Dans une scénographie à la fois sobre et très esthétique, quasi mathématique, deux personnages se croisent, se fuient, se heurtent l’un à l’autre, se jaugeant en permanence sur une diagonale sans cesse réinventée par l’un ou l’autre : comme les animaux se reniflent, s’approchent, grognent de rage, de peur ou de désir ; tentent de s’apprivoiser, de s’approprier pour savoir s’il s’agira d’amour ou de mort.
A l’opposé de cette diagonale Uriel Barthélémi et Simon Drappier les accompagnent de leurs instruments, soulignant leurs états ou les bousculant de leurs sons! Les spectateurs font eux aussi partie intégrante de la scénographie, le dispositif en quadrifrontal accentue étrangement le huis clos dont la tension, palpable dès les premiers instants, laisse imaginer qu’aucun des deux n’en sortira indemne, aucun de nous.
Koltès met en lumière l’étrange des codes humains qu’il malaxe et travaille dans tous les sens possibles pour traduire ce que nous sommes sans doute : tantôt chiens tantôt loups, victimes ou bourreaux, vendeurs ou clients, offrants, offerts ou désireux…. Sans être jamais manichéen, l’intérêt est justement dans cette complexité qui fait de nous des êtres à haute potentialité ambivalente….
On en arriverait presque à se demander si ce texte ne serait pas un monologue : deux visages différents qui s’opposent et se cherchent dans une seule et même personne… Koltès explore, creuse, les questions en amenant d’autres, toujours. La mise en scène de Marine Mane est intelligente et souligne avec finesse le rapport évident entre ces deux et nous : tapis dans l’ombre, venus chercher on ne sait quoi au juste….
De Bernard-Marie Koltès
Metteur en scène : Marine Mane
Avec Clément Bresson – Fabien Joubert – Uriel Barthélémi (batterie & ordinateur) – Simon Drappier (contrebasse)
Scénographie : Bérengère Naulot












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