Théâtrorama

Nous avions aimé la mise en scène de Face de cuillère qu’elle avait réalisée en 2014. Lucile Perain revient avec Brasserie, un texte de Koffi Kwahulé, où elle poursuit son travail de correspondances sensorielles…

Qu’est-ce qui vous a donné envie de mettre en scène le texte de Koffi Kwahulé ?
« L’angle d’attaque virulent de la farce sur une situation politique critique. La festivité des répliques. Le dynamisme de l’enchainement des scènes. La folie des personnages. Ils ont de vrais rêves : Magiblanche veut être aimée et reconnue, le Cap’taine-s’en-fout-la-mort veut rentrer dans l’histoire en rétablissant Babylone, le Caporal-Foufafou veut être riche et vivre dans le luxe… Des rêves qu’on peut avoir à 20 ans finalement… Et je savais que ça allait nous faire du bien de traverser ça, de pouvoir en rire, d’en faire quelque chose. Je dis « nous », parce que ce texte je l’ai choisi pour les comédiens de la compagnie Goudu Théâtre. On est un petit groupe à avoir fondé la compagnie ensemble et on avance main dans la main. Cette pièce, c’était notre énergie de jeunes qui veulent rêver, réenchanter, vivre pleinement les choses. »

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Avez-vous poursuivi votre travail en jouant avec les synesthésies cette fois-ci ?
« Oui… En quelques mots : la pièce est dorée, ambrée, elle brille, elle a la texture de la poussière, la légèreté d’une paillette. C’est comme Les Roses d’Héliogabale d’Alma-Tadema. Ça vole et c’est beau, mais ça étouffe les ennemis au premier plan du tableau. Au niveau de l’odeur, c’était de la pourriture et la poudre militaire. Un rapport un peu violent avec les paillettes… Après, il y avait le goût. Le comble de l’histoire, c’est que le texte pointe la bière comme goût de départ… Mais il y a 2 ans, je n’aimais pas la bière ! Alors au début ça a été un peu dur d’imaginer à quoi ça pouvait ressembler. Ce que je voyais assez bien c’était le côté un peu amer… On assiste à un coup d’état par quatre personnages foncièrement dangereux parce que « plus que fous à lier », comme le dit le Caporal en parlant de Magiblanche… »

Le thème de la pièce vous a inspirée ?
« Je me suis dit, il se passe la même chose dans notre rapport au monde : on est heureux de vendre des armes parce qu’on pallie à la crise et on veut une Rolex. En même temps, on fait des marches contre la guerre et on ne cautionne pas un certain nombre de trucs. Et tout ça c’est un paradoxe magnifique, parce que dans les deux cas on est sincère, et on veut les deux à la fois, tout aussi sincèrement : arrêter la faim dans le monde et ne pas cuisiner les restes qui s’accumulent dans le frigo… C’est le choc entre nos grandes valeurs et nos petites humanités et c’est tellement riche ! En fait, Dans Brasserie, c’est la même chose. On n’est pas d’accord, on voit bien que ça va tourner au vinaigre et que c’est une dictature qui s’établit mais on ne dit rien, ça nous fait rire alors on applaudit et on trinque avec les personnages. Mais qu’est-ce que ça veut dire pour nous, spectateurs ? Est-ce qu’on cautionne ? Est-ce qu’on sait que c’est de la fiction alors on s’autorise à ne pas voir les limites ? Il y a une réponse pour chaque buveur de bière, je crois. »

Brasserie
De Koffi Kwahulé
Mise en scène : Lucile Perain
Avec Gaspar Carvajal, Arthur Viadieu, Raphaël Plockyn et Magaly Teixeira
Scénographie : Marie Fricout (collaboration Pierre Lebon)
Lumières et régie : Hadrien Lefaure (collaboration Victor Mandin)
Réalisation sonore : Antoine Briot
Avec la voix d’Eve Coquart
Accessoires et costumes : Julie Montpellier (collaboration Jacqueline Chavanon et Marielle Viallard)
Vidéo et Régie Générale : Garance Coquart
Conseiller culinaire : Emmanuel Giraud
Crédit photo: Emmanuelle Stauble

Du 21 au 24 avril à 19h à La Loge

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