous étiez acteur, quel genre de personnage aimeriez-vous interpréter ?
« Difficile de répondre à ça. Je ne suis pas acteur, et, en tant que lecteur, de Molière à Shakespeare, en passant par Tchekhov ou Pinter, ils sont innombrables les personnages qui me plaisent. »

Pensez-vous tenter à nouveau l’expérience du théâtre ?
« Va savoir… »

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