Théâtrorama

La trentaine à peine dépassée, née en Allemagne à Gottingen et installée en France depuis une dizaine d’années, Annika Weber est munie déjà d’une solide expérience théâtrale. Auréolée d’un Prix Jeunes Talents 2013, pour la mise en scène de « Side in/Side out » de Tom Nanty, elle continue son bonhomme de chemin en créant à cette occasion, la Compagnie Un jour aux rives afin, dit-elle, « de rassembler mes envies, mes expériences au sein d’une structure qui incarne mes projets d’une manière identifiable et créatrice ». Formée en littérature, culture et medias en Allemagne, puis au théâtre et à la mise en scène en France, son parcours atypique la fait voyager entre les disciplines et les pays, dans une recherche exigeante de la forme et du sens.

Annicka Weber, vous arrivez en France au cours de vos études via Erasmus. Votre parcours jusque-là ne vous destinait pas au théâtre, de quelle façon y êtes vous parvenue ?
Annika Weber : Effectivement, en Allemagne, j’avais fait d’autres études et je pensais plutôt à la traduction-interprétariat. J’avais eu quelques expériences de la scène en Allemagne entre 2005 et 2008, mais c’est surtout en France que je me suis formée au théâtre d’abord en Arts du Spectacle à Tours, puis en passant à l’Université de Nanterre un master professionnel de dramaturgie et de mise en scène. Ensuite, les expériences se sont enchaînées et j’ai travaillé avec des gens comme Philippe Adrien, Jean Jourdheuil, Éric Lacascade…

Dans le paysage théâtral contemporain, quels sont les metteurs en scène qui vous influencent et qui, d’une certaine façon, orientent votre vision de la mise en scène ?
A.W. : Mes influences sont multiples. Il ya Chéreau, mais aussi des gens comme Romeo Castellucci ou Zimmermann. J’aime Chéreau pour son rapport à l’humain et Castellucci pour sa précision. Avec la mise en scène, ce que je recherche avant tout, c’est un moment précis, un geste, un regard, le détail pour retrouver un cheminement qui, dans la vie, est souvent noyé sous toutes sortes de choses. La mise en scène m’offre le luxe de m’arrêter sur ce que je perçois à un moment précis. Qu’est-ce que je vois ? Qu’est-ce que j’entends ? Quelle est la place de l’individu placé sous le regard des autres ?

De quelle façon abordez-vous une pièce et comment envisagez-vous le jeu avec les acteurs ?
A.W. : Je prends le temps de vivre avec le texte en me posant toutes sortes de questions sur les enjeux, les moments de trouble, l’étrangeté du texte…Au cours de lectures, on teste ce que l’oreille entend sous forme de remises en situation du texte, d’improvisations. J’utilise très peu de technique, peu de lumières ou de son…Pour moi la lumière doit toujours être précise et doit juste montrer ce que l’on a besoin de voir.

Qu’est-ce qui caractérise, selon vous, votre génération de metteurs en scène ?
A.W. : Le travail et l’optimisme malgré des conditions souvent difficiles. Pour ma part, je crois que nos conditions de travail changent et qu’il faut imaginer un autre système pour parvenir à faire aboutir nos projets. Il faut devenir pragmatique dans nos façons de travailler : oublier le système vertical des subventions publiques pour en imaginer d’autres fondés sur la mutualisation des moyens, le collectif et non sur la concurrence.

Actuellement vous travaillez sur « Le moche » de Marius Von Mayenburg, une pièce plusieurs fois montée moawen France depuis quelques temps, quel est votre projet de mise en scène pour cette pièce ?
A.W. : Une certaine continuité dans mon travail. J’avais envie depuis 2011 de travailler sur cette pièce de Mayenburg, non encore traduite à cette époque. J’apprécie particulièrement le fonctionnement très efficace de cette écriture, le texte déconstruit, les répliques cinglantes… J’ai choisi d’aborder cette pièce en partant du silence et du noir, l’inverse de ce qu’elle propose à première vue. Avec les acteurs, nous travaillons beaucoup sur les silences, les regards…Tout est une question de point de vue. Certains appellent cela le minimalisme, mais moi, j’aime bien quand l’imaginaire du spectateur prolonge celui du comédien. Le but de mes mises en scène et du théâtre en général vise, pour moi, à la conscientisation du regard du spectateur. Cette pièce parle de la beauté, du regard que l’on porte sur la beauté et son contraire la laideur. Avec « Side In/side out », je m’étais déjà posé ces questions sur la construction de l’identité, sur qui on est et pourquoi. Le vacillement de ce cette écriture pousse cette idée assez loin pour décaler le regard et faire en sorte que la machine s’emballe.

Plus d’infos sur le site de la Compagnie Un jour aux rives

Le Moche se jouera du  27 au 30 octobre à 21h au Théâtre de la Loge

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