Une pièce de Woody Allen à Marigny ! Voilà une nouvelle qui a fait se lever plus d’une oreille, en particulier chez les amateurs du cinéaste new-yorkais, et ils sont nombreux. Pour cette fin de saison, c’est ainsi l’histoire du film Whatever Works, sorti en salle en 2009, que nous avons eu le plaisir de découvrir sur la scène de Marigny. Oui, j’ai bien dit le plaisir…

Le Théâtre Marigny a des bons moyens, et ça se voit. Décors modulables à toutes les sauces, projections vidéo… Rien n’est trop beau pour cette pièce, adaptée par Daniel Benoin, qui s’annonce déjà comme un des grands succès de cette saison 2011-2012. Avec Michel Boujenah en tête d’affiche, et les lunettes de Woody Allen en illustration, on sait aussi que ce succès ne tiendra pas qu’aux décors, ni au théâtre en lui-même…

Whatever Works, ou Après tout, si ça marche…, débute en racontant la vie de Maurice Grossman, un sexagénaire misanthrope et désabusé, et qui rate tout ce qu’il entreprend : de son mariage à son Prix Nobel, il a même réussi à louper son suicide. On le découvre alors dans un décor parisien (seul grand changement par rapport au film de Woody Allen), descendant des verres de rouge aux terrasses des cafés, avec ses amis philosophes. On le découvre seul et grincheux, avec une barbe blanche, et des vêtements mal assortis. Antipathique et cynique à souhait, il est le parfait modèle du personnage Allenien, dans toute sa splendeur. Celui que nous adorons détester. Son chemin va ensuite croiser celui de Melody, une poupée blonde tout droit venue de Province, qui ne connaît rien à rien, ne comprend rien à rien. Une longue histoire va les mener jusqu’au mariage, et plus rien ne sera jamais comme avant.

Le sarcasme et le cynisme de Woody Allen
Plus qu’un cinéaste, Woody Allen est déjà est une légende. Son humour est inimitable, ses gags authentiques. C’est avec plaisir que nous constatons que l’atmosphère du cinéaste (enfin, de la légende), est plus que jamais respectée. Michel Boujenah, qui n’avait pas foulé une scène de théâtre depuis 2009 (où il jouait déjà dans une pièce mise en scène par Daniel Benoin, L’Argent des Autres), endosse à merveille le rôle du vieil hypocondriaque, spécialiste de physique cantique, et qui a en horreur la jeunesse, la gaité et la légèreté.

Les dialogues sont pertinents et drôles, sans fausse note, ce qui deviendrait presque rare. Le rire sort de bon cœur, malgré les quelques lourdeurs inévitables d’une adaptation cinématographique : on pense, notamment, à la scène de l’album photo, qui n’apporte rien à la pièce de théâtre. Mais on a aimé la transposition parisienne, la transformation de la mère de Melody, interprétée par Cristiana Reali, en bobo de gauche, libérée et frivole, qui troque chignon contre décolleté plongeant.
Cette fable parisienne ressort véritablement comme une belle réussite. La beauté de cette pièce passe, tout d’abord, par les imprévus répétitifs. Les situations les plus cocasses s’enchaînent, sans pour autant nuire à la trame narrative, qui ne s’en trouve, à vrai dire, que plus folle. Si la pièce ne laissera probablement pas un souvenir impérissable, nous nous accordons pour dire que, malgré tout, c’est un bon moment de théâtre.

Après tout, si ça marche…
Adapté du film de Woody Allen Whatever Works
Mise en scène et adaptation : Daniel Benoin
Avec Clément Althaus, Bruno Andrieux, Nora Arnezeder, Matthieu Boujenah, Michel Boujenah, Paul Chariéras, Jonathan Gensburger, Charlotte Kady, Eric Prat et Cristiana Reali
Décors Jean-Pierre Laporte
Lumière Daniel Benoin
Costumes Nathalie Bérard-Benoin
Vidéo Paolo Correia
Assistant à la mise en scène et musique Clément Althaus