Depuis sa création en 1966 et le scandale qui l’a entourée, Outrage au public, première œuvre théâtrale de Peter Handke, est devenu un classique du théâtre contemporain. Comme une contradiction de plus. Le problème, c’est que le texte a été tellement joué et entendu dans tous les sens que l’outrage s’est estompé. Et qu’aujourd’hui, même avec la meilleure volonté de Peter Van Den Eede et de la Compagnie de Koe, le café est un peu tiède.
Dans la pièce, Peter Handke s’amuse à quelque chose de très simple en apparence – déconstruire toute illusion, toute idée de représentation, nier l’artifice pour ne faire que parler de ce qu’on ne fera pas – pour aboutir à un dévoilement de contradictions insurmontables. Et, nécessairement, d’autant qu’on a l’habitude maintenant, cette impossibilité qui apparaît de ne pas être en représentation, de s’affranchir des codes, de mettre les choses à plat, qui est plus ou moins violemment démontrée sur scène a des résonnances dans la vie. Ce dont parle la pièce, ce dont parle Handke de manière assez générale, au-delà de la dénonciation de l’illusion, c’est des règles et des comportements. De notre vie automatique, dans ce qu’elle a d’automatique.
« Vous ne serez pas satisfaits dans vos attentes. » C’est vrai.
On comprend, bien évidemment, l’attrait que peut avoir un tel texte. On comprend moins, par contre, le besoin de nous le montrer encore avec des acteurs face public, en adresse directe… Si ce n’est peut-être qu’il n’y a absolument aucun autre moyen de le jouer. Mais, alors, qu’est-ce que ça dit de neuf ? N’était-ce pas tout l’intérêt du propos de Handke à l’époque que de rompre avec tout ce qui avait été fait, que d’éclairer la salle, de ne pas jouer, de dire un texte aux gens, longue suite de choses qui se feront et ne se feront pas, décortication précise de ce qui se ferait si ceci était une pièce, mais ceci n’est pas une pièce… On dit qu’on ne joue pas alors qu’on dit un texte qu’on a appris et qui a été écrit pour être dit comme on est en train de le dire, la contraction ouvre un abîme, la démonstration est brillante en elle-même, et rien qu’en lisant le texte elle saute aux yeux. Ce texte est fondateur d’une grande partie du théâtre contemporain, celle où les choses se font et se défont, les codes se brisent, les frontières se flouent, à laquelle les spectateurs ont l’habitude de se confronter. Alors quoi ? S’il n’y a plus d’outrage ? Peut-être qu’en tant que texte fondateur, comme un pied de nez, le lire comme on dirait une messe, ce serait intéressant.
Mais ce n’est pas ce qui est fait ici par la Compagnie De Koe. Peter Van Den Eede joue ce texte comme c’était prévu. Ils s’amusent à improviser, un peu, et à essayer de mettre en place quelque chose qui ne serait pas de l’ordre du spectaculaire (faire à manger), mais qui, étant fait sur scène, devient spectaculaire quand même. Ils le font bien, très bien même, les acteurs sont parfaits, le rythme est bien emmené, mais tout est très conventionnellement pas conventionnel. Si encore ç’avait été une volonté de leur part, mais il faut croire que non. C’est quelque chose à voir si on n’a jamais eu l’occasion d’entendre le texte de Handke comme il est prévu qu’il soit dit, dans ce cadre c’est intéressant comme un Van Gogh bien éclairé.
De Peter Handke
Mise en scène et conception : Peter Van Den Eede
Avec : Gene Bervoets, Natali Broods, Sofie Palmers, Marijke Pinoy et Peter Van den Eede.
Photo : Koen Broos















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