La Madeleine Proust est de retour dans la capitale pour un nouveau spectacle qui a déjà fait les beaux soirs du théâtre de l’Archipel où elle a accosté. Le public se gondole de fous rires largement justifiés. A cette irrésistible drôlerie s’adjoint un profond humanisme qui créé un bel équilibre à ce show détonnant d’efficacité. Un vrai coup de cœur.
Sur quel terrain d’entente peuvent bien se retrouver une Franc-Comtoise qui, dans sa thébaïde du Haut-Doubs, ressasse ses souvenirs et un jeune beur du « neuf trois » qui risque de finir en taule sans repasser par la case d’espoir ? L’une n’a son passé devant elle que lorsqu’elle se retourne, l’autre n’a guère d’avenir, où qu’il regarde. Même le mot « râper » n’a pas le même sens pour eux ! Et pourtant, lorsque deux êtres veulent, ils peuvent. Se rencontrer, s’apprécier, se comprendre, s’entre-aider…
C’est sur ce thème de l’ouverture à l’Autre que Lola Sémonin, alias la Madeleine Proust a bâti son nouveau spectacle. En partant de cette improbable rencontre sur laquelle naît un apprivoisement réciproque, elle dresse un constat sociétal d’une pertinente lucidité, que viennent étayer un humour décapant et des calembours percutants. Ainsi sont passés au crible « proustien » les nouvelles technologies, la politique, l’intégration, le racisme, l’économie ou encore l’inflation, cette chose étrange qui « lorsqu’on on est riche ne permet plus de se payer ce qu’on pouvait s’offrir quand on était pauvre ».
Ah, ce tissu à fleurs !
Des fusées dialectiques comme celle-là, la Sémonin en a plein les poches de son tablier de ménagère dont le tissu fleuri constitue un véritable personnage du spectacle. Elle en joue d’ailleurs avec habileté, conférant à sa Madeleine ce mélange de touchante bonhomie et de rigueur un poil avaricieuse. Habilement mis en scène, cet accessoire va plier la salle de gros fous rires autant que cet accent qui fleure bon le terroir.
Mais sous le vernis de cette drôlerie immédiate et efficace en diable, le propos laisse évader une infinie générosité, un humanisme salvateur et empathique qui, sans parasiter l’humour, va au contraire le servir, le nourrir, le sublimer. Paré d’un tel équilibre entre le rire et l’émotion, le comique de répétition et l’intelligence textuelle, ce spectacle est un pur moment de bonheur.
De et avec Lola Sémonin
Mise en scène : Béatrice Jeanningros, Caroline Loeb et Lola Sémonin












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