C’est d’un fait divers que la jeune metteuse en scène roumaine Alexandra Badea s’est librement inspirée et emparée. Marseille, 2007, le rassemblement contre l’expulsion en Turquie d’un réfugié kurde sans-papiers de 18 ans n’aura pas lieu. Ce dernier a mis fin à ses jours dans sa cellule. Un cas parmi d’autres. Pour la metteure en scène, le pire est le silence qui entoure ces drames humains. Au-delà des chiffres et au-delà de termes deshumanisants comme «reconduites à la frontière » ou « flux migratoires », qu’on nous assène médiatiquement et politiquement, elle a voulu remettre l’humain au centre du débat. « Contrôle d’identité » est l’histoire d’un jeune réfugié qui subit de la part des autorités administratives et policières du pays « d’accueil » tous les contrôles possibles et inimaginables simplement parce qu’il demande le statut de réfugié politique. Sa vie va alors devenir un enfer : banni de tous côtés, blessé dans sa chair, il est pris dans un engrenage terrifiant alors que sa bonne foi sera reconnue un peu tard. La pièce dénonce avec une force particulière tous les stades d’humiliation que vivent ces êtres humains à la merci des représentants de la loi et de l’État. Bernard Magnier, conseiller littéraire du Tarmac, en parle en ces termes : « C’est un homme sans histoire mais aussi sans pays, sans passeport, sans mémoire, sans bagage, sans meuble et sans archive. (…) Exclu, rejeté, seul, il va reconstituer l’enfer du décor. Le pays maudit. La fuite, le passeur. L’arrivée en France…. L’accueil ! Brutalité de l’exclusion. (…) Alexandra Badea nous propose des paroles nues, crues, brutes, abruptes… Abruptes comme la peur au ventre (…) comme une fouille, une traque, comme…un contrôle d’identité. ». Voilà, à quelques semaines des élections, à un moment où le thème de l’immigration resurgit comme un diable sortant de sa boite, à un moment où le discours du Ministre de l’Intérieur se durcit comme jamais, « Contrôle d’identité » résonne comme un témoignage nécessaire, citoyen et humain pour sauver, s’il en est encore temps, le peu de dignité qu’il nous reste. A voir absolument.

Contrôle d’identité
D’Alexandra Badea
Par la compagnie Europ’artes
Mise en scène : Alexandra Badea
Avec Madalina Constantin, Corentin Koskas, Carine Piazzi, Razvan Oprea