2 chaises, une table, 3 acteurs et un talent fou ! Voilà presque ce qui pourrait résumer en quelques mots la création au Théâtre de l’Opprimé de la jeune compagnie Sylphide, « Si ce n’est toi ».
S’emparant de cette tragédie futuriste d’Edward Bond, située en 2077, dans un monde aseptisé et cruel où le chacun pour soi prédomine, où on se surveille mutuellement, où chaque acte a sa signification et sa conséquence et où se souvenir du passé est proscrit, le metteur en scène Simon-Pierre Ramon traite du thème de la construction et de la déconstruction de tout ce qui nous constitue et de tout ce qui nous entoure. En s’appuyant sur trois acteurs talentueux qui réussissent à porter le texte difficile de Bond, il parvient à créer brillamment et subtilement un univers abstrait et épuré où tout doit nécessairement trouver sa place. Un carré dans un carré, une omniprésence d’un blanc immaculé, un jeu d’ombres et lumières et un plateau éclaté pour briser les frontières convenues du théâtre emprisonnent des personnages condamnés à se chercher, à se tourner autour, à protéger farouchement leur territoire (et leur fameuse chaise) et qui finissent par se déconstruire. « Si ce n’est toi » par la compagnie Sylphide est un véritable petit bijou qui nous angoisse, nous questionne, nous fait rire, rire jaune souvent et nous tient en haleine d’un bout à l’autre de la représentation. Et c’est aussi un véritable coup de maître lorsqu’on sait que c’est la première mise en scène de Simon-Pierre Ramon, acteur de formation, à qui nous avons posé quelques questions pour démêler davantage les fils de cette aventure…
Comment vous est venue l’idée de monter « Si ce n’est toi » ? Qu’est-ce qui vous a particulièrement attiré dans cette pièce futuriste de Bond ?
“Elle parle du futur d’une façon juste et extrêmement crédible. L’évolution de notre société et des rapports humains y sont dévoilés dans tout ce que l’Homme a de plus cruel et de plus clownesque. Rabaisser son conjoint pour une chaise parce que c’est notre seul objet personnel, parce que le gouvernement a décrété que nous n’avions besoin que de cela. “Réaménager des zones”, qu’est-ce que ça veut dire ? Sur quels critères peut-on priver une population de son intimité et l’éduquer dans le refus de son passé ? Un souvenir, ce qui nous définit en somme, serait illégal ? Bond peint un tableau d’humains violemment touchant, qui écoutent plus leurs peurs que ce qui les animent. L’essentiel problème de notre manque de communication.”
Sur scène, on bascule continuellement entre un éclatement des frontières conventionnelles du théâtre et une concentration intense sur les trois protagonistes au centre du plateau, expliquez-nous cette démarche et comment ce travail a évolué avec les acteurs ?
“J’adore les ruptures de codes, de jeu ou spatiaux. Au lieu d’abasourdir un spectateur de techniques, je pense qu’il faut donner un relief de rythme, d’énergie et d’écoute à une œuvre. C’est là qu’on la sert et qu’elle prend sa saveur. Ce ne doit pas être systématique mais cette pièce parle de codes qui s’ébranlent pour que l’humain rejaillisse. La structure de la mise en scène ne pouvait en être autrement si je voulais rester fidèle à l’auteur et son œuvre. Les comédiens se sont plongés dans ces univers et en explorent encore les limites, elles sont un vrai appui de jeu, de sens aussi, et presque un autre partenaire. Nous avons travaillé avec différentes méthodes, toujours proches pour être au plus près des comédiens mais dans un cadre très restreint, car la contrainte est la première source de jeu.”
C’est votre première mise en scène : quelles ont été vos appréhensions, vos angoisses et sur quoi avez-vous pu vous reposer pour effectuer le grand saut ?
“Sur mes convictions! Croire en l’autre, je pense. Voir la rose et non pas les épines. Je vois trop de spectacle qui parle de “l’humain” et qui n’en est qu’un prétexte à création. J’avais envie de parler d’amour pour l’autre, sans que ça devienne un “concept hippie” ni une imposture. J’ai rencontré cette œuvre grâce à un ami et je me suis “fidéliser” à celle-ci, je veux dire que j’ai trouvé l’énergie de la mettre en scène parce qu’elle m’animait, je la trouve généreuse et intelligente. Un texte qui serait moins proche de ces thématiques m’aurait plus angoissé et je n’aurais peut-être pas pu être à la hauteur. Trouver l’essentiel et le partager. Et écouter avant d’agir.”
d’Edward Bond
Mise en scène : Simon-Pierre Ramon
Avec : Xavier Besson (Grit), Jean-Aloïs Belbachir (Jams), Marik Renner (Sara)
Scénographie/Costumes : Benoit Grégoire
Lumières : Tanguy Gauchet













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