On le savait anarchiste, rebelle, révolté. On se le représentait souvent avec le point levé, les yeux fermés sur une réalité qu’il exécrait parfois mais toujours avec le verbe haut.

Dans la rue comme à la scène il s’habillait de noir, avec une sobriété insolente. Parfois quelques zébrures de rouge traînaient sur les affiches. Un projecteur lui suffisait. Ferré, c’était cet homme en blouson de cuir, clope aux lèvres cheveux hirsutes, c’était le soldat infatigable d’une lutte pour un monde plus juste. Mais il était tendre aussi. Capable de chanter l’amour comme personne. Voilà le visage que ce spectacle veut souligner du poète.

La sélection des textes s’établit principalement sur la période de 1950 à 1970. On en retrouve certains signés de Jean-Roger Caussimon et de Louis Aragon. De quoi découvrir ou réécouter quelques chansons présentées sous un angle nouveau, plus doux, plus apaisé, plus féminin. Les arrangements musicaux sont de toute beauté. Avec une couleur jazz envoûtante, Bertrand Ravalard au piano et son complice Lionel Mendousse au violon habillent la scène, et réinterprètent les grands thèmes musicaux sans les dénaturer. Bien au contraire, on entend la voix de Ferré dans chaque note de piano et de violon.

Aller simple pour Ferré
Dans cette ambiance très intime du Lucernaire, on peut toutefois se demander si l’utilisation d’un micro est bien judicieuse. D’autant que dans les moments acoustiques Sandra Aliberti n’en était pas moins audible, peut-être même plus touchante, plus libre et plus proche. La scénographie semble trop peu exploitée. À quelques moments des jeux de lumières, hélas trop peu nombreux, donnent des images intéressantes. Mais dans l’ensemble il s’agit d’un très bon moment, porté par un public de Léophiles, où l’on sent émaner des trois artistes un respect et une reconnaissance pour Léo Ferré qui font de ce tour de chant un hommage délicat. Le maître n’est pas loin. Nul doute qu’en rentrant chez eux les spectateurs ne songent à ressortir du grenier les vieux vinyles ou les caisses de disques de cet anarchiste au grand cœur.

Des voyageurs dans ta voix… Ferré
Par la compagnie Canopée
Textes de Léo Ferré, Jean-Roger Caussimon, Louis Aragon.
Piano : Bertrand Ravalard
Violon : Lionel Mendousse
Chant : Sandra Aliberti
Accompagnement mise en scène : Laure Pierredon