Théâtrorama

« Je tiens à rendre hommage à toute mon équipe : 11 hommes formidables !!! » souligne Anne Barthel, metteure en scène de Bent de Martin Sherman qui se joue actuellement au Théâtre du Nord-Ouest dans le cycle « des prisons et des hommes ». Une mise en scène toute en finesse et en retenue qui porte un texte magnifique sur les triangles roses.

Pourquoi avoir choisi de monter Bent?
« Michel Mora ( Max ) et moi nous connaissons depuis 25 ans et c’est lui le premier qui m’a parlé de  » Bent ». Je ne connaissais pas cette pièce mais après lecture, j’ai été très touchée par l’écriture si sensible et si juste de Sherman. J’ai longtemps réfléchi avant de me lancer dans ce projet : comment aborder un sujet si douloureux ? Comment parler de telles souffrances sans les avoir jamais vécues ? Comment transmettre aux comédiens toute cette charge émotionnelle sans tomber dans le « pathos » ? Beaucoup de questions qui m’ont demandé une dizaine de jours avant de me lancer dans ce projet. »

La pièce a-t-elle été montée en vue du cycle « des prisons et des hommes »?
« La pièce a été monté en effet en vue du cycle « des prisons et des hommes ». Si Michel m’a parlé de cette pièce, c’est parce que nous conversions autour de ce thème qui était en projet au TNO. Le théâtre du Nord-Ouest fonctionne avec 2 cycles par saison : un cycle d’auteur puis un cycle à thème. »

Votre mise en scène a des accents cinématographiques. Vous êtes-vous inspirée  du film de Sean Mathias?
« J’ai beaucoup aimé la version de Sean Matthias mais difficile pour moi de m’en inspirer. Les moyens du film, le pouvoir de la caméra ne sont pas retransmissibles au théâtre. Par contre, la direction des acteurs est d’une grande justesse et correspond à ma manière d’aborder l’émotion au théâtre. »

Quelles sont les difficultés que vous avez rencontrées?
« Ce qui m’a semblé le plus ardu fut : comment parler en toute humilité de cette page d’histoire . Tant d’horreurs que nous n’avons pas vécues !!! Comment imaginer l’inimaginable ? »

Crédit photo Orélie Grimaldi

Comment êtes-vous parvenue à mettre le texte en valeur sans l’étouffer par la mise en scène?
« Je pense qu’un texte comme celui de Sherman est tellement fort qu’il suffit de se mettre à son service… Je suis des metteurs en scène qui font confiance à l’auteur. Quand un texte est bon, il n’y a qu’à le faire entendre. Le public le recevra dans toute sa pureté, dans toute son intelligence. »

La scène du Nord Ouest se prête parfaitement à la mise en scène, comment avez-vous aménagé l’espace?
« Avec le peu de moyen dont je disposais pour monter ce projet, il me semblait évident qu’il fallait jouer la carte de la sobriété : peu de décor, d’accessoires… le minimum pour symboliser les différents lieux de l’histoire. C’est le jeu des comédiens qui doit porter ce qui manque aux yeux. De plus, la scène du TNO est idéale pour projeter des lieux différents en lumière. Les niveaux, les marches, les escaliers permettent de travailler sur l’effet de perspective, d’isoler des espaces de jeu. Il m’a suffit de délimiter ces espaces par la lumière. »

Comment reproduire l’univers concentrationnaire sur scène?
« Pour reproduire cet univers concentrationnaire, j’ai utilisé l’escalier central en haut duquel un garde SS passe et repasse. Je voulais que l’on sente cette surveillance permanente qui engendre la méfiance et la peur. Sur le devant de la scène, deux simples fils séparent le public des prisonniers. Et les pierres que Max et Horst transportent inutilement jusqu’à l’épuisement. Il était important que les personnages soient enfermés entre pierres, fils barbelés et surveillance nazie. Bien que le plateau soit grand, ces frontières donnent au public une impression d’emprisonnement. »

Comment s’est passé votre travail avec les comédiens?
« Je crois que c’est grâce à une confiance mutuelle que le projet a pu aboutir. Nos échanges ont permis de chercher toujours plus loin la justesse des situations. La difficulté fut de trouver la juste limite dans l’émotion. Ne jamais tomber dans le pathos fut le mot d’ordre. Il nous semblait important de garder la pudeur que nous imposait notre ignorance. Je suis toujours resté à l’affût de ce qui semblait truqué, trop joué… j’ai éliminé les sur-jeux, les faux-semblants, les facilités… pour tenter de donner au plus juste l’histoire de ces victimes de la folie du nazisme.  »

La critique de Théâtrorama

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