Tous les ans le théâtre de la Jonquière accueille plusieurs jeunes compagnies dans le cadre d’un dispositif d’aide à la jeune création. Cette programmation, quelque peu en dehors des chemins battus, peut de temps en temps réserver de bien surprenantes trouvailles. « Souviens toi de tes plaisirs » fait parti de ces découvertes.

Sur scène il ne sont que quatre, et c’est néanmoins toute une fresque historique qui nous est présentée. D’un bordel de Paris à un camp retranché de Stalingrad, c’est à l’heure de la seconde guerre mondiale que se situe cette histoire rocambolesque. Il y a d’abord des putes, qui vivent une guerre à leur façon, un allemand qui doit venir puis un maquisard qu’il est question de juger avant que le spectateur ne soient projetés à Stalingrad face à quelques soldats désabusés… Une succession de figures mettant en scène l’absurdité d’une époque, ses contradictions et ses luttes dont une partie est dénuée de cohérence.

« La valeur n’attend pas le nombre des années » ( Le Cid, II 2 )
Le talent est au rendez-vous de cette création collective. L’énergie est remarquable, les performances d’acteurs le sont également. Les comédiens sont jeunes mais ne manquent pas de panache. Aux travers de quelques maladresses quasiment anecdotiques on sent chez ces acteurs une puissance de jeu à en faire frémir certains professionnels aguerris. Notons particulièrement le style et l’interprétation éblouissants de Baptiste Dezerces qui porte haut la parole de l’auteur et la sert avec une justesse singulière. Lisa Guez signe quant à elle une mise en scène haute en couleur, virevoltante, riche et esthétique sans pour autant s’y éparpiller. Elle fait preuve d’un professionnalisme certain. Les tableaux s’enchaînent avec un souci du détail et du rythme. Elle porte en avant les acteurs grâce à une scénographie utilisée à bon escient et une mise en lumière simple, belle et efficace.

On peut regretter toutefois le contraste entre un jeu charnel, sensible et un texte un peu trop littéraire. La densité de ce dernier en devient presque vertigineuse. Si la parole semble être le cœur de cette création, les personnages finissent par y être totalement assujettis. Et c’est finalement grâce à la force du jeu d’acteur qu’ils récupèrent la parole, par intermittence. Le reste du temps c’est la voix d’un seul qu’on entend, qui aurait beaucoup à dire, et qui maîtrise le verbe avec la méticulosité d’un orfèvre.

Une compagnie dans les starting-blocks
La compagnie Juste avant a fêté son premier anniversaire il y a deux mois. Une jeunesse qu’elle revendique d’ailleurs, puisque sa motivation originelle est de réunir de jeunes artistes « juste avant » leur professionnalisation afin d’ouvrir un espace de création et de plaisir. Voilà une démarche qui vaut d’être soulignée d’autant qu’elle n’est pas exempte d’une rigueur professionnelle. Après la création de « La nuits juste avant les forêts » de Bernard-Marie Koltès, « Souviens toi de tes plaisirs » n’est que la seconde création de cette équipe, ce qui ne peut présager qu’un avenir brillant.

Souviens toi de tes plaisirs
De Gabriel Galand
Mise en scène de Lisa Guez
Scénographie de Benjamin Fourcy
Avec Valentine Bois, Lola Cambourieu, Baptiste Dezerces et Raphaël Henriot