Nous voilà arrivés à la moitié du Festival de l’Imaginaire proposé par la Maison des Cultures du Monde. Et on peut sans conteste affirmer que cette première partie du festival nous a livré de véritables joyaux du patrimoine culturel immatériel.
Et pour commencer, le fabuleux spectacle « Bongsan Talchum » de la troupe coréenne Bongsan Mask Dance à qui on peut décerner une mention très spéciale. Dès les premières secondes, lorsque la troupe de comédiens fardés de masques blancs et leur magnifique lion fendent les spectateurs pour arriver sur scène, on sent déjà qu’on va assister à un extraordinaire moment… Tour à tour musiciens, acteurs, danseurs, les membres de la troupe nous éblouissent par leur talent. Sur un rythme enlevé, ils enchainent leurs saynètes satiriques, sortes de contes fabuleux, où l’humour est omniprésent. Avec des masques d’une incroyable beauté et d’une troublante expression, ils nous capturent facilement dans leur univers onirique comme avec la scène du singe ou des petits vieux. Mais le clou du spectacle reste le lion, tout simplement extraordinaire. Il vit sous nos yeux, bondit, acquiesce, se dresse sur ses pattes pour nous paraitre infiniment grand. Et notre âme d’enfant en prend un sacré coup ! Une bête hallucinante qui n’a rien à envier au plus beau des dragons chinois. L’autre grand moment du Festival ce sont les marionnettes indiennes du Karnataka et leur spectacle « Yakshagana ». Cette tradition remonte à deux siècles et s’est transmise de générations en générations. Et là encore, quelle dextérité de la part des manipulateurs, quel humour incroyable dans l’histoire qui nous est contée ; peuplée de dieux, démons et guerriers tout aussi impressionnants les uns que les autres. Ils volent, tournoient, dansent, prennent presque feu ! Les marionnettes sont belles et magnifiquement peintes. Mais toute aussi passionnante est la démonstration qui nous est faite à l’issue du spectacle où les manipulateurs paraissent et nous délivrent leurs secrets. Et lorsqu’on voit un manipulateur danser au même rythme que sa marionnette, on assiste véritablement à un autre spectacle tout aussi magique !
La suite ! La suite !
Le Festival de l’Imaginaire reprend fin avril avec deux concerts qui mettront le Maroc à l’honneur. Tout d’abord, « Amdah, odes mystiques » de l’orchestre Arabo-Andalou de Fès, l’un des plus anciens et prestigieux du Maroc. Les Amdahs sont des chants de louange au Prophète, développés par les confréries soufies et seront interprétés à capella dans le cadre exceptionnel de la Galerie Daru du Musée du Louvre. Le même ensemble présentera le lendemain « La Nûba classique » à l’Auditorium du Louvre. Les Nûba sont essentiellement profanes. Elles chantent l’amour, l’amitié, le vin, les jardins odorants, la beauté d’un soleil couchant ou la douceur d’une nuit d’ivresse. Début mai, c’est l’Albanie qui présentera « Zikr Rifaï ». Les Rifaï sont l’une des confréries soufies qui jouèrent un rôle essentiel dans la diffusion de l’islam dans les Balkans. Le Zikr est la cérémonie de remémoration et d’extase. Prières, versets du Coran, litanies et louanges en arabe et en albanais se succèdent, chantés en solo ou en chœur. L’Albanie toujours avec les « Chants du Pays des Aigles », traditions musicales guègue, labe, tosque et tchame. Chants épiques, éloge d’une femme, d’un paysage ou nostalgie d’un pays perdu, le répertoire est immense et sans cesse renouvelé. Changement radical de destination avec le Pérou et « Les Qhapaq Negro de Paucartambo ». Chaque été, à Paucartambo, paisible bourg de l’Altiplano péruvien, plusieurs milliers de participants envahissent les rues pour célébrer la Virgen del Carmen, affectueusement appelée Mamacha Carmen.
Les Qhapaq Negro, l’une des confréries de danses et de musiques costumées et masquées (las cuadillas), incarnent un groupe d’esclaves noirs amenés dans la région pour travailler dans les mines et qui se seraient échappés lors des fêtes de la Vierge afin d’y participer. Les masques représentant un visage africain aux traits exagérés dont l’expression varie subtilement d’un danseur à l’autre nous promettent un beau spectacle. L’Inde sera à nouveau présente en mai avec « Vidha Lal, danse Kathak ». Le Kathak est l’une des six danses classiques indiennes et la plus réputée de l’Inde du nord. La technique du Kathak est unique. Elle se distingue par de brillantes variations de rythmes, par les ruptures brusques donnant un sens dramatique à la danse, par le travail des pieds, fort et subtil, contrastant avec la souplesse des bras et du buste. De la musique encore, début juin, avec deux groupes des Bahamas, « The Andros Jubilee singers + Bohog and the Rooters ». Aujourd’hui, sur Cat Island, il y a le Rake’N’Scrap (littéralement, « racler et gratter »), une musique populaire et dansante qui fait appel à ces instruments « détournés », notamment la fameuse scie de menuisier grattée avec une lime ; une musique rare que le groupe Bohog représente. Quant au groupe Andros (nom d’une autre île des Bahamas), il se réclame plutôt des Anthems et Rhyming Spirituals qui sont des chants proches des negro spirituals américains. Á découvrir donc. L’Inde, très présente encore cette année, présentera les chants et tambours du rituel « Sankirtana » ; un rituel mystique et extatique lié au culte de Krishna, divinité parmi les plus aimées de l’immense panthéon hindou. Ce cercle mystique est le fait de sociétés religieuses semi-nomades d’origine birmane. Au fil du rituel, le mouvement des corps s’accélère au rythme entêtant des tambours et des cymbales qui, ornées de longues mèches de laine colorée, mettent en valeur la gestuelle des musiciens, surprenante de dextérité. Un spectacle rarement présenté à l’étranger et, attention, c’est au quai Branly. Enfin, le festival se clôturera avec « Escales musicales à Cabo Verde », honneur au Cap-Vert et à ses vingt-cinq artistes invités pour deux heures de « saudade » et « felicidade ». De quoi finir le festival en beauté et en musique festive ! A ne pas oublier aussi, la journée du Patrimoine Culturel Immatériel le 3 juin et l’exposition « Le PCI, qu’est-ce que c’est ? » à Vitré en Bretagne. Allez, bonne fin de festival et vivement l’année prochaine !
Amdah, odes mystiques (Maroc) / au Musée du Louvre, Galerie Daru
Samedi 28 avril à 20h30
La Nûba classique (Maroc) / à l’Auditorium du Louvre
Dimanche 29 avril à 17h
Zikr Rifaï (Albanie) / à la Maison des Cultures du Monde
Jeudi 3 mai et vendredi 4 mai à 20h30
Chants du Pays des Aigles (Albanie) / à la Maison des Cultures du Monde
Samedi 5 mai à 20h30 et dimanche 6 mai à 17h
Les Qhapaq Negro de Paucartambo (Pérou) / à la Maison des Cultures du Monde
Samedi 12 mai à 20h30 et dimanche 13 mai à 17h
Vidha Lal, danse Kathak (Inde) / à la Maison des Cultures du Monde
Samedi 19 mai à 20h30 et dimanche 20 mai à 17h
The Andros Jubilee singers + Bohog and the Rooters (Bahamas) / à la Maison des Cultures du Monde
Vendredi 1er juin et samedi 2 juin à 20h30
Sankirtana (Inde) / Théâtre Claude Lévi-Strauss – Musée du quai Branly
Vendredi 8 juin et samedi 9 juin à 20h30 et dimanche 10 juin à 17h
Escales musicales à Cabo Verde (Cap-Vert) / à la Maison des Cultures du Monde
Vendredi 15 juin et samedi 16 juin à 20h30 et dimanche 17 juin à 17h
Le PCI, qu’est-ce que c’est ? (exposition) / Centre français du patrimoine culturel immatériel • Maison des Cultures du Monde à Vitré
Crédit photo: JM Steinlein












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