La tragédie de Sophocle, dans une belle traduction qui fait ressortir toute l’intemporalité du propos, est ici présentée avec un parti pris de jeu éminemment classique auquel se greffe un contrepoint musical beaucoup plus moderne. Le résultat surprend, peut dérouter mais dignement défendu par d’excellents comédiens, il constitue un bel objet théâtral et un intéressant outil pédagogique.
Pour avoir enterré son frère rebelle Polynice, tué dans sa lutte avec son frère Étéocle, Antigone qui a enfreint le décret de Créon doit être punie de mort. Le tyran refuse de revenir sur sa décision malgré les lamentations du chœur des vieillards de Thèbes et les supplications de son propre fils Hémon, fiancé d’Antigone.
Dans un décor très épuré, la tragédie qui se joue se pare d’une double orientation, comme pour mieux symboliser toute la dualité du sujet. Le texte vieux de 2400 ans, dans une très belle traduction de Jean et Mayotte Bollack, résonne de modernité, voire d’intemporalité, en particulier dans l’évocation du pouvoir et de ses débauches. Pour conserver à la fois cette sécularité et ce modernisme, la poire a été partagée en deux. Les comédiens jouent très classiquement et la nature des chœurs, apanage indispensable à toute tragédie grecque, sera bien plus ancrée dans une réalité moderne.
Un texte passionnant
Si l’on excepte le choix assez hasardeux et pas très judicieux de confier quatre rôles à un même comédien (qui s’en sort pourtant très honorablement), la distribution est brillante. Le jeu, très étiré dans les élocutions, laisse le texte faire son effet sur le spectateur et confère à l’ensemble une tenue empreinte d’un classicisme certain. Un parti pris pleinement assumé qui pourra déranger autant que le télescopage opéré par Olivier Broda entre modernité et classicisme.
Car si le jeu se range du côté de la diction telle qu’elle se pratiquait il y a encore quelques décennies, les chœurs vont lorgner davantage vers un certain modernisme auxquels se mêlent également des éclairages où domine le rouge conférant beaucoup de classe et de tenue à l’ensemble. Reste que ces parties chantées n’allègent pas vraiment le propos et auraient même tendance à trop scinder ce texte passionnant.
De Sophocle
Traduction : Jean et Mayotte Bollack
Mise en scène : Olivier Broda
Avec Alain Macé, Maëlle Dequiedt, Sylvain Fontimpe, Laetitia Lambert, Claire Mathaut, Anne-Laure Pons, Eve Weiss
Crédit photo : Claire Leroux














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