Théâtrorama

Loin du phénomène de foire dont certains présentateurs télé se plaisent à accentuer la fausse réalité dans le personnage que joue Brigitte Fontaine, Emmanuelle Monteil, habilement dirigée par Gerold Schuman, fait ressortir toutes les facettes d’une œuvre terriblement attachante et d’une femme aussi complexe que hors normes. Un spectacle fascinant.

On aime la dire folle, comme pour se rassurer de sa propre normalité. Elle le cherche certes bien un peu, entre une diction syncopée qui appuie certaines syllabes jusqu’à la déroute de l’auditeur, un look ravageur d’un autre temps, de « femelle préhistorique » et des textes qui, à la première écoute, semblent sortir d’un cerveau passablement dérangé. Mais ce que Brigitte Fontaine a de fou, c’est surtout l’imagination. Des dizaines de chansons qui ne se regardent jamais le nombril, gravitant dans les sphères parfois éthérées d’une vision du monde quasi démiurgique et que transcendent une syntaxe, un choix des mots et un sens aigu de la poésie.

Drôle, émouvant, apocalyptique…
Emmanuelle Monteil n’a pas choisi la facilité en décidant de théâtraliser l’univers de Brigitte Fontaine. Car la chanteuse et poétesse pare déjà son art d’une formidable aura théâtrale. S’accaparer ses mots, c’est risquer de les affadir. La comédienne sur scène, voix assez grave comme son modèle, va pourtant relever ce défi et nous faire (re)découvrir Fontaine sans jamais la trahir. Tour à tour drôle (« J’suis décadente »), bouleversante (dans l’histoire d’une mouche et d’un prisonnier) ou apocalyptique, avec une émotion à fleur de peau, elle ouvre grand le livre des fables de cette Fontaine dont la source semble ne jamais tarir et, grâce à un jeu d’une très belle intensité soutenu par une mise en scène aussi sobre qu’efficace, transcende ce monde en perpétuelle ébullition. Joliment accompagnée par David Aubail, musicien aussi éclectique qu’atypique, cette belle comédienne se fait l’humble relai entre son modèle et le public, sublimant tour à tour le premier et le second. Un très joli moment aux confins de la chanson, de la musique, de la poésie où toutes les muses se sont donné rendez-vous.

[note_box]Colère noire
De Brigitte Fontaine
Mise en scène: Gerold Schumann
Scénographie : Christine Bouvier
Avec Emmanuelle Monteil et David Aubaile (musicien)
Musique : David Aubaile
Photo : Pascal Gely[/note_box]

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