Jean-Paul Muel débute sa carrière dans les années 70 en devenant membre du fameux Magic Circus de Jérôme Savary. Depuis, il n’a cessé d’alterner des rôles au théâtre, au cinéma ou à la télévision. On a pu le voir dans de nombreux films devenus cultes comme « Papy fait de la résistance », « Les Visiteurs » ou « La Môme » dans lequel il interprète Bruno Coquatrix. Au théâtre, il est dirigé par Jean-Pierre Vincent, Jean-Claude Brialy, Gérard Desarthe, Jacques Weber, Bernard Murat ou encore John Malkovich. En plus de slalomer brillamment entre classiques et textes contemporains, Il aborde la comédie musicale aux côtés de son compère Alain Marcel dans « Les Pédalos ». En 2006, il croise le chemin de Pierre Guillois, ancien directeur du Théâtre du peuple de Bussang, qui organise un fabuleux festival d’été où la scène s’ouvre comme par magie sur la nature ! C’est ainsi qu’il y joue entre autres Mère Ubu dans « Ubu Roi » et continue l’aventure avec « Le Gros, la Vache et le Mainate ». Dans cette opérette complètement barge, irrévérencieuse à souhait et trash à mourir de rire, Jean-Paul Muel interprète avec une énergie et un abattage hors du commun un rôle écrit pour lui et taillé à sa mesure, la tante Schmurtz ; sorte de Tatie Danielle sous exctas, vilaine, acariâtre et obsédée sexuelle qui rend visite à son neveu… euh… enceint ! La performance de l’acteur et son art du travestissement sont tels que, très vite, on croit dur comme fer à cette vieille garce plus vraie que nature sauf quand, évidemment, l’acteur lui-même décide de refaire surface ! Mais les personnages du spectacle, happés dans cette frénésie poétiquement drôle et délicieusement cruelle, ne sont jamais très loin de nos propres travers et nous apparaissent, au final, éminemment sympathiques. Rencontre avec la fameuse tante Schmurtz.

Comment est né ce projet hors norme et ô combien singulier, « Le Gros, la Vache et le Mainate » ?
« Il y a six ans, lorsque Pierre Guillois m’a engagé pour jouer la Mère Ubu en après-midi au Théâtre du peuple, on faisait patienter le public pour le spectacle du soir grâce à des petites formes dans le parc de Bussang. Et il y en avait une qui s’appelait « Les connes » écrite par Pierre, sous forme de sketches entre deux vieilles femmes sur des sujets de société. J’avais trouvé ces textes formidables, insolents, gonflés, irrésistibles. Et j’ai soumis à Pierre l’idée de partir de ces textes pour en faire un spectacle complet avec l’envie de jouer une de ces deux tantes ! Pierre a ensuite eu l’idée d’écrire une trame un peu plus vaudevillesque avec l’histoire d’un couple d’hommes dont l’un est enceint et pour aider à l’arrivée du bébé, débarquent Tante Schmurtz et Tante Chose qui se haïssent. A partir de là, les choses se sont réellement construites : les dialogues entre les deux vieilles et la trame dramatique dans son ensemble. Puis, en travaillant avec Olivier Martin-Salvan, un acteur très élastique, Pierre a eu l’idée d’ajouter les séances de zapping télés comme pour jeter un regard plus contemporain aussi sur l’écriture. L’idée du metteur en scène qui intervient pour calmer les acteurs, etc… est arrivée par la suite sous formes d’improvisations ; Bernard Menez assistait à nos premières répétitions pour comprendre ce qui se passait sur le plateau et intervenait sur les propositions des uns et des autres. Au départ, Bernard était un peu abasourdi en entendant ce texte graveleux et scandaleux mais petit à petit il s’est fait à l’histoire ! Enfin, Pierre a toujours rêvé de mettre un rôle récurrent dans ses pièces et comme les deux vieilles sont des obsédées sexuelles, il a pensé à ce personnage (joué par un stripteaseur) qui vient sonner à la porte régulièrement, habillé en pompier ou en postier, et qui, toujours par accident, finit par montrer ses attributs ! »

Comment avez-vous abordé ce personnage trash et déjanté de tante Schmurtz et avez-vous pris plaisir avec votre camarade de jeu, Pierre Vial, à vous travestir ?
« Au départ, on ne décide pas que les personnages soient déjantés ou trashs : on part du texte et on essaie de le jouer le plus sincèrement possible, le plus vrai possible. On sait que les textes sont un peu provocants, particuliers mais Il n’y a pas un désir absolu d’être déjanté ou trash. Moi j’ai l’impression d’être normal bien que le personnage nous apparaisse anormal. C’est un vrai plaisir de se travestir, oui. J’aime beaucoup jouer les femmes mais plus qu’une femme, c’est plutôt un caractère de théâtre que j’interprète. J’espère qu’inconsciemment une part de ma féminité ressorte. Mais je ne change pas de voix, ni d’attitude en particulier. Je dis toujours que pour jouer une femme, c’est assez simple, il ne faut rien faire : juste mettre une robe, une perruque et des talons et d’un coup le personnage apparait. Et quand on a la chance d’être costumé et « perruqué » d’une façon intelligente et précise, ça marche parfaitement ! C’est amusant la différence entre Pierre Vial (tante Chose) et moi : je suis plutôt une espèce de « cagole » niçoise et Pierre ressemble à une paysanne du Berri ! C’est un véritable plaisir de voir la gourmandise qu’a Pierre à s’habiller en femme, à dire toutes ses abominations (lui qui vient de la Comédie Française !) ; un plaisir de voir cet homme de quatre-vingt-trois ans d’une éternelle jeunesse avec cette envie de bouffer la vie, de bouffer ce qui est nouveau. Et comme mon but est d’être dans la mouvance, de ne jamais s’endormir, d’être toujours en éveil, Pierre est pour moi un véritable exemple. J’ai quinze ans de moins que lui et je ne souhaite qu’une chose : être comme lui à son âge pour continuer à aller jusqu’au bout des choses. Un jour, je l’ai vu arriver à l’audition avec le désir de jouer son rôle comme un jeune comédien de dix-huit ans qui essaie de convaincre et ça m’a beaucoup touché. »

Quels sont vos nouveaux projets ? Y’aura-t-il une suite avec le Théâtre du peuple de Bussang ?
« J’ai des projets auxquels je n’ai pas encore donné d’accord définitif car Il est très possible que l’aventure de « Le Gros, la Vache et le Mainate » continue avec une nouvelle tournée, l’envie de rejouer le spectacle à Paris. Suite à ma collaboration récente avec Yves-Noël Genod au Théâtre de la Cité internationale, j’ai très envie aussi de continuer à travailler dans ce milieu de la performance, des circuits hors théâtres, marginaux pour rester dans l’action, dans la création et la nouveauté. Quand à Bussang, mon histoire avec ce théâtre est liée à mon histoire avec Pierre Guillois qui n’en est plus le directeur. Du coup, ce n’est plus vraiment mon projet artistique. Pierre est, comme je le dis souvent, la rencontre de mon « troisième âge d’acteur » et c’est ensemble que nous avons collaboré sur trois spectacles à Bussang. Je l’aime profondément, on a les même envies, les même goûts et c’est donc plutôt lui que je suivrais n’importe où parce que c’est un véritable bonheur de travailler avec lui. «

Le Gros, la Vache et le Mainate
Opérette barge de Pierre Guillois
Mise en scène : Bernard Menez
Avec : Pierre Guillois, en alternance avec Gregory Gerreboo, Olivier Martin-Salvan, Jean-Paul Muel, Luca Oldani, Pierre Vial / Au piano : Laurian Daire ou Chris Cody